MUSTANG de Deniz Gamze Ergüven : la critique du film [Sortie DVD]

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Nom : Mustang
Père : Deniz Gamze Ergüven
Date de naissance : 2014
Majorité : 21 octobre 2015
(Éditeur : Ad Vitam)
Type : Sortie DVD
Nationalité : Turquie, France
Taille : 1h37 / Poids : NC
Genre : Drame

Livret de famille : Güneş Nezihe Şensoy (Lale), Doğa Zeynep Doğuşlu (Nur), Elit İşcan (Ece), Tuğba Sunguroğlu (Selma), İlayda Akdoğan (Sonay), Nihal Koldaş (la grand-mère), Ayberk Pekcan (le père)…

Signes particuliers : A n’en pas douter, l’un des films coup de coeur de l’année. Oubliez les clivages entre cinéma d’auteur et cinéma grand public, Mustang, c’est le film qu’il faut voir, avoir, le film capable de toucher tout le monde. Pas étonnant qu’il ait été choisi pour représenter la France aux prochains Oscars.

5 SŒURS PRISES ENTRE DEUX VENTS CONTRAIRES

LA CRITIQUE

Résumé : C’est le début de l’été. Dans un village reculé de Turquie, Lale et ses quatre sœurs rentrent de l’école en jouant avec des garçons et déclenchent un scandale aux conséquences inattendues. La maison familiale se transforme progressivement en prison, les cours de pratiques ménagères remplacent l’école et les mariages commencent à s’arranger. Les cinq sœurs, animées par un même désir de liberté, détournent les limites qui leur sont imposées.cannes2015-quinzaine-des-realisateurs-bande-annonce-film-mustang-deniz-gamze-erguvenL’INTRO :

Cinéaste échappée de la Femis, la franco-turque Deniz Gamze Ergüven a ému le dernier Festival de Cannes et plus particulièrement la Quinzaine des Réalisateurs où a été présenté son premier long-métrage Mustang. L’histoire du parcours de cinq jeunes sœurs contre les traditions passéistes, dans la Turquie contemporaine. Un film coup de cœur, tourné en Turquie même dans un village reculé à plusieurs centaines de kilomètres au nord d’Istanbul. Un cadre typique pour un film profondément turc dans l’âme et dans les intentions. Pourquoi Mustang ? Car à l’image de la célèbre race de chevaux, les cinq jeunes protagonistes de cette histoire lumineuse sont impétueuses, sauvages, indomptables. Elles veulent vivre et elles le font savoir. Partiellement basé sur certaines expériences authentiques de son auteur, Mustang est sans aucun doute l’un des meilleurs films de l’année 2015.mustang-emballant-ode-a-la-liberte,M223459L’AVIS :

