UPSIDE DOWN (critique – romance/SF)

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Mondo-mètre :

Carte d’identité :
Nom : Upside Down
Père : Juan Solanas
Livret de famille : Jim Sturgess (Adam), Kirsten Dunst (Eden), Timothy Spall (Bob Boruchowitz), James Kidnie (Lagavullan), Frank M. Ahearn (Flynn)…
Date de naissance : 2013
Nationalité : France, Canada
Taille/Poids : 1h47 – 50 millions $

Signes particuliers (+) : Une gentille love story touchante tout ce qu’il y a de plus classique, mais intégrée dans un superbe univers SF imaginatif.

Signes particuliers (-) : Le film est un peu compliqué à aborder, le cul assis entre deux chaises, et manque surtout d’ambition et de consistance pour dépasser son statut de petite bluette de série B.

 

L’HOMME EN-DESSOUS, LA FEMME EN-DESSUS

Résumé : Dans un univers alternatif, deux planètes vivent collées l’une à l’autre mais face à face. Il y a le monde d’en-haut et celui d’en-bas, avec chacun sa propre gravité. Les deux mondes se regardent donc à l’envers. Et ceux d’en-haut, le monde riche et productif, méprise celui d’en-bas, pauvre et austère, dont les habitants ont interdiction formelle de pénétrer chez leur voisin. Adam et Eden font connaissance au sommet de deux montagnes face à face, chacune dans leur monde respectif. Ils tombent amoureux. Mais la gravité est au milieu de leur histoire passionnelle…

Upside Down est un peu le film-énigme du moment, œuvre étrange en dehors des balises marketing classiques. Initié en 2009 par la boîte française Studio 37, cet ambitieux projet de romance SF nécessitait des moyens financiers assez importants, trop pour le seul pays tricolore qui a dû se tourner vers des partenaires étrangers pour pouvoir prétendre à monter l’entreprise courageuse écrite par l’argentin Juan Diego Solanas, connu pour avoir été à Cannes dans la sélection Un Certain Regard avec son Nordeste en 2005. Tout se débloqua sur la Croisette d’ailleurs, au Marché du Film, où la société française trouva les canadiens de Onyx Films comme appui. Jim Sturgess (en remplacement d’Emile Hirsh) et Kirsten Dunst acceptent de tenir les deux rôles titres d’un film commercialement difficile à vendre dans un paysage cinématographique étriqué où les films ont impérativement besoin d’être clairement identifiés, classés, rangés dans des cases et registres précis.

Et pour ne rien arranger, Upside Down est l’aboutissement d’un douloureux processus de production. Tournage en 2010, sortie en 2013… Y’a comme un lézard et pour cause. La visibilité du film a sans cesse été reportée comme le révèle le blog filmsdelover.com. Première affiche en 2010, première projections-test en 2011 à Los Angeles et des retours plutôt élogieux. Reste à « vendre » le film. Et là, le problème. Un univers aussi original qu’abscons, pas facile à expliquer, à visualiser. Les pros du marketing cinématographiques ont de quoi s’arracher les cheveux. Début 2012, une bande-annonce mise en ligne puis retirée en urgence. Retour en montage. Nouveau score musical par Mark Isham. Puis le bordel. Projo test à Paris aux échos forts mauvais, sortie en Russie (?!), on l’évoque à Cannes puis non et là, coup de théâtre, le film repart en salles de montage pour une conversion express en 3D. Sortie française de nouveau repoussée, les mois passent, l’incompréhension. Le 15 mars dernier, Upside Down est enfin sorti aux États-Unis, nous permettant ainsi de voir ce résultat maudit. Et c’est aujourd’hui, 1er mai, qu’il sort chez nous en France. Beaucoup de problèmes, beaucoup de retard, beaucoup d’emberlificotage pour un film qui, en effet, ne part pas gagnant pour rentrer dans ses frais mais qui franchement, ne mérite pas tout ce bazar. Car Upside Down est avant tout, un bel objet de cinéma.

