RENCONTRE AVEC ALEXANDRE AJA À L’OCCASION DE LA SORTIE DE « HORNS »…

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image003Le 1er octobre prochain sortira sur les écrans, le nouveau film du réalisateur Alexandre Aja, avec Daniel Radcliffe, Juno Temple, Max Minghella etc… Une adaptation d’un roman de Joe Hill (fils de Stephen King) racontant l’étrange et tragique histoire de Ig Perrish, soupçonné d’avoir assassiné sa fiancée et rejeté par tous ceux qu’il connaît. Ignatius a sombré dans le désespoir. Un matin, il se réveille avec une paire de cornes sur la tête. Celles-ci lui donnent un étrange pouvoir, celui de faire avouer leurs plus noirs secrets aux gens qu’il croise. Ignatius se lance alors à la recherche du véritable meurtrier… Rencontre avec le génie du genre, exilé à Hollywood et auteur d’une carrière formidable (Haute Tension, La Colline a des Yeux, Mirrors ou Piranhas 3D). le cinéaste nous a longuement parlé, et sans langue de bois, de son nouvel effort, dévoilant au passage en marge de l’interview, quelques petites infos croustillantes sur Cobra, Simetierre, le remake d’Amityville, la série Scanner ou son prochain film, La Neuvième Vie de Louis Drax. Mais place surtout à Horns avec une rencontre passionnante…Capture d’écran 2014-09-20 à 13.44.17

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Comment êtes-vous arrivé sur Horns ?

Alexandre Aja : J’étais en train de tourner mon film précédent et je voulais déjà absolument faire ce film. C’était un livre étonnant qui allait de la comédie au drame, à l’horreur, à l’histoire d’amour, et tout ça pardessus cette histoire surnaturelle. Je suis complètement tombé amoureux du bouquin. J’ai essayé d’acquérir les droits mais ils étaient déjà pris. Il est ensuite sorti aux Etats-Unis et est devenu un très gros succès. Finalement, quelques mois plus tard, j’ai été contacté par la production qui voulait me proposer de le réaliser. On a choisi ensemble un scénariste pour développer le script pendant les deux ans qui ont suivi.

Quand on écrit un script comme ça, adapté d’un roman, est-ce qu’on a déjà des images en tête que l’on veut voir dans le film ou est-ce qu’on se focalise sur des moments clés et si oui, lesquels ?

A.A. : Il y a plusieurs sortes d’adaptations de bouquin. Dès fois, c’est juste une idée qui nous plaît, des personnages ou une partie de l’histoire. Dès fois, on se dit qu’il va falloir changer ça, ça ou ça. Finalement, ce bouquin là, dès le départ, je me suis dit que si j’avais pu l’adapter sans passer par la case script et en tournant directement à partir du livre, je l’aurai fait. J’ai tellement aimé le bouquin, idée par idée, dialogue par dialogue, personnage par personnage, que mon rôle de réalisateur a été d’être sûr que oui, il fallait l’adapter en deux heures parce qu’en entier il aurait fait six heures et qu’il fallait faire des choix, mais je voulais être sûr qu’on allait au maximum préserver l’originalité et la force du livre.IMG_0431

Dans une featurette de Piranhas 3D, vous disiez que le Springbreak, c’était la pire évolution de Woodstock, c’était un peu la société bâtie sur les apparences et l’image que l’on montre de soi. Est-ce que c’est une thématique qui vous est chère du coup ? Parce que dans Mirrors, il y a un peu de ça avec les miroirs, et on la retrouve encore dans celui-ci…

A.A. : Oui, je pense que ce qui m’a le plus plu dans ce livre et qui m’a décidé à m’attacher au film, c’était l’humour et le côté « bas les masques » où chacun est forcé de dire les vérités les plus atroces qu’on cache, qu’on ne dit jamais… L’Amérique est un peu spécialiste de l’hypocrisie, d’un point de vue culturel.  Nous français, on a cette image d’être trop cash, de dire un peu trop ce qu’on pense alors que la culture américaine, elle, essaie de préserver tout conflit, tout le monde s’aime, tout le monde admire tout le monde. Il y avait dans le livre, un petit pied de nez à la culture américaine.

