Rencontre avec Natalie Portman pour parler de son premier film « Une histoire d’amour et de ténèbres »
Rencontre/Interview

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une_histoire_d'amour_et_de_tenebresA l’occasion de la diffusion prochaine sur Canal+Cinéma de Une Histoire d’Amour et de Ténèbres, son premier film en tant que réalisatrice, nous avons pu rencontrer l’actrice-cinéaste Natalie Portman pour parler de ce premier effort très personnel, présenté à Cannes l’an passé.

Résumé : Le récit de la jeunesse d’Amos, son père érudit, sa mère aimante mais dépressive, et son éducation à Jérusalem durant la création de l’État d’Israël.

Notre chronique du film ici.

Diffusion le jeudi 19 ami à 20h50 sur Canal+CinémaNatalie_POrtman_mondocine

Qu’est-ce qui a fait tomber amoureuse de ce roman d’Amos Oz et qu’y avez-vous trouvé de si puissant ?

Natalie Portman : Je pense que je me suis d’abord sentie connectée au langage du livre, je trouvais aussi les descriptions magnifiques et j’ai été séduite par la manière de décrire les relations entre les différents personnages de cette famille, à cette époque spécifique.

Comment avez-vous gagné la confiance d’Amos Oz, qui est une vraie figure en Israël ? Vous a t-il aidé dans le processus d’écriture du film ?

Natalie Portman : Il a été d’un grand soutien. Je pense qu’il a compris ma passion pour son travail. Il a été très généreux, il m’a fait confiance. Il m’a surtout donné un conseil un jour en me disant : « le livre existe déjà, n’essaie pas de refaire le livre. Fais ton propre travail. ». Ça m’a beaucoup libéré.

Cela vous a pris dix ans pour faire exister ce film. Quel a été le plus gros challenge dans cette aventure ?

Natalie Portman : J’ai eu envie de réaliser ce film dès la première fois que j’ai lu le livre car pour la première fois, je visualisais vraiment en images ce que je lisais. Je ne devais pas jouer dans le film à la base. Je voulais caster une actrice israélienne. Mais réunir l’argent a pris beaucoup de temps et autant à l’époque j’étais trop jeune pour le rôle, autant aujourd’hui, je correspondais. Au final, jouer et réaliser a été le plus gros challenge. Vous tournez une scène, vous allez voir ce que ça donne, si vous aimez le résultat, parfois vous recommencez avec des changements…

C’est une première réalisation pour vous et il y a une maîtrise qui est assez incroyable. On a l’impression que vous ne cherchez pas le style qui vous définirait en tant que cinéaste mais que vous l’avez déjà trouvé. Quelles sont vos inspirations en matière de cinéma, vers quel type de cinéma tend votre sensibilité ?

Natalie Portman : Déjà, j’ai eu beaucoup de chances de collaborer avec Slawomir Idziak (chef-opérateur) qui a eu travaillé avec Kieslowski notamment, sur des films comme Bleu ou La Double Vie de Véronique. Il a été d’une aide énorme pour saisir la tonalité des images. Ce fut un grand mentor. Aussi, j’ai toujours été sensible au cinéma qui fait davantage dans le collage plutôt que dans l’éternelle structure en trois actes. J’admire beaucoup des cinéastes tels que Terrence Malik ou Wong Kar-Wai. Ils aiment travailler sur les images, les sons, les émotions… J’ai eu l’occasion de travailler avec Terrence Malik récemment et j’ai été épatée par sa liberté. Il a été une vraie source d’inspiration pour faire mon premier film.DSC03342

Compte tenu du fait qu’il s’agisse d’un premier film justement, avez-vous vu cela comme un passage obligé ou un désir plus fort que tout ?

Natalie Portman : J’étais très excitée de pouvoir faire quelque-chose de personnel. Cela fait maintenant plus de 23 ans que j’aide d’autres cinéastes à créer leur vision en étant actrice dans leurs films. J’avais envie de pouvoir faire parler ma vision à moi.

Qu’est-ce qu’Amos Oz évoque au fond pour vous, et quels sont les autres auteurs qui comptent pour vous ?

