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CE QU’IL RESTE DE NOUS de Cherien Dabis : la critique du film

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Nom : Allly baqi mink
Mère : Cherien Dabis
Date de naissance : 11 mars 2026
Type : sortie en salle
Nationalité : Allemagne, Chypre, Palestine, USA, Jordanie, Emirats Arabes Unis
Taille : 2h25 / Poids : NC
Genre : Drame, Historique

Livret de Famille : Saleh BakriCherien DabisAdam Bakri

Signes particuliers : Ambitieux, captivant, nécessaire.

Synopsis : De 1948 à nos jours, trois générations d’une famille palestinienne portent les espoirs et les blessures d’un peuple. Une fresque où Histoire et intime se rencontrent.

UNE HISTOIRE DE LA PALESTINE

NOTRE AVIS SUR CE QU’IL RESTE DE NOUS

Sundance l’a fait briller en 2025, plusieurs festivals ont prolongé l’écho depuis. À l’heure où le conflit israélo-palestinien n’en finit plus de polariser et de cristalliser les tensions à travers le monde, l’actrice-réalisatrice Cherien Dabis livre un plaidoyer donnant des clés de compréhension sur le blocage terriblement insoluble qui perdure depuis si longtemps dans une région minée par les erreurs du passé et les rancunes ancestrales. Evidemment, son film prend fait et cause pour la Palestine opprimée car l’idée de la cinéaste était de raconter un point de vue de l’histoire longtemps passé sous silence. Mais il n’est pas là pour attiser les tensions ou pour propager une quelconque propagande idéologique haineuse. Ce qu’il reste de nous est une histoire de la Palestine à travers les décennies, profitant du contexte actuel pour raconter ce qu’il aurait été impossible de raconter il y a encore quelques années, quand l’opinion internationale était moins nuancée qu’aujourd’hui.

Ce qu’il reste de nous est une grande fresque historique fleuve racontant le destin d’une famille palestinienne sur trois générations, de 1948 à 2022. Sur près de soixante-dix ans condensés en 2h30, Cherien Dabis évoque le départ des anglais, l’expropriation des familles palestiniennes lors de la création de l’Etat d’Israël en 1948, l’occupation depuis avec son sentiment d’humiliation et les persécutions subies, l’héritage amer des générations d’après hantées par le vécu de leurs pères, les révoltes et les répressions, les victimes aussi (et surtout)… Soixante-dix d’histoire réelle, relatée à travers le prisme d’un regard palestinien. Car il va de soi qu’avant d’être un grand spectacle tragique, le film est avant tout un geste politique.

Dans la lignée de ces grandes fresques ambitieuses où la grande Histoire se mêle avec un intime (ici une simple famille palestienne comme une autre), Cherien Dabis embrasse un souffle épique pour raconter sa saga familiale qui s’ouvre sur une mère bouleversée (Cherien Dabis elle-même) remontant le fil de ses souvenirs pour faire comprendre comment en est-on arrivé là ? Par , on entend ce conflit sanglant entre deux peuples, les juifs d’Israël d’un côté et les arabes de la Palestine de l’autre. La suite, c’est un long récit fait de drames et de tristesse, d’injustices orchestrées ou de traumatismes jamais digérés. On sent une volonté chez Cherien Dabis d’exprimer un ressenti douloureux, de partager le poids d’un héritage lourd que le temps ne semble pas alléger, de raconter l’histoire autrement qu’elle n’a été racontée depuis des décennies. Plus qu’une quelconque volonté de propagande vindicative animée par une haine écrasante. Pour preuve, la cinéaste trouve le moyen d’extirper de la lumière dans les ténèbres, notamment au détour d’une dernière partie chargée en émotions intenses sur fond de conflit moral déchirant. Comme un appel à l’apaisement lancé sans aucune naïveté, car Cherien Dabis a bien conscience que le chemin est encore trop pavé de ressentiments.

Bien sûr, certains argueront que c’est une vision partisane de l’histoire. Et ils n’auront pas tort. Mais cela ne signifie pas qu’elle n’est pas authentique pour ceux qui l’ont vécue et la vivent encore. Néanmoins, et malgré une forme de classicisme dans l’utilisation de tous les codes de la fresque émotionnelle, Ce qu’il reste de nous est un film puissant, important, nécessaire.

Cherien Dabis bouleverse avec son récit bien construit et maîtrisant parfaitement ses sauts temporels pour s’attarder sur les instants fondateurs d’une évolution allant de chaos en plus de chaos. Cet ambitieux « Il était une fois la Palestine » (qui pourrait être vu en double-programme avec le récent Palestine 36) brille aussi dans l’habileté avec laquelle il conjugue les codes de la superproduction épique avec sa chronique familiale historique. Cherien Dabis mélange didactisme historique, récit de transmission presque pagnolesque par moments, torrent d’émotions, poésie crépusculaire et même pointe d’humour quand le récit le lui permet quelques échappées dans l’enfer. Mais la véritable force de l’entreprise, c’est de réussir à replacer l’humain au centre des choses, devant la politique ou la géopolitique. Certains parleront probablement d’instrumentalisation, d’autres de vision trop incomplète, mais c’est surtout car le fil rouge du film de Cherien Dabis est l’histoire d’un poignant attachement à la terre d’un famille jadis paysanne à qui l’on a enlevé ce qu’elle avait de plus précieux, ses magnifiques orangeraies du paradis perdu qu’était Jaffa. Et qui durant des décennies ruminera cette injustice, symbole d’un conflit.

 

Par Nicolas Rieux

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