Nom : Sorry Baby Mère : Eva Victor Date de naissance : 23 juillet 2025 Type : sortie en salles Nationalité : USA Taille : 1h44 / Poids : NC Genre : Drame
Signes particuliers : Un premier film très maîtrisé.
Synopsis : Quelque chose est arrivé à Agnès. Tandis que le monde avance sans elle, son amitié avec Lydie demeure un refuge précieux. Entre rires et silences, leur lien indéfectible lui permet d’entrevoir ce qui vient après.
AGNES EN CINQ CHAPITRES
NOTRE AVIS SUR SORRY BABY
Comment le festival de Cannes est allé dénicher ce Sorry Baby, premier long métrage d’une Eva Victor quasi inconnue (à part de ceux qui suivaient ses vidéos virales) qui a été présenté dans le cadre de la Quinzaine des Réalisateurs ? La réponse est probablement à aller chercher du côté des producteurs du film, où l’on retrouve un certain Barry Jenkins, l’auteur de l’oscarisé Moonlight ou plus récemment du live action Mufasa. Une touche de notoriété qui avait permis au film de faire sa première mondiale au réputé festival de Sundance.
Eva Victor y raconte le parcours de reconstruction d’une jeune femme, Agnes, après un événement traumatique. Son amitié indéfectible avec Lydie, son ancienne colocataire, est un refuge précieux pour surmonter l’insurmontable.
Rares sont les premiers longs métrages témoignant d’une telle affirmation dans le style, d’une telle maîtrise dans l’écriture, d’un tel courage dans sa confrontation à un sujet difficile. Eva Victor brosse un récit intime conjugué au féminin où une jeune étudiante est victime d’un viol par son directeur de thèse. Le sujet est lourd, plombant, dans l’air du temps où l’on balance son porc. Mais là où la jeune cinéaste impressionne, c’est dans sa manière de nager à contre courant des méthodes narratives habituelles. Sorry Baby est doux-amer, dur dans ce qu il raconte, parfois drôle dans la façon dont il le raconte. Et puis il y a les émotions qu’il dégage. On pourrait s’attendre à un mélange de colère indignée, de compassion attristée, de révolte enragée, d’affliction bouleversante, d’effondrement psychologique. Au lieu de tout de cela, Eva Victor parle… d’amour. L’amour qu’Agnes va trouver auprès de sa meilleure amie Lydie, fraîchement maman. Cet amour sororal qui, sans la brusquer, va lui permettre de se reconstruire.
Sans occulter les événements douloureux, Eva Victor en évacue la violence. La cinéaste fait le choix de ne pas montrer le viol, l’avant, le pendant, l’après. Une ellipse brillamment filmée de l’extérieur de la maison où le temps passe… et où l’on comprend tout. Non pas qu’Eva Victor n’avait pas les mots ou les images pour montrer, juste que le film est la vérité intime d’Agnes, pas besoin de faire effraction dans son intimité, c’est sa sensibilité qui nous intéresse, pas l’autre coupable ou un quelconque voyeurisme tapageur. Subtil, Sorry Baby montre un parcours qui prend du temps et durant ce temps qui sera plus ou moins long selon les femmes, la vie continue avec des hauts et des bas, ses petites avancées et ses moments de repli sur ses blessures. L’important est qu’une femme ne doit pas être résumée à sa position de victime d’un événement traumatique. D’une grande justesse et profondément digne, Sorry Baby est un film qui pourra aider beaucoup de femmes à faire face. Il a déjà aidé sa réalisatrice dont on ne connaît pas exactement l’histoire personnelle (et c’est droit de la taire).