Natalie Portman : Je suis passionnée de littérature. Je crois que je lis plus que je ne regarde de films. Amos Oz est un écrivain très rare. C’est l’un des meilleurs de son temps. C’est aussi une figure politique très forte. Il est une voix importante pour la paix. Il a toujours séparé son art et la politique, et son art est très pur. C’est vraiment quelqu’un d’unique. Pour les auteurs que j’aime, j’ai toujours été obsédé par Elena Ferrante (pseudonyme d’un écrivain italien dont la réelle identité est inconnue – ndlr). Le poète Yehuda Amichaï a toujours eu une grande importance chez moi. Et du côté des classiques, je dirai Tolstoï et Tchekhov.

Aura t-on la chance un jour de découvrir Natalie Portman la romancière ?

Natalie Portman : Je n’ai aucun plan pour l’instant à ce niveau-là. (rires)

Le film est une œuvre très personnelle et votre personnage de mère de famille, Fania, est très complexe et hautement symbolique. A quel niveau vous sentiez-vous reliée à elle ?

Natalie Portman : Elle me rappelle surtout ma grand-mère, mais plus pour l’articulation à l’Histoire. C’était une époque très particulière avec la construction d’une Nation faite d’orphelins et de réfugiés. Amos Oz en parle brillamment dans son livre. Il y a ce fantasme de l’orphelin à la Tom Sawyer, qui vit libre. Mais il y aussi le traumatisme de l’absence de parents. C’était à l’époque, le début d’une Nation où quasiment tout le monde avait ce vécu derrière lui. Et pour mon personnage, il y a aussi les questions de ce que c’est que d’être une épouse, une mère et une femme à cette époque très particulière.

Votre film traite d’un sujet très spécifique, notamment en terme d’historicité, et pourtant, vous arrivez à lui donner quelque-chose de très universel dans sa partie plus intime, particulièrement dans la relation mère-fils et ce désir que tout enfant peut avoir, d’être un chevalier-servant qui sauverait sa mère. C’était une intention profonde de faire un film à la fois spécifique et universel, qui pourrait ainsi parler à tout le monde ?

Natalie Portman : Oui. C’est intéressant car le livre est justement très populaire internationalement. Il a été traduit dans de nombreuses langues. Même Amos Oz a toujours été étonné par cela, car son livre parle vraiment de personnages précis, à Jérusalem, à une époque précise. Et pourtant, il a voyagé dans le monde entier. Finalement, c’est une histoire de migrants et il y a quelque-chose d’universel là-dedans. Le fait d’idéaliser l’endroit où vous allez et finalement, être confronté à la réalité de cet endroit, réalité qui ne correspond pas forcément à vos attentes initiales. Tout cela avec le fait que l’endroit dont vous venez, n’existe plus vraiment, ou ne compte plus vraiment. C’est dans cette partie là, sur l’immigration, que le film a quelque-chose d’universel.

Quelle scène a été la plus poignante à tourner ?

Natalie Portman : La scène du vote de l’ONU (pour le plan de partage de la Palestine – ndlr) a été la plus forte émotionnellement parlant. Pour tout le monde à cette époque, c’est un moment qui est dans la conscience collective. Tous nos parents ou grands-parents ont des histoires à raconter autour de ce moment. Le recréer, c’était comme plonger dans leur histoire en un sens.IMG_5675

Quelle est la plus chose la plus importante que vous retirez de cette expérience au final ?

Natalie Portman : Le tournage a finalement été la partie la plus facile de tout ce processus car c’est quelque-chose qui m’était familier. La pré-production et la post-production ont été plus difficile. Mais je n’avais pas réalisé à quel point, en tant que femme réalisatrice, ça pouvait être inconfortable de devoir affirmer ce que l’on veut. On vous demande dix fois par jour ce que vous souhaitez exactement. C’est une expérience de socialisation. Vous devez être très directe, très précise. Le contexte américain fait que ce n’est pas facile d’être une femme réalisatrice. Vous devez exprimer clairement vos désirs. Au début, j’étais un peu du genre à dire « Je ne sais pas trop… Je pense que… Peut-être que… » Au bout de quinze jours, j’étais plus du genre à dire : « Je veux ci, je veux ça. Je n’aime pas, je préfère comment ci ou comme ça, je voudrais que ce soit comme ci ou comme ça. » Je savais ce que je voulais mais j’ai appris à l’exprimer clairement.

LA BANDE-ANNONCE :

Propos recueillis et traduits par Nicolas Rieux

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