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COUTURES d’Alice Winocour : la critique du film

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Nom : Coutures
Père : Alice Winocour
Date de naissance : 18 février 2026
Type : sortie en salle
Nationalité : France
Taille : 1h47 / Poids : NC
Genre : Drame

Livret de Famille : Angelina JolieElla RumpfAnyier Anei, Louis Garrel, Vincent Lindon, Garance Marillier, Aurore Clément, Finnegan Oldfield…

Signes particuliers : César en perspective pour Angelina Jolie ?

Synopsis : A Paris, dans le tumulte de la Fashion Week, Maxine, une réalisatrice américaine apprend une nouvelle qui va bouleverser sa vie. Elle croise alors le chemin d’Ada, une jeune mannequin sud‐soudanaise ayant quitté son pays, et Angèle, une maquilleuse française aspirant à une autre vie. Entre ces trois femmes aux horizons pourtant si différents se tisse une solidarité insoupçonnée. Sous le vernis glamour se révèle une forme de révolte silencieuse : celle de femmes qui recousent, chacune à leur manière, les fils de leur propre histoire.

DESTINS DE FEMMES

NOTRE AVIS SUR COUTURES

Il y a quelques mois, la toile s’amusait de l’anecdote selon laquelle la star américaine Angelina Jolie avait privatisé un magasin Darty pour faire des emplettes. Une info bien évidemment aussi absurde que fausse. Il s’agissait en réalité du tournage de Coutures, le nouveau long métrage de la réalisatrice Alice Winocour trois ans après le bouleversant Revoir Paris, son drame sur les attentats parisiens du 15 novembre qui avait valu un César à Virginie Efira.

Avec Coutures, Alice Winocour (nous) plonge dans le monde de la mode, plus précisément dans le monde de la haute couture. Maxine, une réalisatrice américaine qui s’est forgée un nom dans le cinéma d’horreur indépendant, arrive à Paris pour y diriger le film d’ouverture de la prochaine Fashion week. Mais une terrible nouvelle va bouleverser son présent et son futur. Sur sa trajectoire, elle va croiser Anei, une jeune étudiante en pharmacie repérée par une agence et propulsée sans ménagement égérie star du premier défilé, ou encore une maquilleuse qui cache ses rêves de devenir écrivaine.

À n’en pas douter, Coutures risque d’en déstabiliser plus d’un et ce sera bien compréhensible. Car si le film d’Alice Winocour a un centre -Maxine, la réalisatrice incarnée par Angelina Jolie- il n’hésite pas le lâcher pour s’en aller explorer aussi sa périphérie. Dans celle-ci, on trouve cette très jeune model soudanaise parachutée dans le grand bain du mannequinat ou cette maquilleuse empli de rêves d’écriture et qui aimerait faire un livre sur les histoires des femmes qu’elle croise. Deux autres femmes dont Winocour dresse aussi les portraits. C’est ce qui surprend dans l’écriture fragile de ce nouveau drame de la cinéaste. Coutures a un sujet établi mais s’en écarte régulièrement pour en explorer d’autres, sans pour autant se réclamer du film choral car il y a bien un personnage principal et d’autres secondaires. La construction de tout cela est assez erratique. Winocour papillonne d’un portrait à l’autre, s’attache à sa Maxine puis la quitte pour suivre Adèle, puis saute vers Anei puis revient sur l’une puis l’autre… Et avouons que l’on éprouve parfois quelques difficultés à comprendre la cohérence de ce va-et-vient narratif à la maîtrise incertaine. Néanmoins, il se passe quelque chose d’assez fort devant ce « défilé » de femmes. D’un bout à l’autre, on a le sentiment que les coutures très apparentes du film sont constamment prêtes à craquer et pourtant, on se surprend à se laisser emporter par les trajectoires personnelles de ces personnages touchants. D’autant que, comme souvent (Proxima par exemple), Winocour réussit ses portraits de femmes, de sa Maxine soudainement bouleversée par un drame qui atteint sa chair à cette jeune model dont la délicate innocence doit affronter un univers impitoyable, en passant par cette maquilleuse qui sert en quelque sorte de témoin aux histoires des autres.

Là où le film prend vraiment toute sa cohérence, c’est dans la manière dont Winocour lie tout cela. Coutures est un film tout en symbolisme, trop peut-être tant ses métaphores sont souvent rappelées et parfois sur-appuyées. Quand Maxine apprend qu’elle est atteinte d’un cancer du sein et qu’elle pourrait voir sa chair mutilée, sa tragédie intime fait écho au monde dans lequel elle évolue en ce moment, un univers du mannequinat ou règne obsessionnellement la célébration de la perfection physique. Quand on dessine sur sa poitrine immaculée des lignes chirurgicales, on perçoit instantanément un écho avec ces images de broderies et de coutures sur des robes fastueuses et sublimes. D’un côté on abîme, de l’autre on crée. Quand elle suit les lignes de couleurs traçant au sol son parcours dans l’hôpital, impossible de ne pas voir le pendant avec les lignes tracées par les couturières préparant les pièces à présenter au prochain défilé. Et ainsi de suite, Coutures aligne les images et les scènes métaphoriques jusqu’aux autres personnages, comme cette comparaison entre l’effervescence générale des préparatifs de la fashion week et le drame intime qui frappe une femme isolée dans son malheur au milieu de l’euphorie stressante. Ou comme cette scène où la jeune model soudanaise évoque la guerre dans son pays à une consœur qui avoue avoir fuit… l’Ukraine. Un moyen de rappeler que derrière ces mètres étalons de beauté, se cachent des femmes avec des histoires communes.

La mise en scène d’Alice Winocour -dont on a souvent loué le talent- est vertigineuse, pour le meilleur ou pour le pire. Car si l’on est séduit par ses idées allégoriques, force est d’admettre qu’elles manquent parfois de subtilité voire se perdent dans des envolées délirantes parfois absconses à l’image de ce défilé qui dégénère en tempête (soulignant le tumulte intérieur qui agite les protagonistes). C’est toute la particularité de Coutures, le film est une plongée dans un microcosme et la déambulation dans ses coulisses va être l’occasion pour Winocour d’explorer plein de sujets. Au risque d’en explorer trop et de diluer le force du tout. Autour de ces portraits de femmes et d’un portrait (passionnant aussi) des arcanes du monde de la mode, il est question de choix existentiels, du rapport entre la passion et la réalité de la vie, de ces moments-carrefours où l’on doit choisir dans l’urgence le destin qui sera le nôtre. Il est aussi question des différentes visions de l’art qui s’opposent ou se complètent, de l’exigence du luxe… Beaucoup de thèmes que Winocour essaie tant bien que mal de tenir dans un ensemble fluide et fascinant.

Enfin, impossible de ne pas s’attarder sur l’interprétation d’Angelina Jolie dont le rôle fait évidemment un profond écho à sa vie personnelle, elle qui a dû affronter un cancer du sein, elle dont la plastique voluptueuse a si souvent été utilisée et mise en avant (les Tomb Raider en jouaient allègrement) et qui a été éprouvée dans sa chair par son combat contre le crabe (elle a subi une double mastectomie). Pour l’actrice américaine, Maxine est pas qu’un simple rôle de cinéma de plus dans sa longue filmographie. C’est aussi un témoignage introspectif de son douloureux vécu (et de la tragédie vécue par des millions de femmes) et l’actrice américaine puise sans nul doute dans sa mémoire, les armes nécessaires pour renforcer la puissante véracité de ce qu’elle livre à l’écran.

Par Nicolas Rieux

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