Est-ce que Joe Hill (l’auteur du roman) a vu le film ?

A.A. : Oui, il a vu le film. Plusieurs fois et même avec son père (Stephen King). Et il l’a adoré. Il était très impliqué dès l’écriture du script en tant que consultant. Il était aussi sur le tournage. On était au Comic Con ensemble il n’y a pas longtemps et il racontait partout qu’il était très fan, qu’il le préférait presque au bouquin. Bon moi, je reste un peu sceptique car j’aime le livre. Mais il est ravi.

Vous avez dit que vous avez dû imposer votre vision du film. Sur quoi avez-vous dû vous battre ?

A.A. : La comédie. La comédie était sur le script et on l’a développé. Et une fois que le film a été terminé et monté, il y a eu une envie d’aller davantage dans le thriller, dans le côté « mais qui l’a tué ? », un côté un peu Twin Peaks sans humour. Et ça a été assez difficile d’imposer cette tonalité qui, pour moi, fait la force et l’originalité du film.331836.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx

Vous parliez de Twin Peaks et le film a un peu la même atmosphère. Et justement, vous avez pris comme chef opérateur Frederick Elmes, qui n’a pas travaillé sur Twin Peaks mais qui a travaillé sur pas mal de films de David Lynch. Est-ce que c’était pour ça que vous avez fait appel à lui ?

A.A. : En fait, ça a été une très belle rencontre parce que malheureusement mon directeur photo habituel, Maxime Alexandre, n’était pas libre. Et c’est vrai que dans mes références pour ce film, je citais beaucoup Blue Velvet ou Sailor et Lula. Et à un moment donné, je me suis dit, pourquoi ne pas aller demander directement au chef op de ces deux films, s’il était intéressé. Il a lu le script et a adoré. C’est un monsieur d’un certain âge mais qui a une vivacité d’esprit et un talent créatif incroyable. Et ça a été un processus absolument génial parce qu’il a beaucoup travaillé, comme pour Sailor et Lula ou Blue Velvet, avec des bas de femme qu’il mettait sur l’objectif. Ca permet de créer une image qu’on ne peut pas avoir avec un filtre classique. Et c’était assez rigolo de voir ce monsieur très élégant dans les grands magasins en train de regarder des dessous et de les choisir. Mais c’est un grand monsieur, qui a fait pas mal de films pour Ang Lee ou Lynch… Il a commencé, il était le caméraman de Cassavetes. C’est un monument.

Est-ce qu’avec le côté comédie et l’histoire d’amour, c’était un moyen pour vous de vous éloigner un peu du cinéma de genre en vue de vos prochains projets, ou pas du tout ?

A.A. : Oui et non. Je ne l’ai pas cherché. Je ne me suis pas dit après Piranhas que j’allais chercher un projet pour m’éloigner de l’horreur, parce qu’en parallèle, on a fait Maniac. Non, je réponds à une envie et à une histoire, je réponds toujours au même truc de, moi, en tant que spectateur, quel film j’aurai envie de voir. Et à la lecture du livre, ça a été une évidence. Je ne me suis pas dit qu’il fallait que je trouve quelque-chose qui ne soit pas de l’horreur. C’est vrai que je n’aime pas trop l’idée de me répéter, de faire toujours la même chose. Je n’aimerai pas refaire un autre Piranhas ou un autre La Colline a des Yeux, par exemple, parce que je l’ai déjà fait et je cherche de nouvelles histoires, de nouvelles choses.

Tout à l’heure, vous disiez que vous avez dû vous battre pour le côté comédie. Et est-ce que ça n’a pas posé de problème par contre, le côté extrêmement noir et sombre de l’histoire ? Par exemple, il n’y a pas si longtemps, on a accusé la noirceur du Cartel de Ridley Scott pour expliquer l’échec du film…

A.A. : Non parce qu’au final, c’est le public qui m’a sauvé. Vous savez, ces fameuses projections-test… A un moment donné, le studio n’ayant plus aucune munition pour me battre, on a testé le film sans l’humour et ça c’est effondré. Le public m’a donné raison sur ce coup. Le film devait exister de cette manière.IMG_0437

