LA VÉNUS À LA FOURRURE de Roman Polanski
En salles – critique (comédie)

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note 7
Carte d’identité :
Nom : La Vénus à la Fourrure
Père : Roman Polanski
Livret de famille : Matthieu Amalric (Thomas), Emmanuelle Seigner (Vanda)
Date de naissance : 2013
Majorité au : 13 novembre 203
Nationalité : France
Taille : 1h33
Poids : Budget NC

Signes particuliers (+) : Brillamment conduit, La Vénus à la Fourrure est l’un des meilleurs films de Polanski depuis fort longtemps. Drôle, inventif, créatif, c’est surtout son intelligence qui nous fait succomber à cet élégant et raffiné face-à-face qui transforme son huis-clos en une réflexion habile sur le métier d’artiste, l’essence même de l’acteur et la relation non sans perversité qui unit les deux. Un grand film en équilibre en grotesque et génie mais qui faillit jamais, porté par l’énergie et le talent de ses deux comédiens en plein état de grâce.

Signes particuliers (-) : Le dernier quart pourra dérouter en ce sens que Polanski s’aventure près d’une lisière délicate. Mais il donne beaucoup de sens à l’ensemble.

 

PETITES PERVERSIONS ENTRE ARTISTES

Résumé : Seul dans un théâtre parisien après une journée passée à auditionner des comédiennes pour la pièce qu’il s’apprête à mettre en scène, Thomas se lamente au téléphone sur la piètre performance des candidates. Pas une n’a l’envergure requise pour tenir le rôle principal et il se prépare à partir lorsque Vanda surgit, véritable tourbillon d’énergie aussi débridée que délurée. Vanda incarne tout ce que Thomas déteste. Elle est vulgaire, écervelée, et ne reculerait devant rien pour obtenir le rôle. Mais un peu contraint et forcé, Thomas la laisse tenter sa chance et c’est avec stupéfaction qu’il voit Vanda se métamorphoser. Non seulement elle s’est procuré des accessoires et des costumes, mais elle comprend parfaitement le personnage (dont elle porte par ailleurs le prénom) et connaît toutes les répliques par cœur. Alors que l’« audition » se prolonge et redouble d’intensité, l’attraction de Thomas se mue en obsession…

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L’INTRO :

Un théâtre, une scène, deux comédiens, un texte. Polanski récidive dans le huis clos minimaliste après son adaptation de Carnage, avec un nouvel exercice en temps réel et en décor unique. Pour son vingtième long-métrage, le cinéaste adapte une pièce américaine (Venus in Fur) se réappropriant un célèbre roman paru en 1870 sous la plume de Leopold von Sacher-Masoch, écrivain qui contribua avec cette œuvre littéraire, à élaborer les fondements du concept du masochisme. Avec seulement le talent dément d’un Matthieu Amalric surdoué (qui, dieu merci, remplace Louis Garrel qui s’est désisté) et la beauté fascinante de sa muse et madame à la ville, Emmanuelle Seigner, Polanski signe un film singulier et profondément original et inventif en plus de déborder de brio et d’énergie. Du théâtre filmé follement cinématographique et cinégénique narrant la fantasmagorique rencontre entre une comédienne quadra vulgaire, énervante et écervelée et un auteur de pièces intello, passionné de vieille littérature autrichienne tourmentée. Et une sélection à Cannes méritée à la clé.

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On pourrait croire Polanski usé, comme appartenant à un vieux monde du cinéma qui a perdu sa rage en même temps que sa jeunesse. Pourtant, force est de constater que le réalisateur signe de très loin son meilleur film depuis longtemps. Une comédie singulièrement perverse (pour ne pas dire malsaine parfois) qui joue autant avec ses personnages sublimes, qu’elle ne joue avec le spectateur conquis entre l’entraînant entre ambivalence et réalité, fiction et vécu, sensualité et machiavélisme. Une composition vertigineuse s’offrant le luxe d’une immense richesse de lecture grâce à la multiplicité de sa symbolique, de ses significations, des pistes qu’elle explore et des thématiques qu’elle déploie avec une maestria dramaturgique éblouissante.

