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Nom : Obsession
Père : Curry Barker
Date de naissance : 13 mai 2026
Type : sortie en salles
Nationalité : USA
Taille : 1h49 / Poids : NC
Genre : Epouvante, Horreur
Livret de Famille : Michael Johnston, Inde Navarrette, Cooper Tomlinson…
Signes particuliers : Angoissant et presque déchirant.
Synopsis : Et si vous pouviez réaliser votre rêve le plus fou ? Un jeune introverti met la main sur un objet magique capable d’exaucer n’importe quel souhait. Son crush de toujours tombe alors raide dingue de lui… jusqu’à l’obsession la plus totale. Faites attention à ce que vous souhaitez !

AIMER, C’EST (PAS TOUJOURS) CE QU’IL Y A DE PLUS BEAU
NOTRE AVIS SUR OBSESSION
Décidément, la comédie romantique prend cher en ce moment au cinéma. Alors que le passionnant The Drama vient de parasiter les codes du genre il y a peu, Obsession arrive derrière et lui tord carrément le cou, important l’épouvante dans une idée de romcom liant un introverti mélancolique et une belle jeune femme dont il est un ami transit d’amour inavoué.
Bear est un jeune homme qui semble au bord de la dépression. Nikki est une collègue de travail et amie proche dont il est secrètement amoureux. Un jour où il cherche un cadeau à lui faire, Bear tombe sur un attrape-couillon dans une boutique, un bibelot musical promettant qu’il suffit de le craquer en faisant un vœu pour qu’il se réalise. Sans y croire une seule seconde mais bouffé par le dépit de ne pas réussir à prendre son courage à deux mains, le jeune homme essaye. Sauf que cela va marcher au-delà de ses espérances. Comme souhaité, Nikki tombe folle amoureuse de lui. Beaucoup trop. Malsainement. Toxiquement. Et si dans un premier temps Bear a l’impression de vivre un conte de fée, il va vite réaliser qu’il est en plein cauchemar, tout comme sa « petite-amie »…

Avec un patronyme pareil, Curry Barker attire forcément l’attention. Mais que ce soit clair, le jeune cinéaste n’a aucun rapport avec l’emblématique Clive Barker, le paternel de Hellraiser. Venu de YouTube avec la chaîne humoristique That’s a bad idea, Curry Barker s’était essayé au moyen-long-métrage avec un premier film autoproduit et diffusé sur la plateforme (Mili & Serial). Obsession marque une nouvelle étape dans sa prometteuse carrière, qu’il mettra prochainement en danger en dirigeant le nouveau Massacre à la Tronçonneuse pour le compte de l’exigeant studio A24. Si l’on ne court plus après les productions exploitant le classique de Tobe Hooper jusqu’à sa dernière goutte de sang, l’idée de voir un passionné tel que Barker aux manettes titille quand même un peu l’imaginaire. Car avec Obsession, le néo-cinéaste confirme tout son potentiel.
Obsession se réclame un peu de la High Horror. Film de genre oui, indubitablement. On pourrait même y voir un épisode de La Quatrième Dimension ou des Contes de la Crypte avec cette histoire de sortilège qui dégénère. Mais Obsession est aussi un drame psychologique pas loin d’être émouvant du haut de sa tragédie amoureuse entre un jeune homme condamné à la solitude par sa timidité et son mal-être et une belle jeune femme injustement détruite et dépossédée de sa volonté par un acte d’amour désespéré. Evidemment, difficile de ne pas voir là-dedans un propos dans l’air du temps, sur le consentement, les rapports d’emprise et de domination homme-femme et les relations toxiques. Sauf qu’intelligemment, Barker n’assène pas ça avec la mécanique simpliste et manichéenne du méchant garçon qui exploite la gentille jeune fille. On n’est pas dans un vulgaire teen-thriller de série B commercial à la Blumhouse. Au contraire. Le premier est doux, romantique, attachant, normal, maladroit. La seconde est jolie, gentille et tout aussi adorable. On pourrait presque croire un instant que cela pourrait marcher entre eux deux. Mais ce sortilège lancé sans le vouloir devient un cauchemar dont personne n’arrivera à se sortir. Une métaphore de ces relations toxiques qui sont le fruit d’un mauvais départ plus qu’une volonté machiavélique de l’un ou l’autre ? Il y a de ça et la métaphore est ingénieusement imbriqué dans une horror story palpitante.

Car attention, Obsession n’est pas qu’un film qui intellectualise un phénomène de société beaucoup discuté ces temps-ci. Curry Barker signe quand même un vrai bon film d’épouvante, à la fois impactant et intelligent. Si le film ne joue pas la carte de l’efficacité à outrance en recherchant une métronomie horrifique artificielle, il n’en oublie pas d’afficher néanmoins quelques séquences d’épouvante sacrément marquantes, dont une scène choc parmi les plus effrayantes de l’année. On en tremble encore ! Pour le reste, c’est surtout une atmosphère inquiétante et anxiogène que cherche à distiller Barker, piégeant le spectateur dans le cauchemar malaisant de ses personnages. Adroit dans son écriture, sa construction et sa mise en scène, Obsession est immersif à sa manière et tient bien son angoisse grâce a ses efforts de réalisme narratif parvenant à nous faire croire totalement à son postulat fantastico-horrifique. Si le film traîne un peu en longueur par moment, Obsession a tout de même beaucoup de mérite. Ses comédiens aussi, dont une Inde Navarrette phénoménale en jeune femme joliment sexy basculant dans la folie psychopathe, contrôlée par ce sortilège lui ôtant sa personnalité. À la fois sérieusement dramatique avec son histoire tragique, mélancolique dans sa romance et horrifiquement ludique quand il appuie sur la pédale de l’épouvante (au fond, un peu comme si le Ari Aster d’Hérédité croisait la route du Wes Craven de L’Amie Mortelle), Obsession est une belle réussite, certes imparfaite, mais dont l’ambitieux cocktail -non dénué d’humour au passage- fonctionne très très bien.
Par Nicolas Rieux
