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LE MAGE DU KREMLIN d’Olivier Assayas : la critique du film

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Nom : Le Mage du Kremlin
Père : Olivier Assayas
Date de naissance : 21 janvier 2026
Type : sortie en salles
Nationalité : France
Taille : 2h25 / Poids : NC
Genre : Thriller politique, Drame

Livret de Famille : Paul DanoJude LawAlicia Vikander

Signes particuliers : Passionnant.

Synopsis : Russie, dans les années 1990. L’URSS s’effondre. Dans le tumulte d’un pays en reconstruction, un jeune homme à l’intelligence redoutable, Vadim Baranov, trace sa voie. D’abord artiste puis producteur de télé-réalité, il devient le conseiller officieux d’un ancien agent du KGB promis à un pouvoir absolu, le futur « Tsar » Vladimir Poutine. Plongé au cœur du système, Baranov devient un rouage central de la nouvelle Russie, façonnant les discours, les images, les perceptions. Mais une présence échappe à son contrôle : Ksenia, femme libre et insaisissable, incarne une échappée possible, loin des logiques d’influence et de domination. Quinze ans plus tard, après s’être retiré dans le silence, Baranov accepte de parler. Ce qu’il révèle alors brouille les frontières entre réalité et fiction, conviction et stratégie. Le Mage du Kremlin est une plongée dans les arcanes du pouvoir, un récit où chaque mot dissimule une faille.

L’HOMME QUI MURMURAIT À L’OREILLE DE POUTINE

NOTRE AVIS SUR LE MAGE DU KREMLIN

Olivier Assayas s’offre un prestigieux casting international pour adapter à l’écran le roman Le Mage du Kremlin de Giuliano da Empoli, succès littéraire couronné du Grand Prix de l’Académie Française. Emmené par Paul Dano, Jude Law, Jeffrey Wright et Alicia Vikander, le film nous entraîne dans les arcanes de la politique russe, au carrefour du déclin de l’alcoolique Boris Eltsine dans les années 90 et l’avènement du glacial Vladimir Poutine au début des années 2000. Cette tentative de portrait du fonctionnement politique et idéologique de l’état Russe est scruté à travers la trajectoire de Vadim Baronov, ancien artiste et producteur de télé qui deviendra l’éminence grise murmurant à l’oreille du « Tsar Poutine » comme on le surnommait. Précision importante, ce fascinant personnage incarné par un talentueux Paul Dano mi-angélique mi-inquiétant est un personnage fictif, toutefois  inspiré du plus véritable Vladislav Sourkov, ancien très proche conseiller de Poutine. Ce qui en fait un film très différent du The Apprentice d’Ali Abbasi sur Donald Trump.

C’est un film assez étonnant que signe là Olivier Assayas. Le cinéaste réunit deux personnages dans une pièce (Paul Dano et Jeffrey Wright) et le premier raconte son histoire au second. Ainsi, il faut admettre que Le Mage du Kremlin est un film verbeux. Très verbeux. Néanmoins, il est parallèlement d’une impressionnante intensité. L’explication tient dans un fait simple, Le Mage du Kremlin est une plongée passionnante dans les coulisses d’un régime autocratique dont on tente de cerner les mécanismes. Olivier Assayas montre surtout comment l’Etat russe selon Poutine n’a cessé de chercher à asseoir une autorité glorificatrice. Au fond, Poutine et Trump, on n’est pas loin du pareil au même. Deux dirigeants obnubilés par l’envie de rendre à leur pays, une certaine idée de puissance perdue. Quitte à frayer avec d’effrayantes déviances et étouffer un idéal de démocratie. Et dans cette analyse, Assayas détaille un système poreux et vertical où les oligarques servent le pouvoir et inversement, où la manipulation est reine, où les voix opposantes sont écrasées au nom du besoin d’unité de la Nation.

D’un bout à l’autre d’une fresque quasi fleuve (2h30), Olivier Assayas affiche une grande maîtrise tant dans l’écriture que dans la construction narrative, dans la pertinence, la gestion de la tension galopante ou celle de ses allers-retours entre le présent où le narrateur raconte et les flashbacks illustrant sa vie. Très vite, on oublie ce dispositif un peu simpliste pour se plonger dans l’intelligence documentée de ce portrait d’une politique anxiogène. Aussi passionnant que captivant, Le Mage du Kremlin cristallise sa réussite non pas dans une quelconque spectacularisation des faits (le film est d’une grande sobriété) mais dans le portrait glaçant qu’il dresse d’une réalité qui angoisse aux portes de l’Europe. Car au fond, ce Poutine de cinéma (impressionnant Jude Law) dont on ne doute pas une seconde de l’authenticité, est un vecteur pour montrer comment un système politique crée et diffuse son mythe idéologique. En cela Le Mage du Kremlin est plus un film sur la construction d’un pouvoir autoritaire qu’un pur (faux) « biopic » sur l’ascension du leader russe.

 

Par Nicolas Rieux

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