DALLAS BUYERS CLUB de Jean-Marc Vallée
En salles – critique (drame)

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note 8.5
Carte d’identité :
Nom : Dallas Buyers Club
Père : Jean-Marc Vallée
Livret de famille : Matthew McConaughey (Ron Woodroof), Jennifer Garner (Eve Sacks), Jared Leto (Rayon), Steve Zahn (Tucker), Denis O’Hare (Dr Sevard), Dallas Roberts (David Wayne), Griffin Dunne (Dr Vasse), Michael O’Neill (Richard)…
Date de naissance : 2013
Majorité au : 29 janvier 2014 (en salles)
Nationalité : USA
Taille : 1h57
Poids : 5,5 millions $

Signes particuliers (+) : Il fallait bien toute la sensibilité, l’intelligence et le talent d’un cinéaste comme le canadien Jean-Marc Vallée, pour que Dallas Buyers Club puisse s’épanouir en marge des chemins balisés du drama à l’hollywoodienne. A la force d’une sobriété employée comme une profession de foi et refusant le misérabilisme facile, ce récit incroyable d’une lutte acharnée pour survivre face à l’implacable, l’insensé et le fatalisme transcende sa richesse première en se métamorphosant en un parcours initiatique sur le transformation personnelle d’un homme qui apprend de la tragédie, des termes comme altruisme, tolérance et compassion. Un petit chef d’oeuvre humble et sincère, porté par des acteurs gigantesques.

Signes particuliers (-) : x

 

PANDÉMIE DE TALENTS

LA CRITIQUE

Résumé : 1986, Dallas, Texas, une histoire vraie. Ron Woodroof a 35 ans, des bottes, un Stetson, c’est un cow-boy, un vrai. Sa vie : sexe, drogue et rodéo. Tout bascule quand, diagnostiqué séropositif, il lui reste 30 jours à vivre. Révolté par l’impuissance du corps médical, il recourt à des traitements alternatifs non officiels. Au fil du temps, il rassemble d’autres malades en quête de guérison : le Dallas Buyers Club est né. Mais son succès gêne, Ron doit s’engager dans une bataille contre les laboratoires et les autorités fédérales. C’est son combat pour une nouvelle cause… et pour sa propre vie….

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L’INTRO :

20 ans… Il aura fallu plus de 20 ans pour que l’histoire du Dallas Buyers Club puisse enfin se frayer un chemin vers le grand écran. Projet de longue date mainte fois exhumé (par Dennis Hopper avec Woody Harrelson, par Brad Pitt avec Marc Forster à la réal, par Jim Gillepsie avec Ryan Gosling), et autant de fois avorté faute de financement ou de désistement, Dallas Buyers Club a fini par voir le jour sous la houlette du canadien Jean-Marc Vallée qui tourne là son premier film américain avec le soutien d’un Matthew McConaughey très impliqué, tant dans le rôle-titre pour lequel il a perdu pas loin de 25 kilos, que dans le montage financier où il est coproducteur et vedette ayant accepté un cachet à minima, permettant ainsi à ce petit film de devenir grand. Pour le scénariste Craig Borten, derrière le projet depuis le début des années 90 et une série d’entretiens avec le véritable Ron Woodroof dont le film raconte l’histoire, c’est une victoire qui n’a pas de prix.

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L’histoire de Ron Woodroof est à bien des égards emblématique d’un fléau de la fin du XXème siècle et des défaillances du système de santé américain. Diagnostiqué malade du SIDA dans le Texas des années 80, cet authentique cowboy incarnant la virilité la plus extrême, s’est retrouvé confronté au rejet des siens et à l’impuissance d’un corps médical aux espoirs jugulés par la haute autorité sanitaire bloquant l’approbation de quantité de possibles traitement alternatifs. Motivé par un sentiment de révolte et une envie de vivre, Woodroof montera un business en marge de la loi pour fournir aux sidéens les traitements qui leur étaient déniés à l’époque, allant les chercher à l’étranger ces traitements « non approuvés » et faisant ainsi avancer la cause des séropositifs par un véritable pied de nez aux autorités.

