OLD BOY de Spike Lee
avant-première – critique (thriller)

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21048694_20131011115653466.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxMondo-mètre :
note 5.5
Carte d’identité :
Nom : Old Boy
Père : Spike Lee
Livret de famille : Josh Brolin (Joe Doucett), Elizabeth Olsen (Marie), Sharlto Copley (Adrian), Samuel Lee Jackson (Chaney), Michael Imperioli (Chucky), Pom Klementieff (Haeng-Bok), James Ransone (Dr Melby), Max Casella (James Priestley)…
Date de naissance : 2013
Majorité au : 1er janvier 2014 (en salles)
Nationalité : USA
Taille : 1h44
Poids : 30 millions $

Signes particuliers (+) : Détaché de la vision que l’on a de l’original et pris pour ce qu’il est, ce remake américain est au final plutôt honorable et loin de la purge redoutée. Mieux, il saura même être un bon film pour les novices qui n’ont jamais vu la perle coréenne originelle. Le trop sous-employé Josh Brolin et l’irrésistible Elizabeth Olsen sont deux arguments de plus plaidant en sa faveur. Sans être un grand film, ce Old Boy 2013 est une péloche nerveuse et hard boiled, moins extrême que son modèle mais pas consensuelle non plus. Un effort globalement digne.

Signes particuliers (-) : Est-il possible d’occulter l’original quand on l’a vu ? La question est aussi inutile que la réponse est évidente. Planqué dans l’ombre imposante de la baffe de l’année 2004, le Old Boy de Spike Lee peine à s’affirmer, d’autant qu’il cumule pas mal de maladresses qui en affaiblissent l’impact. Plus théâtralisé, plus simplifié, moins furieux, moins excessif, moins singulier, moins transgressif… Un bref comparatif fait apparaître cette relecture américaine comme perdante sur tous les tableaux. S’il n’est pas mauvais, c’est davantage la question de son utilité qui pointe ? Car il n’apporte pas grand-chose à son modèle si ce n’est un nivellement dépersonnalisant pour le mettre à échelle de la production américaine.

 

OLD BOY… NEW BOY : LA CRITIQUE

Résumé : Fin des années 80. Un père de famille est enlevé sans raison et séquestré dans une cellule. Il apprend par la télévision de sa cellule qu’il est accusé du meurtre de sa femme. Relâché 15 ans plus tard, il est contacté par celui qui l’avait enlevé…

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L’INTRO :

Pourquoi ? On vous pose la question amis cinéphiles… Pourquoi ? Chef d’œuvre du cinéma coréen acclamé au Festival de Cannes 2004 et réalisé par un éblouissant Park Chan-wook tout en rage et en virtuosité, le viscéral Old Boy revient sur grand écran par l’entremise de ce remake américain mis en boîte par le passé de mode Spike Lee, qui s’acharne de film en film à essayer de retrouver son aura d’antan sans y parvenir. Depuis La 25eme Heure sorti en 2002, son cinéma n’est qu’une accumulation de déceptions dont on ne voudrait sauver que son Inside Man en 2006. Son talent fané, ses sorties médiatico-polémiques souvent critiquées et agaçantes, Spike Lee semble appartenir à ce cercle de cinéastes d’un temps qui a perdu la flamme en même temps que l’amour du public. Espérer le regagner avec le remake d’un classique mémorable de singularité, était un pari sacrément risqué, d’autant que ce genre d’entreprise est généralement mal perçue et reçue par le public, à plus forte raison quand l’objet de l’infamie est un film récent que même les jeunes générations connaissent…

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Spike Lee défend son effort en expliquant que l’original signé Park Chan-wook est sur beaucoup de points, très ancré dans la culture coréenne et ses intentions sembleraient dépasser le seul stade du remake plan par plan. Le cinéaste ambitionne de livrer une relecture de Old Boy suffisamment personnelle pour trouver son intérêt, et surtout plus adapté au public occidental par une facture davantage terre-à-terre et réaliste. Même si l’on est sceptique d’avance -on ne saurait le cacher- on a bien voulu quand même donner sa chance à cet exercice périlleux où le talentueux mais sous-exploité Josh Brolin prend la place de l’halluciné Choi Min-sik, que l’on se souvient littéralement habité par son personnage dans l’original. La présence de l’irrésistible Elizabeth Olsen est un second argument qui entérine la décision d’essayer de découvrir cette nouvelle mouture pour ce qu’elle est, en s’efforçant de mettre de côté le film de Park Chan-wook qui, à coup sûr, l’écraserait de son ombre planante. Dernière bonne nouvelle concocté par le casting, c’est le toujours bon Sharlto Copley (District 9) qui incarnera le méchant de cette relecture américaine.

