YOUNG ADULT (critique)

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Mondo-mètre :

Carte d’identité :
Nom : Young Adult
Parents : Jason Reitman
Livret de famille : Charlize Theron, Patton Oswalt, Patrick Wilson, Collette Wolfe, Elizabeth Reaser, Richard Benkis, Jill Eikenberry…
Date de naissance : 2012
Nationalité : États-Unis
Taille/Poids : 1h33 – 12 millions $

Signes particuliers (+) : Drôle, émouvant, sensible, à la fois tendre et doucement mélancolique voire pathétique. Une belle réflexion coulée dans une comédie douce-amère. Exceptionnelle Charlize Theron.

Signes particuliers (-) : x

 

(FOLLE-MENT) AMOUREUSE

Résumé : Mavis Gary, auteure de romans pour ado, est en panne d’inspiration, en panne dans sa vie tout court. 37 ans, toujours célibataire, elle reçoit une carte postale électronique de son ancien grand amour de Lycée annonçant la naissance de son premier enfant. Ni une ni deux, Mavis décide de réagir et de retourner dans son bled natal avec la ferme intention de tout faire pour reconquérir le nouveau papa, en dépit de sa famille fondée…

Auteur jusque-là d’un sans faute professionnel, le fils Reitman, j’ai nommé Jason, marche sur les légendaires traces de son père en devenant au fil des films, un cinéaste à succès, peut-être même déjà culte ou à défaut, comptant énormément dans le paysage de la comédie dramatique indépendante américaine. Après un premier et remarqué Thank You For Smoking, Reitman donnera une nouvelle impulsion au genre avec le triomphe public et critique de Juno avant de briller par In the Air et sa romance sur fond de tragédie moderne et phénomène de société. Quatrième long-métrage, son nouveau Young Adult, est l’occasion pour lui de poursuivre dans sa veine, avec un style toujours propre à son cinéma oscillant quelque part dans un entredeux, mi-comédie sans vraiment l’être, mi-drame sans vraiment l’être non plus. On penserait facilement au croisement dogmatiquement classificateur avec la « comédie dramatique » mais son cinéma est pourtant encore plus subtil que cela, la tragédie faisant plus que côtoyer l’amusement, s’entremêlant en profondeur au rire doux et attendri mais souvent grimaçant. En fait, c’est sur un ton légèrement amusé, donnant une impression illusoire de frivolité, que le cinéaste traite de sujets souvent pas vraiment drôles, tragique et désespéré, l’humour intervenant du coup pour faire glisser avec légèreté, le drame souvent lourd de sens et reflet de son temps et de ses démons. C’est ça le cinéma de Jason Reitman.

En s’appuyant sur la toujours superbe et douée Charlize Theron qui va porter ce Young Adult sur ses épaules au détour d’un sacré numéro d’actrice bluffant, Jason Reitman va une nouvelle fois se pencher sur un phénomène de société, plus personnel cette fois, que les licenciements à tour de bras des grandes entreprises de In the Air. Par le personnage de Mavis Gary, femme magnifique et successfull et pourtant déprimée alors qu’elle approche la quarantaine à grands pas, c’est du sentiment de solitude profond et désespéré dans la grandeur morne et isolante des métropoles que traite Jason Reitman, en plus du drame de l’échec social et de la façon dont il rejaillit dans certaine période de doute. Mavis Gary a été mariée, a divorcé aussi. Aujourd’hui, Mavis écrit, boit, beaucoup, se prend des cuites à répétitions histoire d’oublier sa piètre vie sociale. Elle couche avec le premier trouvé à peu près potable et déprime le reste du temps. La réception de la carte postale électronique de son amour de jeunesse (Patrick Wilson) va faire l’effet d’un électrochoc chez cette femme qui s’était un peu perdue ces derniers temps dans une non-vie. Mavis prend conscience qu’il n’est plus temps de subir mais de réagir. La réception informatisée de cette bonne nouvelle lui renvoie quelque part une image bien triste d’elle-même, l’image d’une femme seule, perdue dans l’infinité tourbillonnante des grandes villes américaines mais surtout l’image de quelqu’un ayant raté un coche. Dans un monde où le bonheur se mesure en enfants, en pavillon, en chien et en break familial à partir d’un certain âge, Mavis prend conscience soudainement de son besoin de se faire souffrance et de redonner une seconde impulsion à sa vie. Le bonheur des autres lui renvoie en fait son malheur à elle et surtout son échec de vie et sa terrible solitude dont elle faisait fi pour mieux donner le change mais qui, au fond, la rongeait de plus en plus de l’intérieur. Sauf que Mavis se trompe de combat… Tellement désespérée et troublée, la jeune femme se met en tête de reconquérir son ancien amour, sans se préoccuper des facteurs environnants. Il est désormais marié, récent père d’un bébé, il mène une vie heureuse. Tout ce que Mavis n’a pas. Bercée d’illusions, de fantasmes, de rêves et probablement perturbée mentalement car sous le choc d’une nouvelle qui a fait remonter et exploser soudainement une dépression jusque-là latente, Mavis se lance dans une croisade de séduction, décidée coût que coût à récupérer l’homme de sa vie ou du moins, celui de sa jeunesse. Cet amour comblerait à la fois son vide émotionnel et son manque affectif mais au passage, la renverrait à une jeunesse qui lui semble bien lointaine aujourd’hui.

