Nom : Arva
Père : László Nemes
Date de naissance : 11 mars 2026
Type : sortie en salle
Nationalité : Hongrie
Taille : 2h13 / Poids : NC
Genre : Drame
Livret de Famille : Bojtorján Barabas, Andrea Waskovics, Grégory Gadebois…
Signes particuliers : Exigeant au départ, fascinant ensuite.
Synopsis : Budapest 1957, après l’échec de l’insurrection contre le régime communiste. Andor, un jeune garçon juif, vit seul avec sa mère Klara qui l’élève dans le souvenir de son mari disparu dans les camps. Mais quand un homme rustre tout juste arrivé de la campagne prétend être son vrai père, le monde d’Andor vole soudain en éclats…
L’ODYSSÉE D’UNE QUÊTE IDENTITAIRE
NOTRE AVIS SUR ORPHELIN
László Nemes tourne peu mais bien. Depuis le choc de son Fils de Saul il y a dix ans, le cinéaste hongrois n’a sorti qu’un seul long-métrage, le formidable Sunset en 2018. 2026 sera son année la plus productive puisqu’il proposera deux nouveaux films, l’attendu biopic sur Jean Moulin avec Gilles Lellouche à l’automne, et en attendant cet Orphelin, une fresque dramatique présentée à la dernière Mostra de Venise.
Dans le Budapest de 1957, peu après la tentative d’insurrection de la ville contre la domination soviétique, un jeune adolescent juif découvre qu’il n’est pas le fils d’un disparu des camps de concentration dont il attend et espère le retour depuis toutes ces années. Son véritable géniteur serait ce goy rustre qui déboule un jour avec son side-car. Boucher de métier, il aurait caché sa mère pendant la guerre. Le monde d’Andor vole alors en éclats à mesure que l’intrus tente de s’imposer dans sa vie…

László Nemes est un cinéaste talentueux au style aussi rude et singulier que ses films. Avec Orphelin, le metteur en scène confirme ce que l’on savait déjà de lui et de son travail. Il signe surtout un film moins intense et plus inégal que ses précédentes réalisations, mais qui a au moins le mérite d’évoluer dans le bon sens, de manière crescendo.
La première moitié du film est probablement la moins maîtrisée. Une fois lancé dan son histoire, Orphelin donne l’impression de tâtonner, de tourner un peu en rond, peinant à faire avancer sa narration un peu cacophonique et bloquée sur elle-même. Un léger sentiment d’ennui poli borde ce drame qui semble faire du surplace, tournant autour de ses personnages en ressassant poussivement les mêmes idées, scènes ou motifs. Et puis le récit finit par se débloquer, et avec lui tout le film. Quand les premiers éléments de réponses éclairant ses zones d’ombres interviennent enfin pour faire progresser l’histoire, László Nemes lance alors une fable bouleversante sur la quête identitaire d’un adolescent déstabilisé. Le film tisse enfin des enjeux avec l’instauration d’un face à face douloureux et poignant entre un jeune homme qui voit son monde s’effondrer et un paternel troublant et détesté (incarné par un formidable Gregory Gadebois). Comme si une clé venait d’ouvrir une écluse, Orphelin déverse alors un torrent remuant des émotions fortes, des personnages qui prennent en consistance et une mise en scène qui s’élève soudainement au rang du sublime. Orphelin se met surtout à vraiment raconter quelque chose, associant les traumatismes d’un gamin en pleine quête identitaire et ceux d’un pays aux maux semblables. Artistiquement, le film de László Nemes mélange épure austère et séquences minutieusement travaillées, comme il mélange des scènes dures ou bouleversantes et des personnages tantôt fascinants ou détestables.

A l’issue de ses longues 2h13, Orphelin donne l’impression d’avoir été balloté par des vents contraires. D’abord en souffrance avec un rythme empesé et un scénario qui a bien du mal à intéresser puis ensuite bien plus fascinant et viscéral. Imparfait, parfois trop didactique, redondant ou au contraire dans le survol, Orphelin finit par nous laisser avec la sensation d’un grand film légèrement abîmé par un arrière goût amer. Comme si Nemes n’avait pas su bien conjuguer l’équilibre de ses portraits intimes et général. Mais dans le souvenir qui perdure, il en reste quand même une oeuvre forte.
Par Nicolas Rieux
