
Nom : A pied d’oeuvre
Mère : Valérie Donzelli
Date de naissance : 04 février 2026
Type : sortie en salle
Nationalité : France
Taille : 1h32 / Poids : NC
Genre : Drame, Comédie dramatique
Livret de Famille : Bastien Bouillon, André Marcon, Virginie Ledoyen…
Signes particuliers : L’un des meilleurs Donzelli.
Synopsis : Achever un texte ne veut pas dire être publié, être publié ne veut pas dire être lu, être lu ne veut pas dire être aimé, être aimé ne veut pas dire avoir du succès, avoir du succès n’augure aucune fortune. À Pied d’œuvre raconte l’histoire vraie d’un photographe à succès qui abandonne tout pour se consacrer à l’écriture, et découvre la pauvreté.

LA RÉSILIENCE DE L’ECRIVAIN
NOTRE AVIS SUR A PIED D’OEUVRE
Avec À pied d’œuvre sélectionné en compétition officielle à la dernière Mostra de Venise, Valérie Donzelli adapte le roman autobiographique de Franck Courtès dans lequel l’écrivain racontait l’abandon du confort de son ancien métier de photographe reconnu, pour se consacrer pleinement à l’écriture. Ses économies s’épuisant, il avait découvert le monde de la précarité et des petits boulots, notamment homme à tout faire inscrit sur une plateforme de jobs ponctuels et acceptant des petites missions mal payées allant du bricolage au jardinage en passant par le déménagement d’encombrants ou le nettoyage. Pour incarner son personnage en pleine introspection existentielle, Donzelli a fait appel à l’acteur le plus présent sur les écrans ces derniers temps : l’excellent Bastien Bouillon. Depuis La Nuit du 12, le comédien est tout simplement partout. C’est simple, 4 films l’an passé et déjà deux en 2026 avec L’Affaire Bojarski et celui-ci.

Avec À pied d’œuvre, Valérie Donzelli signe un film dont la modestie quasi ascète n’a d’égale que la profondeur du regard proposé sur plusieurs sujets qui s’entremêlent intelligemment. La cinéaste parle de la vocation de l’artiste, des difficultés de l’écrivain à vivre de son art, et surtout de l’extrême précarité qui se banalise dans nos sociétés égoïstes. L’un des enjeux principaux du film est cette spirale dans laquelle s’enferme le héros après s’être inscrit sur une plateforme de petits jobs proposés de particuliers à particuliers. Pour décrocher des missions, il faut être plus compétitif que les autres postulants, descendre ses tarifs jusqu’à ce que les autres lâchent, s’abaisser jusqu’à l’humiliation à accepter des tâches pour seulement quelques euros. Pertinent dans son observation sociale, À pied d’œuvre présente un nouveau monde avilissant qui se dédouane de ses pratiques en donnant l’illusion d’une pseudo liberté de l’ouvrier, en réalité pris entre les mailles d’un système indignant et cynique qui broie la valeur du travail, sacrifiée pour créer des gagnes-petits sans choix. Et ainsi va la paupérisation.
Mais À pied d’œuvre ne se résume pas à une énième fable sociale à la française comme on en voit tant. Valérie Donzelli fond ce propos dans un portrait d’écrivain symbole des affres de l’artiste en général et des galères encaissées pour s’offrir le droit de rêver de réussir un jour à embrasser une vocation. La voix off du héros-narrateur (formidable Bastien Bouillon) donne un ton chaleureusement introspectif à cette trajectoire tout à tour amère, douloureuse, parfois émouvante, parfois très drôle aussi.

Formellement Donzelli opte pour une mise en scène minimaliste, presque austère, reflet du dénuement dans lequel bascule lentement son personnage. Gros grain de l’image, cadre resserré, lumière pâle, mise en scène épurée, À pied d’œuvre est d’une virtuosité discrète et Donzelli en fait moins que d’habitude dans les grigris stylistiques. Appréciable. Cette épure est au service du cœur du film : un combat contre la vie. Ou plutôt pour la vie. Un combat sans souffle épique, juste un combat du quotidien pour survivre, avec l’idée de tenir jusqu’au renouveau ou le « sur » sera en trop et qu’il sera enfin question de vivre. Très beau film sur une remise en question existentielle et une quête de bonheur passant par le courage d’un renoncement et d’une transition difficile, À pied d’œuvree est peut-être l’un des meilleurs films de Valérie Donzelli à ce jour, intelligent, cohérent, pertinent, et même poétique à sa manière.
Par Nicolas Rieux