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L’AVIS :

 Bon, concrètement, deux options se posent devant vous, spectateur potentiel de ce remake. La première, vous n’avez jamais vu l’original, auquel cas nous ne pouvons que vous conseiller de tenter votre chance (ou mieux, de chercher à le voir). La seconde, vous êtes un adepte du Park Chan-wook et là, on ne vous conseillera que la prudence. Sachez d’emblée, comme on pouvait s’y attendre, que cette version signée Spike Lee est moins bonne. Moins intense, moins frappée du ciboulot, moins enragée aussi. Cette baisse qualitative s’accompagnera au passage d’un effet de surprise moindre puisque le choc de la sensation coréenne est passé et que le suspens né de l’intrigue est déjà connu. Grosso modo, Spike Lee raconte la même histoire avec peu ou proue de différences au programme et les quelques changements qu’il opère n’ont pour conséquences que d’ôter la singularité affirmée de l’original au profit d’une version plus lissée en terme narratif, plus didactique, gouailleuse et facile d’approche. Une chose est sûre, on est loin de la purge redoutée. Ce Old Boy occidental est même somme toute assez honnête et très largement regardable et il serait injuste de lui tirer dessus à boulets rouges pour ce qu’il est au demeurant. En revanche, rien n’empêchera de le critiquer pour la démarche qu’il illustre, cette fâcheuse tendance yankee à vouloir re-tourner les baffes étrangères sans y apporter quoique ce soi justifiant réellement l’entreprise de ravalement de la façade. C’est d’ailleurs ce qui interpelle rapidement les connaisseurs du modèle ici. Le film de Spike Lee n’apporte pas vraiment grand-chose à son paternel, ni une vision différente, ni des changements malins qui auraient pu valoir le coup d’en proposer une alternative.

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Plus en détail, l’œuvre version Spike Lee cumule plusieurs défauts distincts qui auront sans cesse pour conséquence de le classer un cran en-dessous de son modèle. Premier de la liste et le plus notable, cette sale manie très estampillée « american style » de vouloir toujours tout surligner au marqueur rouge vif. L’incongruité du Old Boy de Park Chan-wook, tout ce qui faisait sa personnalité étonnante, comme sa construction partiellement éclatée dans son entame, sa radicalité dérangeante ou ses légers traits d’humour noir et d’ironie, est ici évacué, remplacé par un film plus linéaire et classique dans son écriture. Autre point, Spike Lee appuie sans cesse la typologie de ses personnages, de ses situations, de ses séquences, dans la plus pure tradition américaine qui consiste à prendre le public pour plus bête qu’il n’est (à moins qu’il ne le soit vraiment, on commence à se demander) en théâtralisant chaque scènes. Pour exemple, l’entame présentant son héros comme un être en peine devient ici une démonstration d’exagération. 4 minutes dans l’original contre un quart d’heure chez Lee, brossant le portrait d’un homme au fond du gouffre, profondément alcoolique et auto-destructeur. Intérêt limité. Le film entier sera sur ce tempo du très explicatif, appuyant sans arrêt dans sa diégèse le moindre détail au point de quitter l’accessible pour entrer dans la « journée porte ouverte » où tout doit être facilement appréhendable et compréhensible. Enfin, un mot de la violence, l’une des caractéristiques majeures du film de Park Chan-wook. Elle est toujours très présente chez Spike Lee, mais différemment, plus dans un esprit second degré débridé lorgnant curieusement plus du côté du cinéma de son « ennemi juré » Tarantino, qu’en direction d’un impact profondément viscéral et douloureux. En somme, une violence pop cornesque en mode fracassage de bad guy à la chaîne visant le spectaculairement grotesque est préférée à la densité d’une violence hard boiled qui aurait davantage choqué la prude censure américaine, très hypocrite, comme on le sait.

