
Nom : Roofman
Père : Derek Cianfrance
Date de naissance : 26 décembre 2025
Type : disponible sur Prime Video
Nationalité : USA
Taille : 2h06 / Poids : NC
Genre : Biopic, Drame, Thriller
Livret de Famille : Channing Tatum, Kirsten Dunst, Ben Mendelsohn, Peter Dinklage…
Signes particuliers : Derek Cianfrance tire un film intelligent d’un fait divers cocasse.
Synopsis : L’histoire vraie de Jeffrey Manchester, le voleur de McDonald’s qui a vécu dans un Toys ‘R Us pendant six mois.

LE BRAQUEUR CACHÉ DANS UN TOYS « R » US
NOTRE AVIS SUR ROOFMAN
Dans la merveilleuse mécanique hollywoodienne rarement insensible aux faits divers truculents, l’histoire ubuesque de Jeffrey Manchester aurait bien inspiré une comédie gagesque n’exploitant que le concept de l’homme qui a vécu planqué dans un grand magasin. Mais Roofman est réalisé par Derek Cianfrance et ce n’est pas un film de commande sorti des placards d’un grand studio. Pour qui connait le cinéma tragi-mélancolique du cinéaste de Blue Valentine et The Place Beyond the Pines, le retrouver à la tête de Roofman avait de quoi surprendre. Mais si une impression de légèreté amusée enrubanne un pan du film, un autre va justifier l’intérêt de Cianfrance envers cette histoire dont le cocasse n’est qu’une façade masquant une bien triste réflexion sociétale. Voilà, on retrouve bien le vrai Derek Cianfrance…
A la fin des années 90, Jeffrey Manchester fait la une des journaux. Vétéran de l’armée, ce père de famille en difficulté se lance dans une série de braquages de McDonald’s avec une introduction par les toits comme modus operandi systématique. D’où son surnom de Roofman (l’homme du toit). Arrêté après une conséquente série de cambriolages, il est lourdement condamné à 45 ans de prison. Mais celui qui est réputé pour son intelligence et son sens de l’observation parvient à s’évader. Traqué par toutes les polices du Comté, Jeffrey Manchester va réussir à se cacher pendant six mois en vivant dans un… Toys “R” Us !
Flop à sa sortie dans les salles américaines en octobre dernier, Roofman vient d’atterrir sur Prime Video. Une belle porte de sortie pour un film qui aurait été condamné à l’invisibilité dans un passé pas si lointain. On n’ira pas jusqu’à dire « merci le monde merveilleux des plateformes » mais quand même.

Avec Roofman, Derek Cianfrance semble reprendre un peu le fil de sa filmographie fissurée il y a dix ans par son catastrophique Une Vie entre deux Océans avec le couple Fassbender-Vikander. À vrai dire, Roofman était un projet idéal pour cela, un film à mi-chemin entre l’amusement d’une histoire improbable et le drame reflétant les travers d’une Amérique de plus en plus à la dérive. L’occasion pour le cinéaste de se faire un peu plaisir sans pour autant renier son style.
Deux visages coexistent ainsi avec équilibre et fluidité dans ce mélange de comédie, de romance, de thriller et de film policier. D’un côté, Derek Cianfrance nous gratifie de tous les images attendues autour de ce fait divers savoureusement picaresque dans l’idée. Avec une énergie quasi comique, il nous attache à son braqueur au grand cœur qui dévalise des McDo tout en étant sympa avec les employés, il joue avec le charme opérant d’un Channing Tatum plus attachant que jamais, et surtout il se régale à le filmer en squatteur officieux de ce grand magasin de jouets dans lequel il déambule toutes les nuits passée la fermeture en s’y amusant pour tromper l’ennui. Derek Cianfrance n’a jamais été un réalisateur de comédie, loin de là, mais c’est probablement pour cette raison que le cinéaste s’en tire à merveille. Plutôt que de s’enfermer dans les clichés faciles qu’inspirent l’histoire et de l’alimenter de petits gags sans envergure, Cianfrance articule la profondeur de son récit sur ces bases comiques. La nuit tombée, Jeffrey fait sa vie dans ce Toys “R” Us et l’on a envie de rire de ce cocon qu’il se fabrique sous le nez de tout le monde, comme on a envie de rire de son amusement de grand enfant lâché en liberté dans le temple du jouet. Mais derrière ses distractions rieuses ruisselle son amère solitude, son désespoir silencieux et sa confrontation avec ce qui a fait au fond dérailler toute sa vie : lui perdu tout seul au milieu d’un empire capitalisto-consumériste carnassier (représenté par un manager épouvantable et cynique joué par Peter Dinklage).

Avec Roofman, Derek Cianfrance démontre (si besoin etait encore) que le divertissement n’est pas incompatible avec la réflexion sociétale sur le monde qui nous entoure. Drôlerie, sensibilité, charme et discours engagé se croisent et se recroisent dans un film intelligent qui va bien plus loin que la simple chronique d’un fait divers loufoque et s’inscrit à cheval entre l’entertainement et le film d’auteur. Cianfrance creuse les causes de ce fait divers et en extirpe une essence universelle exprimant les travers d’une Amérique moderne déshumanisée. Et il le fait avec une profonde humanité justement, sa caméra débordant d’émotion autour de cet anti-héros parfaitement incarné par un Channing Tatum sympathique, jovial, charmeur, désespéré mais pas innocent pour autant comme il le reconnaît lui-même. Seul ombre au tableau, la durée. Du haut de ses 2h05, Roofman souffre de quelques longueurs que son écriture parfois ronronnante ou sa mise en scène progressant vers un ton plus mélancolique ne parviennent pas toujours à combler.
Par Nicolas Rieux