Question un peu bête mais techniquement, les cornes, c’était difficile à mettre comme ça sur un comédien ? Ca a l’air simple comme ça mais…

A.A. : Ça a pris deux heures le premier jour puis vers la fin, on était à 15 minutes. L’équipe de KNB, Gregg Nicotero et son équipe, ont fait un travail incroyable, comme d’habitude. Ils ont trouvé un système de serre-tête arrière où il fallait juste appliquer le maquillage à la base. Et c’était très confortable. Il a juste fallu à un moment donné mettre une sorte de casque pour pouvoir se cogner contre un mur mais à part ça, on les oubliait. C’était un peu la volonté du design, d’aller vers un côté animal ou romantique, façon première moitié du XIXeme, avec la représentation des démons comme un bélier. Il fallait qu’il y ait cette idée qu’on oublie qu’elles existent. C’est vrai que dans le livre, elles sont différentes, elles sont plus pointues devant, elles deviennent rouges à un moment etc… C’était un choix d’en faire un appendice qu’on oublie, qui soit quelque-chose de très naturel et très cool. Moi à la vision de ces cornes, j’aimerai presque avoir les mêmes. Il y a un quelque-chose de très aérodynamique.

Le film est très ancré dans une réalité américaine, celle des petits bleds, la forêt et tout… Vous qui êtes français, quel regard avez-vous sur ces bleds ? A un moment, Daniel Radcliffe dit à un personnage, « Sors de ce bled pourri, qu’est-ce que tu fais encore là ? »

A.A. : Moi, j’adore. J’ai grandi avec ce cinéma là. Le cinéma américain des années 70 et 80 avec un univers qui est une réalité. Cette réalité existe. A la lecture du scénario, c’était une opportunité unique de créer à la fois un monde ultra-américain et hyperréaliste, cette Amérique à la Kurt Cobain, la banlieue de Seattle etc… Il y avait cette évidence de marier ce monde là avec un univers presque biblique, cette forêt, les serpents, toute la mythologie chrétienne. Ça donne un contraste presque anachronique assez intéressant.

Je m’éloigne une seconde de Horns puisque vous parlez de vos références mais petite question, où en est Cobra ?

A.A. : On aura tenu dix minutes… (rires) Cobra avance. Très lentement mais il avance. Il y a dès fois des pics où ça s’accélère et dès fois, ça ralentit. On parle d’un film extrêmement cher, 150 millions environ, et pour ça, il faut des acteurs de poids ou du moins, un acteur qui permet de faire exister une telle franchise.  Tout en sachant que Cobra est absolument inconnu aux Etats-Unis, seulement en France, au Japon et dans quelques territoires. Mais on ne lâche pas, on a un très bon script. On a fait travailler les plus grands concept-artistes. On est prêt. A votre bon cœur… (rires) Non mais là, c’est juste une question de casting. Sachant que les acteurs qui peuvent porter un tel film, ce sont des acteurs qui ont des agendas planifiés sur 4 ou 5 ans…cobra-010

Pour revenir à Horns, il y a une autre connexion dans vos films. Si on prend Maniac juste avant, que vous n’avez pas réalisé mais écrit et produit, puis celui-ci, on retrouve dans les deux cas un personnage central très juvénile et démoniaque. Comment s’est passé la rencontre avec Daniel Radcliffe et pourquoi cette obstination à prendre des acteurs à contre-emploi qui apportent avec eux, une image très juvénile ?

A.A. : Il y a quelque-chose de très inconscient mais qui est peut-être volontaire en fait. C’est vrai que quand on faisait le casting de Maniac, on savait que remplacer Joe Spinell (l’acteur de l’original – ndlr) était impossible voire idiot. On a commencé à réfléchir à un côté plutôt Norman Bates et l’idée d’Elijah Wood s’est imposée comme une sorte de choix créatif mais aussi parce que Elijah Wood, que tout le monde connaissait, permettait d’amener cette universalité qui aidait à rentrer dans la vue subjective et le cauchemar de Maniac. Et pareil sur Horns, l’idée d’aller chercher Daniel Radcliffe, c’était le meilleur symbole de cette génération qui a aujourd’hui 20-25 ans et qui a grandi avec lui. Il était là à chaque Noël avec ses nouvelles aventures d’Harry Potter. Il y avait quelque-chose d’évident dans cette idée de le prendre lui, de lui mettre des cornes, et de le confronter à des problèmes graves à son échelle, la perte du premier amour, la vengeance… Il y avait quelque-chose d’assez sexy là-dedans. C’est vrai que c’est un peu la même démarche, d’aller prendre des acteurs comme ça et de les amener dans un univers qui n’est pas le leur.

