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LA CORDE AU COU de Gus van Sant : la critique du film

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Nom : Dead Man’s Wire
Père : Gus van Sant
Date de naissance : 15 avril 2026
Type : sortie en salle
Nationalité : USA
Taille : 1h45 / Poids : NC
Genre : Thriller, Drame

Livret de Famille : Bill SkarsgårdDacre MontgomeryColman Domingo, Al Pacino…

Signes particuliers : Efficace et engagé.

Synopsis : Ceci est l’histoire vraie de Tony Kiritsis, un homme ruiné à cause d’un emprunt. A Indianapolis, le 8 février 1977, il kidnappe le fils du courtier responsable de sa situation. Il réclame 5 millions de dollars et des excuses. La prise d’otage va durer 63 heures, sous les yeux de la télévision locale, puis nationale. L’Amérique se passionne pour cette affaire. Chacun choisit son camp. Tony est-il un criminel, ou simplement une victime qui réclame justice ?

UNE JOURNÉE DE CHIEN

NOTRE AVIS SUR LA CORDE AU COU

Après sept ans d’absence (et son drame biographique Don’t Worry, He Won’t Get Far on Foot passé relativement inaperçu en 2018), Gus van Sant retrouve le grand écran avec La Corde au Cou, un thriller dramatique dans lequel un jeune américain ruiné par un emprunt (Bill Skarsgård) prend en otage le fils du courtier qui a causé son malheur (Dacre « Stranger Things » Montgomery). La police s’en mêle, les médias s’en mêlent, et le pauvre Tony voit la corde qu’il avait autour du cou se serrer de plus en plus fort.

Une prise d’otage par un désespéré, victime révoltée de ce qu’il considère comme une injustice sociale, le sujet appelle à notre bon souvenir l’oublié Mad City avec John Travolta sorti en 1997. À l’époque, le film de Costa-Gavras s’inspirait très indirectement d’une histoire vraie. D’histoire vraie il est en revanche très directement question dans La Corde au Cou puisque le film de Gus Van Sant raconte celle parfaitement authentique de Tony Kiritsis, dont la prise d’otage a défrayé la chronique locale en février 1977.

Costa-Gavras / Gus Van Sant, deux cinéastes engagés, et une même charge contre le capitalisme américain carnassier qui broie les plus faibles servis en repas aux plus puissants, dans une idée de servitude rappelant le moyen-âge féodal avec ses serfs et ses vassaux. Mais il y a 30 ans, le véritable sujet de Costa-Gavras était avant tout l’addiction des médias au sensationnalisme, toujours appâtés par l’odeur du sang. L’appétence des médias pour ce genre de fait divers qu’ils montent en épingle, Gus Van Sant en parle via la sous-intrigue d’une jeune reporter qui va couvrir l’affaire du débat à la fin, mais il n’en fera pas son sujet principal. La Corde au Cou est avant tout un drame social et sociétal, thrillerisé de manière assez ingénieuse par la mise en scène au cordeau du cinéaste qui use d’un ton haletant et d’une réthorique formelle très documento-journalistique. Le vrai sujet du long-métrage est une quête de dignité perdue. Plus que des réparations financières, Tony Kiritsis veut surtout et avant tout des excuses publiques de la part de celui qui a détruit son rêve et sa vie par ses perverses malversations capitalistes : le PDG de la société d’hypothèques Meridian Mortgage incarné par un Al Pacino qui vient cachetonner dans 2-3 scènes confortables (et qui donne au passage envie de revoir Un après-midi de chien). Ces excuses et le respect qu’elle souligneraient, c’est ce que réclame à corps et à cris Tony dans son action criminelle improvisée et désordonnée. Mais dès le départ, et à plus forte raison quand son coup est instrumentalisé par la télévision locale, le spectateur sait pertinament que l’action de Tony est engagée sur un terrain tragique. Et La Corde au Cou de devenir une fable à la fois amère et captivante sur l’éternel échec de la classe prolétaire dominée par le grand capital.

 

 

Par Nicolas Rieux

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