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HURLEVENT d’Emerald Fennell : la critique du film

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Nom : Wuthering Heights
Mère : Emerald Fennell
Date de naissance : 11 février 2026
Type : sortie en salle
Nationalité : USA, Angleterre
Taille : 2h16 / Poids : NC
Genre : Drame, Romance

Livret de Famille : Margot RobbieJacob ElordiHong Chau, Shazad Latif, Alison Oliver, Martin Clunes…

Signes particuliers : Une catastrophe.

Synopsis : Vision moderne de la passion absolue unissant Heathcliff et Catherine, une romance légendaire qui défie le temps et la raison.

FIFTY SHADES OF BRONTË

NOTRE AVIS SUR HURLEVENT

Margot Robbie – Jacob Elordi, ou le couple le plus glamour de l’année. Les deux néo-stars ont été choisis pour être les visages de la nouvelle adaptation cinématographique du célèbre roman Les Hauts du Hurlevent, le chef-d’œuvre d’Emily Brontë publié à l’époque sous le pseudonyme masculin d’Ellis Bell tant l’écrit était trop sulfureux et provoquant, à plus forte raison s’il était signé de la main d’une femme. 180 ans plus tard, les temps ont changé et c’est une femme justement qui signe cette adaptation modernisé, en l’occurrence la talentueuse (et féministe) Emerald Fennell (Promising Young Woman, Saltburn). Margot Robbie et Jacob Elordi reprennent les rôles de Catherine Earnshaw et Heathcliff, passant après Merle Oberon et Lawrence Olivier dans la version édulcorée de William Wyler en 1939 ou Juliette Binoche et Ralph Fiennes chez Peter Kominsky en 1992.

Ce Hurlevent 2026 adapte très librement le premier volume du fastueux roman d’Emily Brontë. Très librement car Emerald Fennell change énormément de choses, supprime des personnages, enlève des sous-intrigues, modifie le déroulé du récit et évacue au passage une bonne partie de la cruauté vengeresse du livre pour en faire une tragédie amoureuse digne du Roméo et Juliette de Shakespeare (d’ailleurs évoqué au détour d’une scène).

Dans la campagne anglaise du XVIIIe siècle, Lord Earnshaw ramène un jour de la ville, un jeune bohémien qu’il a arraché des mains de son violent paternel, avec l’intention de l’élever. Mais le bâtard devient vite plus un domestique qu’autre chose, souvent battu de surcroît. Surnommé Heathcliff, il noue un lien fort avec Catherine, la fille de Lord Earnshaw. Un lien qui va évoluer au fil du temps jusqu’à devenir une passion ardente mais impossible…

En voulant adapter l’un des plus célèbres romans de la littérature anglaise, Emerald Fennell signe l’une des plus grandes catastrophes de l’année. Et si pour l’occasion, on ressortait du tiroir l’expression fatale de « l’accident industriel » ? Elle ne serait pas de trop tant rien ne va dans cette tragédie (au sens propre comme au sens figuré). Précédemment célébrée pour son style incisif, irrévérencieux et ultra-moderne (sur les excellents Promising Young Woman et Saltburn) Emerald Fennell se prend les pieds dans ses caméras et se vautre de tout son long sur le tapis rouge du navet atomique. Son premier tort (peut-être le plus important) est de ne pas avoir su choisir un style défini et une direction claire. À cheval entre la relecture moderne agressive et le sirupeux désespérement tartignole, Hurlevent tombe dans la faille où sombre les œuvres bâtardes qui n’ont pas su choisir leur camp. Du puissant roman d’Emily Brontë chargé en cruauté, ne subsiste qu’une espèce de croisement foireux entre Sexe Intentions et Fifty Shades of Grey, le côté histori-costumés en plus. Le mariage ne fonctionne jamais et le résultat donne envie de se frapper la tête contre les murs pour calmer la douleur torturante. Douleur visuelle devant une œuvre qui s’évertue jusqu’au ridicule à faire dans l’hyper-esthétisme artificiel. Douleur auditive devant une musique si omniprésente qu’elle colle des larsens des heures encore après la séance. C’est simple, Hurlevent est une longue continuité musicale ininterrompue de 2h15 qui a du user les cordes de 375 violons… au bas mot. S’il fallait sortir la BO en CD comme au bon vieux temps, il aurait fallu une anthologie en 8 disques tant ça ne s’arrête jamais. Les rares moments de silence où l’on a envie de s’écrier « enfin » n’excède jamais les deux secondes et demi. Et l’on ne parle même des chansons de Charlie XCX qui viennent sur-appuyer un ton sexy lourdement grotesque.

