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Nom : The Drama
Pères : Kristoffer Borgli
Date de naissance : 01 avril 2026
Type : sortie en salle
Nationalité : USA
Taille : 1h46 / Poids : NC
Genre : Comédie dramatique, Romance
Livret de Famille : Zendaya, Robert Pattinson, Alana Haim…
Signes particuliers : Une comédie romantique qui vire à la comédie dramatique.
Synopsis : Un couple comblé voit son bonheur mis à l’épreuve lorsqu’un rebondissement inattendu vient tout bouleverser à une semaine de son mariage.
L’AVEU QUI FAIT DÉRAILLER UNE BELLE ROMANCE
NOTRE AVIS SUR THE DRAMA
Il y a peu ou prou trois ans, on découvrait la folie du réalisateur Kristoffer Borgli avec le féroce Sick of Myself puis le dingo Dream Scenario dans lequel Nicolas Cage se mettait à apparaître dans les rêves des gens de manière inexpliquée. Un film au déroulé ambitieux qui s’amusait à sauter de genre en genre. Le talent du cinéaste était évident, sa singularité aussi, et l’on ne demandait qu’à y regoûter au plus vite. Vœu exaucé aujourd’hui avec The Drama, une comédie dramatique produit par le studio A24 et porté par le joli couple Zendaya et Robert Pattinson.
À une semaine de leur mariage, tout roule pour les amoureux que sont Emma et Charlie. Le bonheur est digne d’une comédie romantique et pas un nuage à l’horizon. Alors qu’ils écrivent leurs discours de mariage, ils se remémorent les temps forts de leur histoire d’amour, comme leur rencontre, leur premier baiser… Mais un soir alors qu’il teste le menu du futur mariage avec un couple d’amis qui seront leurs témoins, Emma fait un aveu qui va perturber tout le monde. Est-il bon de tout connaître de l’autre.. au risque de tout remettre en question ?

À l’heure des « c’est un croisement tel film et tel film », des « »ça fait penser à ci ou ça » et des « on sent l’inspiration de machin ou de bidule », The Drama a pour lui une certaine originalité bienvenue. On pourra toujours sortir d’un bagage cinéphile des références plus ou moins pertinentes (comme le Melancholia de Lars von Trier) mais globalement, le film de Kristoffer Borgli ne ressemble à pas grand-chose de connu ou d’évident. Le cinéaste renouvelle les codes de la romcom en les parasitant par le drame malaisant et injecte sa fascinante singularité pour pervertir ce drame par un bien étrange ton comique à moitié fait de rire jaune et d’humour grinçant. A moins que ce ne soit l’inverse. En tout cas, le résultat donne lieu à une indéniable curiosité. The Drama est-il une comédie vraiment drôle ? Un peu. On rit (ou sourit) volontiers de situations cocasses nées dans l’extrapolation d’une anecdote de jeunesse qui devient une montagne psychologique aussi imposante qu’un « éléphant dans la pièce » pour reprendre la célèbre expression américaine. Mais le rire reste toujours un peu figé par l’inconfort d’un sujet balancé entre l’embarrassant et le glauque. The Drama est-il alors plutôt un drame ? En un sens, oui. Mais Borgli assume avec audace son postulat d’en plaisanter en le balançant tantôt vers la tragédie réaliste tantôt vers l’absurde psychologique. Au fond, comme les personnages, on ne sait jamais trop comment se positionner face à cette histoire et c’est justement la force du film, cette versatilité du ressenti qui trouble les émotions.
Porté par un super couple de cinéma qui ne mise pas que sur une association glamoureusement marketing (coucou Hurlevent) mais plutôt sur une véritable alchimie opérante à l’écran, The Drama est plus que séduisant. On pourra toujours opiner du chef sur l’exercice artistique d’une impression de déconstruction en réalité très construite et artificielle mais l’on préférera se focaliser sur la singularité certes du projet, mais aussi de sa mise en scène qui se plait à jouer avec la rupture formelle ou sonore, l’irruption sauvage du fantasme angoissé perturbant la réalité, les allers-retours entre l’émotion du cœur et la distance de la raison. Délicieusement tiraillé entre légèreté amusée et pesanteur tragique, The Drama est à la fois grave et malicieux, savoureux, terrible et amer aussi, et il porte un regard intéressant sur l’Amérique de la violence, des armes, de l’isolement, des jugements hâtifs, des conventions sociales et des secondes chances. Et si une morale se dégage de tout ça, Borgli se garde bien d’être lui-même moralisateur en se refusant de juger ses personnages. Assez épatant.
Par Nicolas Rieux