Vous aviez vu La Dame en Noir avant de le caster ?

A.A. : Non, en fait je l’ai rencontré la veille de la première du film, parce qu’il avait lu et adoré le bouquin. Et du coup, j’ai été voir le film le lendemain et c’était intéressant de le voir dans ce registre.

Dans les Harry Potter, on a toujours eu l’habitude de le voir un peu chétif et tout, et là il est très énergique, il dégage une espèce de force, d’assurance… C’est chez lui ou vous l’avez tiré vers ça ?

A.A. : C’est chez lui. Il est comme ça. Pour moi, le personnage d’Ig Perrish est quelqu’un d’absolu, de romantique, de déterminé, quelqu’un qui a des idéaux, qui va se battre et qui ne lâche pas. Et Daniel a toutes ces qualités. Même au sommet de sa gloire et de sa notoriété, il est resté comme ça, il est resté Ig Perrish, quelqu’un d’entier. Et il a amené ça sur le film. Il a beaucoup travaillé bien sûr, car la comédie, le drame et l’horreur en même temps, c’était un vrai rôle de composition, mais c’est le film qui représente le plus ce qu’il est personnellement.062297.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx

Pour rester dans les questions de casting… Ces derniers temps, c’est devenu un peu une tradition dans les films de genre, d’employer dans les seconds rôles, des acteurs très célèbres ou qui reviennent sur le devant de la scène. Là, comment êtes-vous allé chercher Kathleen Quinlan ou Heather Graham ?

A.A. : En fait, c’est un film où tous les personnages secondaires ayant deux faces, avant et après leur confrontation avec les cornes, il y avait quelque-chose de très intéressant à jouer pour les acteurs de seconds rôles. Et on a reçu pas mal de sollicitations spontanées de comédiens qui ont voulu être dans le film, parce que le rôle était marrant à jouer. C’est vrai que souvent, les rôles secondaires ne sont pas aussi intéressants que là. Le personnage d’Heather Graham est génial, par exemple. Elle était ultra-contente de venir. Tous les personnages auraient pu être joué dans des acteurs connus. Après, il y a une réalité financière mais ça a permis aussi de découvrir certains acteurs comme celui qui joue le médecin. Le film appelait à ses seconds rôles un peu savoureux. Et les acteurs venaient vers nous. C’était la première fois que ça arrivait. D’habitude, quand on fait un film d’horreur, bon… Des mutants cannibales dans une colline… Faut avoir envie de jouer ça !

Il y a David Morse aussi…

A.A. : Pareil, j’ai été heureux de travailler avec lui. C’était génial de l’avoir. Typiquement pour La Colline a des Yeux, on avait pensé à lui pour le rôle du père…

Tout à l’heure, dans les influences, vous parliez de David Lynch, le film fait aussi penser un peu à The Crow ou Emprise de Bill Paxton voire même un côté Stand by Me pour les flashbacks avec les enfants. C’étaient des références conscientes ou pas du tout ?

A.A. : Alors The Crow, pas du tout. Mais c’est marrant car quand les Weinstein ont acheté le film à Toronto l’année dernière, ils m’ont sorti la même remarque. Je n’y avais pas pensé mais je vois la comparaison. Sur ce film, mon inspiration était plus un photographe américain qui s’appelle Gregory Crewdson, et qui fait de l’hyper-réalisme américain avec une image très léchée etc… Après c’est vrai qu’il y avait dans l’humour de Twin Peaks… C’était le seul exemple qu’on avait de film similaire dans le mélange de genres. Et Sailor et Lula avait quelque-chose d’assez proche aussi, avec ce côté histoire d’amour avec un fond très violent, très romantique et très féérique. Dès l’écriture, j’avais en tête une sorte de La Vie est Belle de Capra mais à l’envers, une sorte de fable où on utilisait une sorte de mythologie établie mais sans en utiliser le sens religieux, plus le sens métaphorique dans les étapes d’une histoire d’amour.