Des tares qui sont finalement assez symptomatiques d’un projet abruti. Emerald se défend de proposer une simple romance. D’ailleurs, Les Hauts du Hurlevent est-il au fond une histoire d’amour ou une histoire de haine, se questionne t-elle. Pour la cinéaste, son film tente de ne pas se positionner, mélangeant le portrait d’un amour impossible et destructeur et le drame atroce d’un enchevêtrement de relations toxiques sur fond de rancoeur, de vengeance et de méchanceté. Malheureusement, ce n’est pas vraiment ce que l’on voit à l’écran. Ce qu’il en ressort (en bonne partie en raison d’une réécriture ayant considérablement affaibli l’horrible noirceur du livre), c’est une tragédie romantico-romanesque calibrée pour faire chialer dans les chaumières à base de « Oh mais non, mais quelle tristesse les pauvres !!! ». Désolé Emerald, mais ce n’est pas ça le roman. Encore moins du haut de sa focalisation sur l’unique premier volume, évacuant la passionnante suite de l’histoire et les conséquences de la tragédie initiale.  Tout le sel anxiogène de l’ouvrage de Brontë est dilué dans la stupidité d’un film en toc, vendant un regard moderne qu’il est incapable d’embrasser. Et le sulfureux dans tout ça ? Circulez, il n’y a rien à voir. Ressasser 750 scènes de baise dans un long tunnel de sexe « softisé », ce n’est pas sulfureux et Hurlevent est aussi érotique qu’un épisode un peu chaud d’Emily in Paris.

De l’écriture à la mise en scène en passant par la musique, la photo (ratée), les maquillages (ratés) ou les costumes digne d’un défilé de prêt-à-porter, Emerald Fennell remporte l’Oscar de la lourdeur la plus ostentatoire de la décennie. Même un pingouin sous cocaïne serait plus discret que ce machin qui affiche sa symbolique écrasante de long en large et en travers puis rebelotte dans l’autre sens. L’enchaînement plan de bave d’escargot sur une vitre + pâte à pain malaxée par des mains fermes + croupions de viande sur la table, pour symboliser l’éveil au sexe… vraiment ? Les couleurs qui passent du blanc au rouge pour symboliser le passage de la pureté au désir, vraiment ? Et on vous épargne les nombreux plans sur le dos en sueur d’Elordi qui pousse Margot Robbie à s’en mordiller les lèvres, la demi-tonne de doigts dans la bouche car ça fait charnel, les batifolages incessants sous la pluie car c’est plus sexy quand on est mouillés, le point météo permanent car les nuages annoncent la tragédie et les orages symbolisent les tempêtes émotionnelles, ou cet emprunt (volontaire ou involontaire ?) à Autant en Emporte le Vent avec un Elordi à cheval devant un ciel rouge-orangé suivi de Margot Robbie faisant serrer fort son corset comme Scarlett O’Hara jadis… Hurlevent, ce n’est que ça pendant plus de deux très longues heures. Précisément 2h15 selon la police, six selon les manifestants dans la salle. Un long et interminable tunnel de romanesque ridicule aux allures d’insulte au roman. Et dire que tout ça démarrait pourtant si bien durant 4-5 premières minutes introductives étonnantes et racées, où l’on avait la sensation de plonger dans une vertigineuse expérience sensorielle. Mais c’est finalement à l’image de tout un film qui se voudrait racé d’un côté mais qui finit par être plus propre et savonné qu’un épisode de La Chronique des Bridgerton ! C’est quand même un comble quand on connaît le sordide de l’œuvre originelle.

Reste un super couple glamour incandescent à l’écran ? Le marketing fonde tous ses arguments sur cette réunion de beauté, mais si seulement ils jouaient (un peu) bien. Constamment en surjeu, dans l’hystérie pestouille ou le regard ténébreux de lapin mort, le tandem Robbie-Elordi peine à incarner quoi que ce soit de consistant dans une adaptation qui dérive à vau-l’eau et en fait des tonnes mais jamais là où il faut. Quel supplice…

 


Par Nicolas Rieux

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