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ANEMONE de Ronan Day-Lewis : la critique du film

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Nom : Anemone
Père : Ronan Day-Lewis
Date de naissance : 25 mars 2026
Type : sortie en salle
Nationalité : USA, Angleterre
Taille : 2h05 / Poids : NC
Genre : Drame

Livret de Famille : Daniel Day-LewisSean BeanSamantha Morton

Signes particuliers : Daniel Day-Lewis sort de sa retraite.

Synopsis : Voilà 10 ans que Ray Stroker s’est exilé au cœur d’une forêt reculée d’Angleterre, coupé du monde et de sa famille. Mais lorsque celle-ci décide de renouer le contact, les traumatismes de chacun refont surface. Après une décennie de silence, l’heure est venue pour Ray de se confronter à ses secrets.

LE TALENT EST HÉRÉDITAIRE ?

NOTRE AVIS SUR ANEMONE

2017, au lendemain de sa superbe performance dans le Phantom Thread de Paul Thomas Anderson, l’immense Daniel Day-Lewis annonce son intention de se retirer des plateaux de tournage. Si bien des comédiens, comédiennes ou metteurs en scène ont fait la même sans vraiment s’y tenir sur la durée, l’acteur britannico-irlandais tiendra parole. Il faudra des circonstances très exceptionnelles pour le faire sortir de sa retraite. Comme par exemple, huit ans plus tard, le premier long-métrage de son fils Ronan. Pour lui, Daniel Day-Lewis a accepté de reprendre du service et va même jusqu’à l’épauler à l’écriture. Face à l’estimé Sean Bean, il y incarne Ray, un ancien soldat qui a fait le choix d’une vie en ermite dans une bicoque perdue au fin fond des forêts anglaises, après avoir abandonné femme et enfant. Quand son frère débarque après plusieurs années pour une raison manifestement majeure, Ray va devoir affronter son passé et le lourd secret qui le hante depuis.

Le jeu en valait-il la chandelle ? Dit autrement, Daniel Day-Lewis a t-il bien fait de casser sa retraite cinématographique pour apporter son soutien et sa présence précieuse dans la première réalisation de son fiston ? La réponse est oui. En plus d’être toujours aussi brillant et intense à l’écran, Daniel Day-Lewis ajoute un nouveau très beau film à sa longue et riche filmographie. Parce que oui, Anemone est un très beau film ne capitalisant pas juste sur le nom de papa pour masquer une quelconque vacuité. C’est d’ailleurs précisément la première chose qui saute aux yeux, avant même le plaisir des retrouvailles et une nouvelle performance sidérante de sieur Daniel. Ronan Day-Lewis a manifestement beaucoup de cinéma sous le capot. On s’en aperçoit dès un brillant générique introductif parcourant latéralement le déroulé d’une fresque retraçant les étapes clés du confit nord-irlandais (contre l’Angleterre). Mais le meilleur est à venir après ce prologue inspiré. Derrière, le jeune cinéaste impressionne à chaque plan par l’intensité enivrante de sa mise en scène, la minutie de ses compositions de plans, la beauté de ses images magnifiquement photographiées. Formellement, Anemone est du grand art, truffé de partis pris de mise en scène forts et/ou radicaux, donnant lieu à des images semblables à une succession de tableaux de maîtres. Une merveille esthétique certes, mais pas pour autant une coquille vide uniquement autocentrée sur sa plastique.

L’intensité formelle déployée par Ronan Day-Lewis épouse l’intensité dramatique d’un film qui confronte beauté naturelle et violence émotionnelle, et se drape dans le mystère pour aiguiser l’attention de son public. Un jeu à double tranchant, car Anemone est un film qui joue sa narration au long cours. Pourquoi cet homme vit-il reclus en ermite loin de la civilisation, dans des conditions aussi spartiates ? Quel secret semble peser de tout son poids sur sa vie ? Pourquoi son frère a t-il besoin de venir le trouver urgemment après tant d’années de rupture ? Anemone va longtemps garder le secret sur ces questions pourtant centrales, esquivant tout désir de suspense au risque de faire languir ses spectateurs et de les pousser vers l’impatience. En attendant des réponses, Ronan Day-Lewis tourne autour du poids des traumas, capte l’électricité qui flotte dans l’air entre ces deux frères, rend les non-dits assourdissants, flaire des états d’âme mélancoliques… jusqu’à l’explosion. Jusqu’à un final qui s’offre une puissante montée émotionnelle en révélant tout ce qui a gangréné ce microcosme familial, ce qui a été tu, ce qui a causé un tort intergénérationnel. C’est peut-être là où l’édifice tragique qu’est Anemone s’ébranle. Alors que les révélations attendues paraissent un peu déceptives au regard des présuppositions que l’on s’en était faites (on s’attendait à quelque chose de bien plus « grave » compte tenu des douloureuses conséquences ensuivies), Ronan Day-Lewis pousse un peu trop loin le bouchon de la démonstration artistique et vient flirter avec le maniérisme poseur au symbolisme imaginé abscons. Tout ce qu’il avait su éviter jusque-là.

Sublime, contenu, poétique, viscéral, presque mystique, Anemone est un film à la fois hermétique et expressif, qui cherche à tout prix le bouleversement épidermique, le grand frisson tragique. Il nous offert par l’interprétation tout en brutalité d’un grand Daniel Day-Lewis, par l’esthétisme d’une œuvre ténébreuse et envoûtante, mais pas forcément par un scénario aux maladresses évidentes.

 

 

Par Nicolas Rieux

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