De prime abord, Upside Down a tout l’air visuellement d’un grand film de SF s’appuyant sur un univers imaginairement riche et créatif. La réalité, et heureusement les auteurs font preuve de sincérité en prévenant dès les premières secondes du métrage pour annoncer la couleur, est qu’il s’agit plus d’une grosse romance intégrée dans un bel univers de science-fiction qu’un film de SF contenant une histoire d’amour. Mélodrame dans la grande tradition du genre, Upside Down est surtout attirant pour l’originalité de son cadre. Imaginez, deux planètes quasi collées l’une à l’autre, évoluant face à face avec des centres de gravités différents, soit le monde d’en-haut et celui d’en-bas. Les deux mondes se retrouvent face à face, ceux du bas voyant ceux du haut à l’envers et vice-versa. En-bas, la pauvreté, l’exploitation, le tiers-monde, en haut, la richesse, la luxuriance et la technologie. Et bien entendu, les uns et les autres n’ont pas le droit d’aller dans l’un et l’autre monde. C’est dans ce cadre qu’Eden et Adam se rencontrent, un jour où chacun est sur le pic d’une montagne sur leur planète respective. Quelques mètres les séparent. Quelques mètres mais tout un monde…

Juan Diego Solanas nous plonge dans un univers à la fois surprenant et poétique. Surprenant par son originalité, sa permanente double-vision qui pourrait donner des torticolis, Upside Down est avant tout un romance pleine de poésie, certes simple et limitée, mais qui a un petit quelque chose d’enivrant au-delà de sa naïveté. « L’amour plus fort que tout, plus fort que les lois humaines et que les lois de la nature », la rengaine est connue, archi-rebattue et Upside Down ne vient pas apporter grand-chose au moulin du genre. Mais pourtant, difficile de ne pas se laisser attirer, plus par l’univers incroyable déployé par Solanas (malgré ses moyens limités) que par le flot de bons sentiments qui y est glissé. Par la beauté très créative mais aussi par la belle parabole inoffensive qui sous-tend l’histoire qui nous est contée. Car les deux mondes que présentent Solanas ne sont finalement ni plus ni moins qu’un reflet de notre monde à nous, entre un tiers-monde (pays « en voie de développement » dans le langage bien-pensant) frappé par la misère, inconsidéré, mis à l’écart, et les pays développés, riches, confortables, regardant de haut et non sans dédain ces « pauvres du bas » (on pourrait même y voir aussi une allégorie de la situation israélo-palestinienne : deux voisins, l’un très pauvre, l’autre très riche, et la haine et les interdits qui les séparent depuis des années). Et comme dans la belle métaphore de Solanas, il est très difficile de passer d’un monde à l’autre où plus précisément, de quitter le monde du bas pour gagner celui du haut, peu désireux de voir venir cette « population » considérée avec mépris.

On ne peut pas dire qu’Upside Down dessine son discours avec une grande finesse pleine d’intelligence maligne mais toujours est-il, qu’avec ses moyens et à son petit niveau, le réalisateur Juan Solanas essaie de faire preuve d’ambition et de proposer un miroir de notre monde, traduit ici dans un élégant univers SF décalé qui donne envie d’en voir plus. Frustré, on aurait aimé une vaste fresque pleine de force et de lyrisme mais tant pis, on saura se contenter de ce bel objet aux coutures apparentes et aux contours vite cernés, certes un peu anecdotique et mineur, mais agréable à suivre. Entre mondes oniriques et récit manichéen, entre émotion triomphante et manque d’emphase tourbillonnante, entre trouvailles visuelles merveilleuses et inspirations parfois un peu kitsch, Upside Down est un méli-mélo plein d’idées, plein de défauts aussi, pas grandiose ni terriblement bouleversement, mais qui se regarde comme un clin d’œil mignon d’un cinéma sincère et léger. C’est certes une lapalissade, mais on pouvait faire certainement mieux mais aussi bien pire. En tout cas, le moment n’est pas désagréable.

Bande-annonce :

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