Le film est un peu l’inverse de Twin Peaks. Dans le film de Lynch, les gens ne disaient rien mais commettaient des choses atroces et ici, peu de gens commettent des choses vraiment atroces mais ils disent tout…

Dans le film, on a un peu l’impression que tous les personnages sont un peu « pourris » de l’intérieur. C’est une vision très sombre quand même…

A.A. : Presque, pas tous. Mais c’est vrai que c’était intéressant car on vit dans un monde très auto-censuré et c’est bien, dès fois, de faire sauter cette auto-censure pour voir ce que les gens pourrait dire s’il en avait l’occasion.066985.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx

La partie avec les enfants représente un bon morceau du film, c’est presque un mini-film dans le film. Vous l’avez tournée en même temps que le reste ?

A.A. : Ça a été tourné en même temps. Le livre est vraiment construit dans l’idée que ce que nous sommes aujourd’hui vient de notre enfance. Et c’est très important car tout commence avec l’arrivée de Merrin (Juno Temple) dans cette petite ville, quand elle était enfant, et le fait que tous ces garçons vont tomber amoureux d’elle. Cette histoire était très importante. Ce fut d’ailleurs un autre combat, en plus de la comédie. On nous l’a fait enlever, ça ne marchait pas, les personnages n’existaient plus. Et je me suis justement battu car le film marchait dans son tout, tout fonctionnait ensemble. Je ne voyais pas pourquoi ça ne marcherait pas. Et les projections-test m’ont donné raison une fois de plus. Mais c’est vrai que le film va à contre-courant des idéaux des studios où il faut faire un film dans un genre précis et ne jamais s’en écarter.

C’est assez anecdotique mais il faut en caster combien des gamins pour en trouver des aussi ressemblants avec les acteurs adultes ?

A.A. : Ça me fait plaisir. C’est drôle car en plus, en tant que personne, la gamine qui joue Juno Temple enfant (Sabrina Carpenter, voir photo ci-dessousndlr) était presque plus adulte que Juno elle-même ! (rires). Non, je dis ça dans le sens positif car j’adore Juno mais elle a une sorte de spontanéité assez incroyable alors que la gamine était très sérieuse. Mais le plus difficile, c’était de trouver un jeune Daniel Radcliffe. Parce que tout le monde sait à quoi ressemblait Daniel Radcliffe, jeune ! Il fallait trouver sans tomber dans le concours « Qui veut être Harry Potter ? ». On a trouvé quelqu’un qui marche assez bien.2013-556544_10151195964791968_861312489_n

Vous pouvez nous parler des scènes avec les serpents ?

A.A. : C’était présent dans le livre que Ig Perrish soit un aimant à serpents comme ça. Il fallait les trouver déjà, parce que la plupart des serpents à l’image sont vrais. C’était assez intéressant de jouer avec 200 serpents sur un plateau. Parce qu’il ne faut pas les perdre et bien les surveiller.

Est-ce qu’il y a eu des scènes difficiles à tourner ?

A.A. : Le tournage a été dur mais j’ai l’impression de dire ça à chaque film. Les challenges étaient la météo, déjà. On tournait autour de Vancouver pour recréer les environs de Seattle. Le soleil se couchait à 5 heures de l’après-midi, il fallait aller le chercher quand il était là. On tournait en extérieur et en forêt donc il commençait à faire froid. Mais les serpents restent la chose la plus difficile qu’on aura eu à tourner. Un serpent ne se dresse pas, il ne fait pas ce qu’on lui dit de faire. Il faut être patient et attendre. Et la patience, ça coûte de l’argent. C’était compliqué. Mais je suis content du résultat.horns

Le film a beaucoup d’éléments différents, la comédie, le drame, la romance. Est-ce que quand on est sur le tournage et qu’on réalise par exemple des scènes de comédie dans un film d’horreur, on se demande si tout ça va fonctionner ou est-ce qu’on a des moments de doutes ?