Mustang est un double-portrait à la fois personnel et général, à la fois intimiste et engagé dans une démarche féministe et militante, démarche qu’il laisse exploser dans un torrent d’émotions dévastatrices à travers un drame à fleur de peau dont on se remet difficilement. D’abord, il est le portrait de cette fratrie de sœurs en révolte extraordinaires, joyeuse sororité dont les protagonistes sont happées par la réalité d’un monde, leur monde, qu’elles souhaiteraient combattre de toutes leurs forces pour conjurer un sort inéluctable. Ensuite, le portrait plus général d’une Turquie à deux visages, coincée entre le traditionalisme des générations d’avant et la volonté de modernité née avec celle des années 80. Un conflit idéologique qui s’inscrit également dans une géographie, entre la Turquie stambouliote aux désirs d’occidentalisme sous l’impulsion de la jeunesse actuelle éprise de liberté et une Turquie plus reculée, celle des Trabzon et autres, où se perpétuent les modèles sociaux d’antan, celle où sont ancrées dans la pierre, les traditions les plus féroces et cruelles appartenant à un monde qui nous paraît si loin. Obscurantisme, conventions enracinées, mentalités rétrogrades, mariages forcés… Cette fracture entre ces deux Turquie, les personnages de Mustang les portent en elles, elles les incarnent. Elles veulent être libres mais on les cloître. Elles veulent balayer ces codes d’un autre temps mais on les leur impose. Elles veulent être belles et sexy mais on les camoufle. Elles veulent être rieuse mais on les fait taire. Bref, elles veulent vivre mais on les en empêche.049125.jpg-c_640_360_x-f_jpg-q_x-xxyxxDiamant brut dont les facettes étincelantes sont les visages de ses cinq magnifiques jeunes comédiennes, Mustang est un film fort, puissant, bouleversant. On pense forcément à un pendant turc du Virgin Suicides de Sofia Coppola. La comparaison est facile mais pourtant bien représentative, même si la cinéaste Deniz Gamze Ergüven s’en défend, préférant revendiquer le Salo et les 120 Journées de Sodome de Pasolini, comble du conte sordide dénonçant le fascisme. Par un affrontement générationnel pétri dans un tragique qui combat sa noirceur pour dénicher une luminosité bienvenue, Mustang est un coup de poignard militant porté à la condition des femmes en Turquie. Une réaction indignée et chargée en force rageuse, dénonçant non seulement un état tristement encore d’actualité, mais en filigrane, prévenant le dangereux retour en arrière opéré depuis quelques années vers un conservatisme inquiétant. Témoin, cette scène en forme de clin d’œil faisant référence à la sortie rétrograde l’an passé du Premier Ministre Bulent Arinç, selon lequel les femmes turques ne devraient plus rire en public pour des questions de droiture morale et de décence. Une sortie qui avait provoqué une vague de réactions scandalisées de la part des jeunes femmes du pays… essentiellement dans les grandes villes où les mentalités combattent ce fléau de l’arriérisme. Et on en revient au discours global de Mustang, cet affrontement entre modernité et tradition dans un pays à cheval entre deux volontés, affrontement que représente également la cinéaste, puisant autant dans l’esprit frondeur de ses ancêtres à la Yilmaz Guney, que dans le néo-cinéma actuel indépendant occidental.mustang-film-critique-cinema-ode-liberte-femmesMais Mustang n’est-il qu’un film politique et enragé ? Non justement. Et c’est là le tour de force de Deniz Gamze Ergüven. Avec une délicatesse sans pareille, la cinéaste signe une œuvre courageuse affichant une sensibilité à fleur de peau, une mélancolie solaire, dans cette ode à la femme et à la liberté où la douceur vient escamoter la tragédie dans un film porteur d’espoirs, confectionné avec une énergie tourbillonnante illustrant un combat qui ne fait que commencer. A travers la présence radieuse de ces jeunes sœurs fougueuses aux éclats de rires pétillants et aux longues chevelures sensuelles, la cinéaste donne une voix à toutes les femmes de Turquie, mais cette déclaration militante est doublée d’une histoire tendre, poignante, parfois cruelle, qui nous emmène à tomber éperdument amoureux de ce quintet magique au charme étourdissant, chevauchant les traditions pour mieux s’en éloigner. Indéniablement, Mustang est un bijou, une claque ballotée par son doux équilibre salvateur entre la drôlerie et le drame. Bravo Deniz Gamze Ergüven, bravo à ses comédiennes fantastiques et merci pour ce film plein de grâce et de subtilité, truffé de scènes au symbolisme fort (la scène d’amour dans la jeep ironiquement à la vue de tous ou ces scènes en maillot de bain devant une grille aux allures de prison) et qui s’impose comme une œuvre puissante et salutaire. Quelqu’un a murmuré le mot chef d’œuvre ? En tout cas, un très grand film et une sacrée claque !1507-1

LE DVD

Deux suppléments significatifs complètent le DVD de Mustang (pas d’édition Blu-ray malheureusement) en dehors de sa bande-annonce. Le premier a pour vocation d’approfondir nos connaissances sur le film, le second d’éclairer un peu sur le parcours de sa réalisatrice, Deniz Gamze Ergüven. D’abord, un entretien avec la cinéaste, conduit par Olivier Père et repris de l’émission ciné d’Arte, Les rencontres d’Olivier Père. A Cannes, le « journaliste » (en réalité Directeur de l’Unité Cinéma d’Arte France) interroge Deniz G. Ergüven sur la genèse du projet, laquelle s’exprime sur sa volonté de prise de parole sur la place de la femme en Turquie et son regard à cheval entre deux pays, mais aussi sur la dichotomie d’un état schizophrénique, entre une Turquie rurale très traditionaliste et un Turquie d’Istanbul plus moderne, malgré ses deux visages. Sont évoqués une comparaison étonnante et pourtant pertinente avec L’Évadé d’Alcatraz de Siegel, celle avec Virgin Suicides, le casting des jeunes filles, l’écriture à quatre mains etc… Le second supplément, est le second court-métrage réalisée par Deniz Gamze Ergüven, Une goutte d’eau, tourné en 2006 et présenté précédemment à Cannes. L’histoire d’un homme racontant la vie d’une jeune femme turque qu’il a jadis aimée et qui a disparu. Un court-métrage très personnel, où l’on sent en filigrane, certains aspects de l’histoire de son auteur à cheval entre deux cultures.

LA BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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