LES NOUVEAUX SAUVAGES de Damian Szifron
#Cannes2014 [Critique – Sortie Ciné]

Partagez cet article
0 votes

346941.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxMondo-mètre
note 7.5 -10

Carte d’identité :
Nom : Relatos Salvajes
Père : Damian Szifron
Date de naissance : 2014
Majorité : 14 janvier 2015
Type : Sortie en salles
Nationalité : Argentine, Espagne
Taille : 2h02
Poids : Budget 3 M€
Genre : Comédie, Thriller

Livret de famille : Rita Cortese (la cuisinière), Ricardo Darín (Simon Fisher), Nancy Dupláa (Victoria), Dario Grandinetti (Salgado), Oscar Martinez (Mauricio), Osmar Núñez (l’avocat), Erica Rivas (Romina), Leonardo Sbaraglia (Diego)…

Signes particuliers : Un film à sketches bouillonnant d’idées et d’inspiration. Si tous les segments sont très différents les uns des autres et nous baladent sans cesse avec beaucoup d’humour noir vers des registres variés, l’homogénéité de l’ensemble sur la thématique de la sauvagerie moderne quand l’homme acculé laisse exploser ses plus bas instincts, est admirable. Une réussite dans un genre généralement réputé comme difficile.

 

UN TOURBILLON DE SKETCHES DÉTONNANTS !

LA CRITIQUE

Résumé : Vulnérables face à une réalité trouble et imprévisible, les personnages de Relatos salvajes, traversent la frontière qui sépare la civilisation de la barbarie. Une trahison amoureuse, le retour du passé, une tragédie ou même la violence d’un détail du quotidien sont les détonateurs qui poussent ces personnages vers le vertige que procure la sensation de perdre les étriers, vers l’indéniable plaisir de perdre le contrôle.les nouveaux sauvages L’INTRO :

Par définition et expérience, le registre du film à sketch a toujours été un exercice hautement périlleux au cinéma, les dangers à éviter étant très nombreux. D’une part, le soin à apporter à l’homogénéité et la cohérence d’ensemble du projet, et de l’autre, les risques d’inégalités qualitatives entre les segments. Et c’est d’ailleurs sur ce dernier point que généralement le bas-blesse avec des œuvres peinant à soutenir leur niveau sur la durée. Mais voilà, qui n’a pas découragé le cinéaste argentin Damian Szifron qui pour son troisième long-métrage, Les Nouveaux Sauvages, a pris la direction du festival de Cannes pour une sélection en compétition officielle. Il y sera le premier film tourné sur ce principe, présenté sur la Croisette depuis Le Sens de la Vie des Monty Python. C’était il y a plus de 30 ans. Alors que les grandes heures du genre remonte aux années 60, notamment dans le prolifique cinéma italien de l’époque, les films à sketch connaissent un regain de mode ces temps-ci, notamment grâce au cinéma d’horreur qui a multiplié les tentatives dites « d’anthologies », réunissant plusieurs réalisateurs pour de courts segments autour d’une thématique définie. Produit par Pedro Almodovar et son frère (ah, voilà pourquoi il était à cannes), Les Nouveaux Sauvages a choisi la fragile frontière qui sépare l’homme civilisé de l’abandon à ses plus vils instincts.015220.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx

L’AVIS :

Comme fil rouge à son œuvre d’une audace formelle et narrative monstre, Damián Szifron livre une étude des mœurs humaines absolument délicieuse et jubilatoire, explorant la sauvagerie moderne, ou quand l’attrait de la violence prend le pas sur la raison humaine. Tous ses personnages sont des êtres civilisés qui vont glisser, pour des différentes raisons, perdant leur ancrage dans la réalité pour virer hors des sentiers balisés par la société et notre humanité douée de raison. Cruellement satirique, Les Nouveaux Sauvages est un bijou sans cesse surprenant, naviguant entre les genres avec un courage empreint de virtuosité. Tantôt drôle, poignant, absurde, violent, barré, dramatique, le film brasse avec une impressionnante homogénéité et modernité, plusieurs registres différents, de la comédie noire au drame grave, de la série B ultra-violente à la satire sociétale, de la saynète caustique aux abords de l’horreur… Terriblement grinçant, confectionné dans un mauvais goût délectable, ce long-métrage segmenté en six contes aura été le trublion de la sélection cannoise 2014. Un film qui ne s’embarrasse pas du bon goût mais qui fait étalage d’une intelligence admirable dans les thématiques qu’il cherche à défendre.518968.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx

Que ce soit à travers une altercation surréaliste entre automobilistes ou un pétage de plomb envers la société oppressante rappelant lointainement le Chute Libre de Joel Schumacher (sans nul doute les deux meilleurs segments, d’un côté le plus halluciné et déjanté, et de l’autre, le plus maîtrisé dans sa réflexion porté par l’excellent Ricardo Darín), que ce soit au travers d’une affaire de vengeance à la mort au rat ou un mariage qui part en vrille en remportant la palme de la folie déjantée, en passant par une situation ubuesque à bord d’un avion ou un père essayant de couvrir son chauffard de fils responsable de la mort d’une femme enceinte, Les Nouveaux Sauvages met en exergue avec une acidité piquante, comment l’homme acculé devant une situation qui le dépasse et qu’il ne parvient plus à gérer, peut avoir cette capacité à oublier son statut, sa nature, son humanité, pour basculer dans la sauvagerie irraisonnée, tout jugement obscurci alors que les instincts primaires prennent le dessus.les nouveaux sauvages

Les Nouveaux Sauvages est une réussite magistrale, portée par l’exceptionnelle régularité qualitative de ses segments. Tous sont très différents, tous ont leurs qualités et si certains sont peut-être moins forts que d’autres ou plus empreint de menues maladresses, l’ensemble reste toujours cohérent, virtuose, excitant. Et rarement ces dernières années, le recours au film à sketch n’aura autant été justifié par les ambitions d’un projet, sublime étude de mœurs sur l’être humain moderne. Véritable feu d’artifice aux allures de récréation tragi-comique, Les Nouveaux Sauvages propose quelque-chose de nouveau. Et ça fait du bien. Peut-on rire de tout ? On a coutume de dire que oui mais pas avec n’importe qui. C’est sans doute pour cela que Les Nouveaux Sauvages n’avait aucune chance de Prix à Cannes. Il aura eu au moins le mérite de donner un sacré coup de pied dans la fourmilière engoncée dans l’émerveillement prétentieux face à des œuvres qui le sont tout autant. Plus humble et sans doute plus sincère, le film de Damián Szifron est ravageur et se moque avec une outrecuidance folle, de la réalité inavouée de ce qu’est au fond le genre humain, des sauvages modernes qui s’ignorent. Jusqu’à un certain point

Bande-annonce :

Par Nicolas Rieux

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.