A.A. : Oui. Je savais en faisant les scènes que ça allait drôle etc… Mais c’est vrai que j’ai commencé à avoir un peu des doutes quand je rendais visite à mon monteur et qu’il commençait à mettre les scènes ensemble. Il me disait qu’il ne savait pas trop où on allait parce que le mélange était assez étrange, la veille je lui livrais des scènes de comédie, le jour même des scènes d’horreur… Moi j’avais cet instinct mais c’est vrai qu’à certains moments, on se demande s’il faut y aller à fond ou pas.

Jusqu’à présent on vous a presque toujours vu dans un cinéma d’horreur assez gore etc… Là on a un peu l’impression que c’est plus fantastique que gore, et vers la fin du film, on ne sait pas si c’est que vous vous êtes retenu mais d’un coup, il y a quelques plans très gores, une tête qui explose, et ça en deviennent presque drôle…

A.A. : Le pire c’est que ces scènes sont dans le bouquin ! Il y a cette scène de tête qui explose. Et je me suis demandé si je devais la garder ou pas. Mon instinct était de la garder, après peut-être qu’on allait me dire que je me retiens, peut-être qu’on allait me dire que je ne sais pas me retenir… Mais ça marche dans l’histoire, c’est drôle, ça amène ce rappel qu’on est dans cette fable à différentes tonalités. Et je me suis dit : « gardons la ».

Il a été compliqué à faire le premier plan ? (un plan où la caméra est en surface en forêt, descend sous terre et débouche dans la cuisine du héros – ndlr).

A.A. : Il a été compliqué oui. On est forêt donc il a fallu creuser un trou dans le sol pour que la caméra entre et après il a fallu construire le décor de la cuisine en studio en le surélevant pour que la caméra puisse repasser à l’intérieur. Il n’y quasiment aucun effet spéciaux.vlcsnap-2014-07-29-11h07m26s187

Oui, on croit toujours que c’est plein d’effets spéciaux mais non, il a fallu creuser dans la terre etc…

A.A. : Là c’est vraiment deux plans tournés et montés ensemble. On a juste gommé une ligne de transition sous terre par ordinateur, c’est tout.

Il y a peu d’effets spéciaux sur ce film mais le peu qu’il y a, pouvez-vous nous en parler ?

A.A. : Toute la transformation de Radcliffe est évidemment en CGI. Il y a une grosse partie de maquillage avec une peinture particulière que l’on peut tracker par ordinateur. Mais tout se base sur du réel. La scène des ailes, il n’y a pas de fond vert, il s’envole vraiment etc… J’essaie toujours, autant que possible, de rester dans une approche des effets spéciaux, sans fonds verts. Là, on pouvait faire sans, donc on l’a fait.Capture d’écran 2014-09-20 à 13.41.27

Est-ce que la voix off était là depuis le début ? Parce qu’elle est très peu présente au final…

A.A. : Pour être complètement honnête, c’est la seule livre de chair que j’ai laissé sur la balance des péchés. (rires) On l’a enregistré avant le festival de Toronto. Et on a décidé de ne pas l’utiliser. On l’a présenté sans à Toronto et elle a été rajouté par souci de compréhension, moi qui m’échappe, mais qui ne me gêne pas outre-mesure.  Elle revient 5 ou 6 fois et c’est la seule différence entre la version d’il y a un an et celle d’aujourd’hui.

Puisqu’on parle du son, question sur la musique. Il y en a pas mal. Comment s’est fait le choix des morceaux (David Bowie, les Pixies…) ?

A.A. : On savait dès le départ qu’on faisait un film musical. Enfin musical, ce n’était pas une comédie musicale non plus, mais un film où la musique a une grosse importance, le personnage central étant DJ. On a dressé une playlist en rapport avec les thématiques du film et puis derrière, on a recherché d’autres morceaux. J’ai demandé aux acteurs de me faire une playlist après la lecture du scénario. On a eu des choses qui se recoupaient. On savait à peu près où on allait. Bon, on fait ensuite des choix car il y a des morceaux qu’on ne pouvait pas se payer car trop chers… C’est là qu’on découvre quels artistes sont contents qu’on utilise leur musique et ceux qui sont contre.

