Nom : The Testament Of Ann Lee
Mère : Mona Fastvold
Date de naissance : 11 mars 2026
Type : sortie en salle
Nationalité : Angleterre, USA
Taille : 2h10 / Poids : NC
Genre : Drame, Biopic, Historique, Musical
Livret de Famille : Amanda Seyfried, Lewis Pullman, Tim Blake Nelson, Christopher Abbott, Thomasin MacKenzie, Stacy Martin…
Signes particuliers : Fascinant et sublime.
Synopsis : La fascinante et incroyable histoire vraie d’Ann Lee, fondatrice du culte religieux connu sous le nom de Shakers. Cette prophétesse passionnée, qui prêchait l’égalité entre les genres et la justice sociale et était adorée par ses fidèles.
TOUCHÉ PAR LA GRÂCE
NOTRE AVIS SUR LE TESTAMENT D’ANN LEE
Collaborateurs de longue date (et couple à la ville), le cinéaste Brady Corbet et la réalisatrice Mona Fastvold forment un duo productif aux rôles interchangeables. L’an passé, ils avaient une nouvelle fois associé leurs talents pour imaginer l’incroyable The Brutalist, véritable choc cinématographique qui avait terminé sa course sous une pluie de nominations et de récompenses aux Oscars. Produit à deux, le film était réalisé par Corbet et coécrit à quatre mains par le metteur en scène et Mona Fastvold. Un an plus tard, on prend les mêmes et on recommence… mais dans l’autre sens. Le tandem a produit et écrit ensemble Le Testament d’Ann Lee, mais cette fois c’est Mona Fastvold qui passe derrière la caméra.
De l’aveu de Mona Fastvold, Le Testament d’Ann Lee est un projet qui revient de loin tant il a été difficile de convaincre des partenaires de produire un film sur un sujet pas franchement très… « sexy ». Pas étonnant. Porté par Amanda Seyfried (dans son plus grand rôle), Le Testament d’Ann Lee est un drame biographique sur la vie d’Ann Lee, surnommée Mother Ann, une jeune anglaise du XVIIIe siècle qui deviendra la fondatrice de la secte religieuse des Shakers. Ce mouvement né à Manchester avant d’émigrer aux États-Unis pour fuir les persécutions subies prônait une dévotion totale à Dieu, adoré dans des transes incantatoires (d’où le nom de Shakers aka Tremblements en français) mais aussi une abstinence absolue et une quête de perfection en tout point. Une quête que la cinéaste semble appliquer à son propre long-métrage, tournant autour de l’essence du chef-d’oeuvre.

Si certains ont déjà pu trouver The Brutalist artistiquement singulier, dites-vous bien que ce n’est rien en comparaison du Testament d’Ann Lee, long-métrage assez radical et désarçonnant où drame, pan d’histoire, théologisme, aventure et musical (oui, vous avez bien lu) gravitent autour du biopic sur une figure fascinante que Mona Fastvold essaie de cerner dans un mélange d’empathie tragique et de douce fascination. Comme bien des films à proposition radicale, Le Testament d’Ann Lee requiert un temps pour en appréhender l’univers et le style, très particuliers l’un comme l’autre. Ainsi, la première demi-heure (voire un peu plus) pourra paraître rude, limite profondément ennuyeuse. Le registre « musical » du film surprend, le (sur)poids du regard religieux pèse, l’austérité et le côté très bavard assomment… Mais c’est à cet instant que le film de Mona Fastvold demande un peu de courage cinéphilique pour tenir bon, s’accrocher et aller plus loin.
Car derrière, l’œuvre déploie progressivement toute sa majestueuse grandeur. Au fur et à mesure que l’on pénètre en profondeur dans son récit évolutif, Le Testament d’Ann Lee devient une merveille d’une intensité sidérante, d’une beauté formelle rare, sublimée par un pouvoir hypnotique étrange qui semble épouser la quête d’extase de ses prêcheurs religieux. S’il y a une chose qui en revanche ne changera jamais d’un iota du début à la fin, c’est que Le Testament d’Ann Lee est un film difficile, exigeant, épuisant, harassant même. Le genre d’œuvre qui met le spectateur à genoux, fasciné par le tumulte d’une fresque intimement épique mais aussi accablé par une puissance poussée au maximum du recevable. Entre les passages de transes extatiques magnifiés par ces danses subjuguantes chorégraphiées par Celia Rowlson-Hall sur une musique envoûtante de Daniel Blumberg ou les péripéties tragiques filmées avec un effroi quasi viscéral, Le Testament d’Ann Lee est un film chargé, bruyant, écrasé par une puissance presque trop intense. Mais de sa fureur fracassante jaillit une histoire aux allures de conte spirituel légendaire, de ceux où le vrai et la légende se confondent après les siècles.

D’un bout à l’autre, les coups d’éclats se superposent. Il y a d’un côté la performance habitée d’une immense Amanda Seyfried (son oubli aux Oscars est une honte) qui incarne avec chaque recoin de ses tripes son personnage charismatique de guide spirituel humaniste et féministe, quasi sanctifié par ses disciples qui voyaient en elle une sorte de réincarnation du Christ. De l’autre, il y a la mise en scène de Mona Fastvold, divinement virtuose, immersive, audacieuse, presque transcendantale. Et au centre, un récit porté par une fièvre mystique brûlante, qui réussit l’exploit de transmettre sa véritable fascination pour son héroïne sans pour autant basculer dans l’œuvre lourdement prosaïque. D’abord perturbant, flirtant avec les limites du rejet, Le Testament d’Ann Lee finit par s’imposer comme une sacrée claque touchée par la grâce des génies. On en ressort à la fois exténué et envoûté.
Par Nicolas Rieux