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Polanski évolue sur le fil d’une partition dangereuse en équilibre entre le génie pur et le grotesque risible. Mais il se tient avec force et assurance du bon côté du mince filin sur lequel il évolue en haute-voltige, avec une intelligence impressionnante, ne se laissant jamais étourdir par le précipice guettant. Ce qui aurait pu n’être qu’un exercice de style pompeux et ridicule, vire au contraire un tour de force génial et malin, éperdument passionnant, curieusement palpitant, profondément intelligent et jubilatoirement grandiose en plus d’être d’une finesse sans faille. Un met à la fois délicat et féroce en bouche, explorant des pistes à foison, qui se démultiplient dans un ensemble d’une cohérence imparable et d’une virtuosité épatante.

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La Vénus à la Fourrure, c’est énormément de choses à la fois. Une petite œuvre en apparence mais immense au demeurant, magistrale et prodigieuse, à la richesse tellement incroyable qu’elle pourrait nourrir des pages et des pages d’analyse sur le pouvoir créatif, l’essence même de l’acteur et les angoisses de l’artiste. Fin, retorse, élégante, savoureusement jouissive en grande partie grâce à son absence de cynisme et la qualité de son écriture juste et pertinente dans l’introspection à laquelle elle s’adonne, cette une œuvre très personnelle mais qui parvient à s’extraire du nombrilisme menaçant pour embrasser un univers artistique fort avec une verbosité succulente, est une merveille inattendue. Une comédie feutrée et taquine, cultivant le mystère déroutant et se permettant avec une immense souplesse et dextérité d’évolution, de s’aventurer à la lisière du fantastique, en se métamorphosant en une métaphore éblouissante de chaque instant. Une mise en abyme soulignant et étudiant la projection du soi de l’artiste dans ses œuvres, une dissertation artistique audacieuse, tour à tour cinématographique, littéraire ou théâtrale, une immersion dans la folie de l’artiste, ses affres, sa mégalomanie et ses tourments, une délicieuse et sadique histoire de fantasme et de perversion… Si La Vénus à la Fourrure est un peu de tout ça, c’est avant tout une ingénieuse plongée dans la manipulation. Une rencontre d’antagonismes nourrissant une réflexion sur la relation et le jeu de cruauté soutenant les relations unissant acteurs et auteur dans un rapport de dominant à dominé, une sorte d’étude décryptant avec beaucoup d’inventivité la complexité de ces rapports à travers une chronique furtive et ludique symbolisant la manipulation dans l’art et le jeu de mise en scène… Qui domine qui ? L’auteur par sa supériorité supposée de créateur ? L’artiste auquel il est soumis sans même s’en rendre compte, par le façonnement du système et son pouvoir d’incarnation qui fait de lui le médium de son œuvre ? Avec une habileté sans borne, Polanski dissèque au scalpel le jeu diabolique animant les relations perverses entre un artiste et sa distribution, usant de ficelles ingénieuses pour renverser, contourner, inverser sa narration sans jamais quelle ne dévie de son propos. Si le dernier quart d’heure pourra surprendre par le basculement quasi-onirique qu’il développe, il n’en est que plus parfait dans la conclusion de cette réflexion presque psychanalytique à la fois maligne et lucide, et qui a en elle, un petit quelque-chose de dérangeant conférant à une forme de puissance extra-diégétique.

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Par un duel dramaturgique aussi fascinant qu’il n’est étourdissant, Polanski accouche d’une pépite troublante, mêlant fiction et autobiographie dans un face-à-face grinçant pas loin de la satire intello sur le monde de la mise en scène. Pouvoir, domination, manipulation, tout y est. La démonstration est grande, formidable, d’une adresse impressionnante, seulement concurrencée par la finesse du propos assimilant l’artiste au masochisme cruel. Sa verve rafraichissante d’une grande humilité cachée et l’interprétation brillante d’un duo de comédiens au sommet de leur art, achèvent définitivement d’ériger cette Vénus à la Fourrure, au panthéon des meilleures pièces du metteur en scène. Un délice endiablé et confondant d’imagination à tous les sens du terme !

Bande-annonce :

Par Nicolas Rieux

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