Dans une interview pour l’un de vos films précédents, vous disiez ne pas pouvoir vous passer de votre acolyte Grégory Levasseur (coscénariste habituel) et il n’est pas sur le film…

A.A. : Il n’est pas dessus parce que les circonstances ont fait que quand j’ai commencé la prépa de Horns, il était en tournage de son premier film Pyramid, que je produis. Donc on travaillait ensemble tous les jours mais il était à Ouarzazate et moi à Vancouver. Je faisais des allers retours en permanence pour voir son tournage et les deux films se sont passés en même temps. C’est la seule raison pour laquelle il n’est pas sur ce film.

Le fait qu’il se soit passé presque un an entre la fin du film et la sortie, est-ce que ça vous a permis de peut-être mieux travailler la sortie ? Comment appréhendez-vous ce temps ?

A.A. : Le film n’était pas complètement terminé. On l’a terminé un peu aux forceps la veille de la présentation à Toronto. On était en mixage six heures avant la présentation du film, quand même ! Le film montré était quasiment terminé mais il a fallu repasser quelques semaines pour retoucher des détails d’étalonnage ou de son. Après, les Weinstein qui l’ont acheté ont tellement aimé le film qu’ils ont voulu essayer d’autres choses. Donc on a perdu encore un peu de temps et au final, ils ont eu tort. C’est la première fois que je faisais un film aux USA qui n’était pas financé par un studio mais par des producteurs indépendants. Bon, ça fait partie des règles du jeu. Ce temps nous aura permis de bien peaufiner les différentes sorties et je suis très content qu’il sorte en France en premier.266265.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx

Il y a un autre point commun dans vos films, c’est que vos histoires sont toujours « à ciel ouvert ». Vous aimez l’extérieur, on dirait…

A.A. : Ça me fait plaisir d’entendre ça car c’est très important pour moi. A chaque fois, je passe un temps fou à trouver le bon décor. Que ce soit sur La Colline à des Yeux où on a fait le tour du monde pour trouver le bon désert, que ce soit Piranhas où on a cherché le bon lac avec ces montagnes accidentées autour et là, cette forêt qui est assez unique. Parce que le problème, quand vous arrivez à Vancouver et que vous cherchez une forêt, c’est de tomber dans Twilight. Y’a pas une pierre qui n’a pas joué dans la saga. (rires) On est allé un peu plus loin et on a trouvé celle-ci qui est particulière parce qu’elle est en-dessous du niveau de la mer.

Pour revenir à Juno Temple, elle joue souvent des rôles de nana complètement désaxée (Killer Joe, Magic Magic ou Kaboom) et dans votre film, pour une fois, elle a l’air à peu près normale. Comment l’avez-vous choisi ?

A.A. : J’avais envie de travailler avec elle depuis assez longtemps. Pour moi, elle s’est imposée comme une évidence. Elle a ce côté pétillant et charmant et elle est très belle sans être belle selon les critères habituels. Elle a un charme et un charisme incroyable, et une voix très particulière. On travaillait sur le doublage du film et c’était impossible de trouver une voix similaire, par exemple. Elle a un timbre et un éclat de rire unique. Puis il y avait une vraie alchimie avec Daniel Radcliffe…335117.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx

Puisqu’on parle des acteurs, vous pouvez nous parler de Max Minghella ?

A.A. : Je l’avais repéré dans The Social Network. Il était en train d’écrire un script qui sera d’ailleurs mon prochain film, que je vais tourner dans quelques semaines. C’est plus qu’un acteur, c’est un vrai auteur.

C’est quoi ce fameux film que vous allez tourner ?

A.A. : Ça s’appelle La Neuvième Vie de Louis Drax. Il est basé sur un livre de Liz Jensen. C’est un film que devait réaliser Anthony Minghella avant de mourir. Ca raconte l’histoire d’un petit garçon de neuf ans qui tombe d’une falaise vers San Francisco. Il tombe dans le coma et depuis son coma, il essaie à travers son inconscient et des flashback, de comprendre ce qui lui est arrivé et qui l’a poussé. C’est une sorte de thriller à la frontière du surnaturel.