Cette croisade fermement décidée par Mavis qui s’y entête obstinément malgré les mises en garde lucides sur sa dangerosité par un vieux camarade de classe (excellent Patton Oswalt), looser patenté, qu’elle retrouve par hasard en atterrissant dans son bled natal, trou paumé provincial aux antipodes de sa vie de citadine, la presque quadra qui redevient pour le coup une jeune midinette inconsciente et légère va s’enfoncer dans un rôle d’anti-héroïne à la fois détestable et pathétique. Car c’est ce qu’est Mavis et c’est surtout comme cela qu’elle se perçoit sauf que Reitman, comme à son habitude, déploie tout son talent pour multiplier les facettes d’appréhension de ses personnages. Au fond, Mavis est une ordure, une garce ignoble prête à tout y compris détruire une famille, pour satisfaire ses envies de bonheur personnels. Mais ces efforts effrénés finissent rapidement par le rendre plus pathétique que cruelle et méchante. Mavis n’est pas une mauvaise personne au fond, elle est juste quelqu’un que la solitude fait dérailler, fait dévisser. Sa volonté d’être aimée, d’aimer, désemparée de devoir supporter le poids de cette vie morne et sans saveur alors que d’autres rayonnent de bonheur, la pousse au pire, non par ignominie et vilénie, mais plus par tragique désespoir lui faisant perdre ses repères, sa lucidité, sa logique mentale. Mavis est confuse, abasourdie par une nouvelle pourtant anodine (une naissance) et c’est sur un nouveau père/un homme qu’elle n’a pas depuis des années que se focalise toute son attention. Autant dire que si Mavis décide à tout prix de récupérer Buddy Slade (P. Wilson), ce n’est pas tant car elle ne l’a jamais oublié mais plus car il a été le déclencheur de son vacillement psychologique et que dès lors, toute l’attention de Mavis se concentre sur lui. Ca aurait pu en être un autre mais ce sera lui et rien que lui. Reitman cerne et approfondit à merveille son fort et puissant personnage féminin central. Si l’on a envie de détester Mavis pour les horribles choses qu’elle est en train de faire, si l’on aurait envie de la haïr pour son irrespect et son égoïsme, pourtant, le cinéaste sait avec brio, la rendre attachante. D’une grande méchante que l’on veut voir échouer et se planter avec perte et fracas, Mavis devient à nos yeux plus une femme fragile, perturbée, pathétique en un sens et pourtant tellement adorable de l’autre. Son besoin d’être aimée si sincère, résonne comme un mal de société où l’individualisme est devenu si fort, que parfois cette béquille émotionnelle nécessaire manque cruellement quand elle n’est pas là pour soutenir. Finalement, on aime Mavis, on aurait envie de traverser l’écran pour la rendre heureuse à l’image de la sublime phrase de son ami improvisé, Matt Freehauf : « les hommes comme nous naissent pour aimer des femmes comme toi ». Par cette subtile et délicate confidence, Reitman en dit long sur ces femmes si belles, qui font rêver toute la gente masculine et qui pourtant, parfois, sont terriblement seules, doutent, n’ont plus confiance en la possibilité d’être aimées.

Jason Reitman poursuit donc, son sans faute professionnel. Young Adult, avec son sujet en apparence léger et futile, est au fond un drame légèrement amusé (mais pas tant que ça) où l’humour sert surtout à faire passer l’amertume d’une histoire au fond dramatique et mélancolique. En prenant le contrepied total des comédies romantiques actuelles, Jason Reitman signe un film original, comédie parfois déprimante, drame pourtant saupoudré d’optimisme. Dans tous les cas, Young Adult est peut-être l’un de ses films les plus aboutis, marchant avec grâce sur un filin bien mince duquel il est très facile de se casser la gueule tant l’équilibre y est précaire. Mais son association avec Diablo Cody (co-auteure de Juno avec lui) retrouve l’alchimie de leur précédente collaboration pour à nouveau un summum de génie d’écriture subtile qui, croisé avec le talent d’une Charlize Theron à fleur de peau, tantôt détestable tantôt attachante, donne lieu à un film superbe, profond et sensible. Une grande réussite.

Bande-annonce :

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