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Au jeu des différences, on en comptera plusieurs, même si globalement, elles ne changeront pas fondamentalement l’intrigue en elle-même. Le cinéaste américain s’attarde par exemple plus longuement sur la captivité de son personnage et son évolution psychologique, là où Park Chan-wook expédiait la chose en une douzaine de minutes brillantes de sens résumé, pour mieux se concentrer sur l’après et pour éviter tout sentiment de redondance. Un choix étonnant d’ailleurs, à l’encontre de l’idée des producteurs de parvenir à une durée plus courte que l’original (15 minutes de moins) atteinte à grand renfort de coupes dans le montage, en ôtant notamment sa dantesque séquence la plus célèbre du combat dans le couloir filmée en travelling (7 minutes de gagnées), pourtant tournée par le cinéaste. A ce titre, le final est expédié plus manu militari, jetant notamment à la corbeille toutes les dernières minutes de l’original. Si la résolution scénaristique de l’histoire est à peu près identique, quelques détails sont changés de sorte à terminer avec plus de facilité et de rapidité d’exécution. Ainsi, le final psychologique dans la neige n’existe plus (les connaisseurs comprendront) de sorte à mieux s’appesantir sur le trauma du twist dévoilé au terme d’un dernier acte bien plus théâtralisé que chez Park Chan-wook qui jouait moins de l’emphase clinquante pour davantage privilégier une approche plus charnelle, symbolique et crûment graphique. Mais attention, ça ne veut pas dire que le film de Spike Lee est dénué de bastons fracassantes. Au contraire, une centrale et épique assouvira les besoins du spectateur en manque de brutalité. Sauf que Lee n’a jamais été un cinéaste de cinéma d’action et en toute honnêteté, elle déçoit tant par son manque d’inspiration (malgré son ludique aspect jeu vidéo) que par la façon dont elle est chorégraphiée, virant presque au ridicule pour qui s’attachera aux nombreux figurants enchaînant en arrière-plan des mouvements dans le vide en attendant que ce soit à leur tour de prendre une rouste. Bourrin, oui, risible, aussi.

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Bilan ? On ne pourra pas, comme s’y attendait, hurler au scandale devant ce Old Boy 2013. Car honnêtement, on a vu remake nettement plus outrageant que celui-ci. Un peu à la manière d’un Infiltrés face à Infernal Affairs, le film de Spike Lee ne démérite pas mais reste très en-dessous de son illustre inspiration. La prestation forte de Josh Brolin et le charisme de la sublime Elizabeth Olsen sont une alternative plus que correcte, seul Sharlto Copley ayant une tendance certaine au surjeu. Dans le contenu, cette américanisation se regarde sans trop de mal et le film ne commet pas de dégâts majeurs dans le paysage cinématographique. Certes, il est moins virtuose, de même qu’il ne reproduit pas la claque magistrale que l’on a connu en 2004 et qu’il semble plus sage et moins provocateur derrière ses apparences. Spike Lee signe toutefois un film correct, voire même pas plaisant pour les novices de l’œuvre. Les autres auront juste ce petit sentiment de déjà-vu en mieux ailleurs et le manque d’originalité caractérisée et de férocité exacerbée de cette relecture fera le reste et la laissera macérer dans son jus fermenté de remake qui n’avait pas vraiment lieu d’exister. Moins poignant, moins traumatisant, moins culotté, moins excessif, moins complexe, moins lyrique, moins paroxysmique… Old Boy 2013 est un film du « moins », et sûrement pas la bombe explosive que fut son prédécesseur il y a presque dix ans. Il parvient seulement à sauver les meubles et à se tirer de son mauvais pas car son histoire est toujours aussi forte et roublarde et sa facture ne cède pas trop au classicisme (normal, Lee emprunte tout un tas de plans à son homologue). Bref, revoir l’original derrière cette adaptation revisitée sera une bonne solution pour se rappeler et se convaincre de sa force estomaquante.

Bande-annonce :

Par Nicolas Rieux

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