Puisqu’on parle de vos prochains projets… Le remake de Simetierre ne se fera pas ?

A.A. : Je n’ai jamais été attaché à Simetierre ! Jamais. J’ai lu le script, j’ai eu deux rendez-vous, le temps de leur dire que leur scénario n’était vraiment pas bien. Et ça c’est arrêté là. C’est la première fois que ça m’arrive, il y a eu une fuite et voilà, ça me colle depuis. C’est dommage car j’adore, c’est un de mes trois livres préférés de Stephen King.

Maintenant que vous êtes à Hollywood, que pensez-vous du cinéma de genre français ?

A.A. : Je n’ai pas vu grand-chose récemment. (rires) Il y a quelques années, après Haute Tension, il y a eu un engouement mais c’est un peu retombé parce qu’on n’a pas réussi à transformer l’essai comme l’on fait les espagnols, avec des films plus ambitieux, pas forcément question budget, mais plus radicaux. Après le problème, c’est que le cinéma de genre français a existé sur un schéma de vente à l’international et pas un schéma de sortie nationale. Le public français n’était pas là pour soutenir le cinéma de genre. A chaque fois qu’un film de genre français sortait, c’était entre 60 et 150 000 entrées maximum. Et ça ne suffit pas pour faire exister des films. Ça s’est ralentit maintenant et c’est plus difficile à faire, contrairement à prendre une histoire et aller la faire en anglais.IMG_0433

On a beaucoup parlé de Twin Peaks, qui est un film et une série. Et justement, vu les très nombreux personnages et la richesse de l’histoire, le film aurait pu se prêter à l’idée d’une série. Est-ce qu’on est déjà venu vous chercher pour travailler pour la télé ?

A.A. : Le cadre télé m’intéresse à partir du moment où il est devenu une extension pour le long-métrage. Quand on a l’occasion de raconter une histoire en non pas deux heures mais 15 ou 20 heures, ça devient ultra-intéressant, surtout si la qualité de la télé atteint la qualité du cinéma. D’autant qu’il y a un décalage qui est en train de s’opérer au niveau de la censure. Au cinéma aux Etats-Unis, la censure est très arbitraire alors qu’on a l’impression qu’à la télé, tout passe. Meilleur exemple, Game of Thrones, qui est l’exemple le plus incroyable question effets spéciaux gores… Personnellement, je suis attaché à la série basée sur le Scanner de Cronenberg. Je travaille activement dessus au niveau de l’écriture, de la réalisation, de la production. Ca peut devenir une série très intéressante. C’est vrai que Horns aurait pu être une mini-série façon True Detective. Mais il y a 3-4 ans, quand on a commencé, ce tournant n’avait pas encore eu lieu. Après le cinéma reste un cadre magique.

Avez-vous eu l’occasion de voir la version terminée du remake d’Amityville par Franck Khalfoun ?

A.A. : Je l’ai vu. J’ai passé pas mal de temps en montage avec eux. J’ai rien à voir avec le film, j’étais juste là en tant qu’ami. Et c’est génial. Je ne peux pas trop en dire mais c’est fort.

Bande-annonce Amityville de F. Khalfoun :

Très rapidement mais vous bossez sur plein de projets, vous produisez, vous tournez, vous écrivez, vous développez, vous passez en tant qu’ami, des films, des séries… Juste, vous dormez dès fois ou pas…

A.A. : Oui, dans l’avion ! Non mais c’est tellement génial… On n’a tellement pas l’impression de travailler. On pourrait faire ça 24/24 heures. J’ai jamais l’impression de travailler. Et c’est un privilège.

Notre critique de Horns d’Alexandra Aja, ici.

Bande-annonce de Horns d’Alexandre Aja :

Un grand merci à Alexandre Aja, Metropolitan Films, Jérémy et l’agence La Jungle.

Un commentaire à propos de “RENCONTRE AVEC ALEXANDRE AJA À L’OCCASION DE LA SORTIE DE « HORNS »…

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