NOTHINGWOOD de Sonia Kronlund : la critique du film
Sortie cinéma

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Nothingwoodnote 3.5 -5
Carte d’identité :
Nom : Nothingwood
Mère : Sonia Kronlund
Date de naissance : 2017
Majorité : 14 juin 2017
Type : Sortie en salles
Nationalité : France, Afghanistan
Taille : 1h25 / Poids : NC
Genre
: Documentaire

Livret de famille : Salim Shaheen…

Signes particuliers : Un documentaire passionnant sur une légende du cinéma afghan, qui se débat dans un pays en guerre.

HISTOIRE D’UN AMOUREUX DU CINÉMA

LA CRITIQUE DE NOTHINGWOOD

Résumé : À une centaine de kilomètres de Kaboul, Salim Shaheen, l’acteur-réalisateur-producteur le plus populaire et prolifique d’Afghanistan, est venu projeter quelques-uns de ses 110 films et tourner le 111ème au passage. Ce voyage dans lequel il a entraîné sa bande de comédiens, tous plus excentriques et incontrôlables les uns que les autres, est l’occasion de faire la connaissance de cet amoureux du cinéma, qui fabrique sans relâche des films de série Z dans un pays en guerre depuis plus de trente ans. Nothingwood livre le récit d’une vie passée à accomplir un rêve d’enfant. nothingwood_film

Il y a Hollywood, il y a Bollywood et il y a Nothingwood, le pays du « rien ». C’est comme ça que Salim Shaheen appelle le cinéma afghan, en s’amusant de la comparaison avec le modèle américain et leurs films à 100 ou 200 millions de dollars. Avec une telle somme, Shaheen pourrait faire 1000, voire 10.000 films. Les siens, il les tourne à l’économie, à la débrouille, avec une petite caméra, les amis et la famille, et des bouts ficelles dénichés par-ci par-là. Dans un pays en guerre depuis plus de 30 ans, Salim Shaheen fait des films, il fait vivre le cinéma local avec les moyens du bord, c’est à dire avec rien, si ce n’est un peu de démerde et beaucoup de passion. Il a produit plus de 110 films à ce jour. Pour nous, ce seront des nanars de série Z à l’amateurisme risible dont on se moquera avec dédain. Mais là-bas, dans un pays où l’industrie cinématographique est morte et où faire un film relève de l’exploit, Salim Shaheen est un héros, une star, une légende, une sorte de Jean-Pierre Mocky vaguement local croisé avec Menahem Golan ou Roger Corman. Une figure légendaire, joyeux, gueulard, un peu mythomane, un peu fou aussi, passionné, irascible, toujours prêt à l’exagération, mais rempli d’une bonhomie communicative.nothingwood_2

À travers ce personnage qui pourrait définir à lui seul l’expression « haut en couleur », la réalisatrice Sonia Kronlund s’est intéressée à un autre visage de l’Afghanistan. Comme elle l’explique en préambule, on a coutume de voir de ce pays en ruines, la guerre, les attentats, les bombardements, les tueries, et les luttes de pouvoir. Mais en rencontrant Salim Shaheen, Sonia Kronlund s’est rendue compte que l’Afghanistan ne peut pas être décemment résumée à ce seul parfum de mort et de misère qui y règnent. Il existe une autre Afghanistan, lumineuse, combattive, emplie de joie et d’espoir. Avec son statut de superstar adorée de tous, ses films amusément bricolés et son « amour de l’art » comme il le clame, Salim Shaheen incarne cet esprit de résistance contre l’horreur du quotidien.nothingwood_salim_shaheen

Juxtaposant en parallèle, le quotidien surréaliste de ce chevalier du cinéma et l’état d’un pays constamment tenu par le danger et défiguré par les atrocités, Sonia Kronlund livre un documentaire précieux, intelligent, tour à tour drôle, dur ou émouvant. La construction est parfois un peu confuse, à l’image de son protagoniste phare à l’esprit survolté et désordonné, mais Nothingwood rappelle par moments, ce qui fait l’essence du cinéma, ce pourquoi on l’aime, ce qu’il véhicule. Le tout à travers le portrait d’un producteur-réalisateur-acteur dénué de cynisme, seulement porté par son amour de la vie, des gens, et de son art confectionné dans la misère mais avec tellement d’humanité et de passion. Une vraie leçon de vie et de cinéphilie, couchée sur pellicule.

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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