
Nom : Eojjeolsuga eobsda
Père : Park Chan-wook
Date de naissance : 11 février 2026
Type : sortie en salle
Nationalité : Corée du Sud
Taille : 2h19 / Poids : NC
Genre : Thriller, Comédie dramatique
Livret de Famille : Lee Byung-Hun, Ye-jin Son, Park Hee-Soon…
Signes particuliers : Park Chan-wook adapte le roman Le Couperet, 20 ans après Costa-Gavras.
Synopsis : Cadre dans une usine de papier You Man-su est un homme heureux, il aime sa femme, ses enfants, ses chiens, sa maison. Lorsqu’il est licencié, sa vie bascule, il ne supporte pas l’idée de perdre son statut social et la vie qui va avec. Pour retrouver son bonheur perdu, il n’a aucun autre choix que d’éliminer tous ses concurrents…

POU BOSSER, IL SUFFIT PAS DE TRAVERSER LA RUE
NOTRE AVIS SUR AUCUN AUTRE CHOIX
Voilà plus de quinze ans que Park Chan-wook se traîne l’envie d’adapter le roman Le Couperet de Donald Westlake paru en 1997. Le projet a mainte et mainte fois été reporté jusqu’à aujourd’hui, 21 ans après la version de Costa-Gavras avec José Garcia. Porté par l’excellent Lee Byung-hun avec qui le cinéaste avait travaillé sur Join Security Area à ses débuts, Aucun autre choix transpose l’histoire du roman dans la société coréenne réputée pour son harassante ultra-compétitivité.
Employé depuis 25 ans dans une fabrique de papier et passionné par son métier, Yoo Man-soo est viré du jour au lendemain par les actionnaires étrangers cherchant à faire des économies et n’ayant « pas d’autre choix » que de licencier en masse. Commence alors l’angoissante recherche d’un nouveau travail pour protéger le train de vie de sa famille et garder leur maison si difficilement acquise. Mais les semaines passent et la recherche se transforme en guerre contre ses concurrents. Yoo Man-soo en vient alors à se dire que lui-aussi n’a « pas d’autre choix » que d’éliminer ses adversaires pouvant réduire ses chances de rebond.

Si son engagement est reconnu en Corée, jamais Park Chan-wook n’avait autant traduit son militantisme politique en film. En adaptant le roman de Donald Westlake et en transposant son histoire de folle course à l’emploi à la société coréenne, le père de Old Boy signe son film le plus engagé à ce jour. Park Chan-wook dresse un portrait terrible de la Corée moderne dont les maux actuels ne datent pas d’hier et sont souvent au cœur de longs-métrages dénonçant ses travers. En l’occurrence, son ultra-compétitivité carnassière où règne une culture terrible de la performance et de l’image sociale. Trouver un logement est difficile, acheter un logement l’est encore plus, les études sont une course à la réussite poussant de nombreux élèves au bord de la dépression et le monde du travail est une arène où les profils se disputent les emplois dans une cavale effrénée à la supériorité. La société sud-coréenne est réputée pour sa dureté masquée et forcément, elle était un terreau parfait pour illustrer le roman acide de Westlake. Park Chan-wook l’avait vite saisi.

Profitant sans doute du succès du récent Parasite de son confrère Bong Joon-ho qui mêlait thriller, satire sociale et humour noir, Park Chan-wook signe un film dans la même veine. Là où Costa-Gavras en avait tiré un drame anxiogène poignant, le coréen en tire une sorte de délire corrosif balancé entre l’effrayant et le déjanté, captant le désespoir d’un homme paniqué et acculé qui vrille vers une folie raisonnée dont l’idée est de retourner l’idéologie du système contre lui. Soutenu par un humour grinçant et le suspense haletant d’un sentiment d’urgence qui se fait de plus en plus oppressant au fur et à mesure que le confort idyllique de cette petite famille est rogné par la peur de perspectives assombries, Aucun autre choix est une fable cruelle sur la précarité qui broie les victimes de la société coréenne moderne et les pousse au bout de leur retranchements. Park Chan-wook orchestre un film réjouissant, savoureusement cynique et mordant, parfois à la lisière du cinéma de genre avec son postulat de slasher social amusément jusqu’au-boutiste. Une sorte de cocktail un peu fou, sublimé par la créativité visuelle assez épatante du metteur en scène. Le coup aurait été presque parfait si le résultat n’était pas beaucoup trop long et sujet à une construction narrative très déséquilibrée. Aucun autre choix souffre d’un profond manque de rythme égratignant sur la forme, toute l’intelligence de son fond.
Par Nicolas Rieux