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L’AVIS :

Récit universel d’une lutte avec la rage du désespoir pour survivre face à l’implacable et combattre l’incohérence d’un système insensé, pour ne pas dire cynique, le portrait terriblement humain que propose Dallas Buyers Club est bel et bien la claque annoncée et l’une des plus belles perles de ce premier trimestre 2014. On ne parlera pas de surprise, la sensation était très attendue de part la réputation qui la précédait et ses nombreuses nominations ou prix aux Oscars ou aux Golden Globes participant de faire croître le « mythe McConaughey », mais l’effet d’étreinte poignante est quant à lui confirmé et la crainte de la déception s’envole en seulement quelques minutes passées aux côté de ce Ron Woodroof incroyablement nuancé et incarné.

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Dallas Buyers Club est un drame mué par une histoire pure, que Jean-Marc Vallée aborde avec un refus du misérabilisme, sans artifices visuels ou narratifs, se contentant seulement d’exposer son récit avec discernement, simplicité et sobriété. Confiant dans le cœur de son sujet et les nombreuses ramifications qu’il déploie avec une intelligence saisissante, le cinéaste peut alors laisser vivre son film de lui-même et pour ce qu’il est, en se faisant tout petit derrière la grandeur de son étonnante histoire stupéfiante de force et d’âme. Pas ou peu de musique surlignant la moindre émotion, une rhétorique discrète, aucun effet appuyé, une conduite d’ascète se limitant à l’essentiel… Dallas Buyers Club est un film qui respire l’authenticité et bouleverse sans fioritures chargeant inutilement un effort faisant de l’épure, une religion admirable. Et au sommet de cette œuvre d’art magistrale, des acteurs érigés en symboles. Un comédien déjà, le phénix renaissant Matthew McConaughey, auteur d’une prestation qui dépasse de loin sa seule transformation physique en un corps décharné au look vintage. Renaissance et transformation sont également les maîtres mots affublant le cas d’un Jared Leto déboussolant et déchirant en travesti malade, sensible et pétri d’affection.

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Plus qu’un drame délicat et pudique défiant les codes du genre à bien des égards, à commencer par sa faculté à s’octroyer de petites touches d’humour et de légèreté dans un film où on ne les attendaient pas forcément, désamorçant ainsi la gravité du sujet en lui injectant une luminosité prodigieuse, Dallas Buyers Club est une œuvre majeure d’une richesse inouïe. La marque de fabrique d’un Jean-Marc Vallée en somme (C.R.A.Z.Y, Café de Flore) brillant dès qu’il s’agit de transcender ses histoires pour leur conférer une dimension dépassant avec virtuosité ce qu’elles racontaient sur le papier. Récit subtilement désespéré d’une transformation physique doublée d’une rédemption psychologique à travers un parcours tragico-initiatique ancré dans la découverte de tolérance, du respect de l’autre, de la compassion et de l’altruisme, Dallas Buyers Club est dans le même temps un terrible portrait de société sourd, dont la noirceur est anéantie par son humanisme vibrant, le tout couronné enfin d’une peinture historicisée des prémices médiatiques de la pandémie ravageuse du tristement célèbre virus soulignant cette faculté stupide et pourtant humaine des hommes à avoir peur de ce qu’ils ne comprennent pas.

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Avec ce biopic partiel aussi éblouissant qu’il n’est édifiant et façonné à la véracité douloureuse, Jean-Marc Vallée s’extirpe du carcan hollywoodien et affiche une conscience politique qui détourne son travail d’un simple pathos jamais convoqué dans ce drame refusant l’hagiographique et la facilité et s’autorisant quelques audaces feutrées. Le résultat est splendide d’élégance, fascinant d’à-propos, bouleversant de sincérité et nous rappelle à quel point le cinéma peut-être un médium redoutable pour conjuguer voyage lointain et discours fort. Malheureusement, le plus consternant dans l’affaire, c’est que le voyage n’est pas vers un ailleurs si lointain et se heurte à l’actualité. Tout cela n’a finalement pas tant changé que ça, à commencer par la présence du fléau lui-même et son appréhension publique. On terminera en souhaitant à ce géant de Matthew McConaughey de décrocher sa statuette méritée. Et au pire, si ce n’est pas le cas, l’illustre Liza Minelli lui a récemment signifié que, auquel cas, elle lui donnerait la sienne !

Bande-annonce :

Par Nicolas Rieux

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