« THE EQUALIZER » : RENCONTRE AVEC DENZEL WASHINGTON ET ANTOINE FUQUA

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452053.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxA l’occasion de la sortie le 1er octobre prochain, du film The Equalizer, réalisé par Antoine Fuqua et avec Denzel Washington, les deux artistes sont passés par Paris pour une rencontre avec le public. On a eu la chance d’y être convié. Extraits de la rencontre…

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Quels ont été les défis posés par ce film, pour lequel vous retrouvez Antoine Fuqua, 13 ans après Training Day ?

Denzel Washington : Depuis le succès de Training Day, nous cherchions à trouver un projet qui nous réunirait, pour retravailler ensemble. Mais ça ne se faisait pas parce qu’on avait chacun nos projets respectifs. Et Equalizer nous a paru être le film parfait pour nous réunir.

EXTRAIT INÉDIT :

Dans l’extrait inédit présenté du film (voir extrait ci-dessus), un des personnages vous demande « Mais qui êtes-vous ? ». Alors justement, pouvez-nous parler des mystères qui entourent votre personnage. Qui est-il au final cet Equalizer ?

D.W. : C’est un homme qui a un passé trouble que l’on ne divulgue pas trop. C’est un solitaire qui lutte avec ses propres démons. Il souffre de tocs (troubles obsessionnels compulsifs), il a perdu sa femme. Mais je trouve que c’est une bonne idée que l’on n’en sache pas trop sur son passé, justement.

Antoine Fuqua, vous avez dit récemment dans une interview que vous aimiez placer des idées dramatiques dans les scènes d’action. Et c’est vrai que dans Equalizer, chaque scène d’action dévoile une idée concernant le personnage…

Antoine Fuqua : C’est vrai que Denzel est un acteur incroyable, nous le savons tous. Et c’était important pour moi que, dans les scènes d’action, on voit de l’action bien sûr, mais on montre aussi toute l’épaisseur dramatique du personnage. On découvre le personnage à travers l’action en fait. Le résultat est que même dans les scènes d’action, on sent tout le talent de Denzel Washington, la caméra le suit de près. C’est pour ça que j’aime appeler Denzel, « Monsieur Washington ». Parce que c’est un grand monsieur, un grand acteur.IMG_0403

C’est inhabituel d’avoir un héros de film d’action qui souffre de troubles obsessionnels compulsifs. Qui a mis cette idée là dans le scénario ?

D. W : C’est moi, en fait. Je ne sais pas trop comment définir un héros de films d’action car pour moi, quand je choisis un film, je choisis surtout d’explorer un personnage. Et quand j’ai choisi celui-ci, je me suis posé des questions. Pourquoi est-il comme ça, pourquoi travaillait t-il dans un dépôt, pourquoi travaillait-il la nuit, pourquoi était-il aussi solitaire ? Et en essayant de trouver des réponses à ces questions, j’ai trouvé que lui donner des tocs, lui conférait plus de profondeur.

Avez-vous lu des livres sur la question ?

D.W : Oui. D’ailleurs, si vous regardez ne serait-ce que sur Youtube, vous verrez que des tas de gens souffrent de ça. Des gens qui se lave les mains sans arrêt etc… C’est très répandu, beaucoup plus qu’on ne le croit.

Dans la scène qu’on vient de découvrir, on ne la voit pas mais tout tourne autour d’elle, il s’agit de Terry, une jeune prostituée campée par Chloe Moretz et avec laquelle votre personnage noue un lien étrange. Comment expliquez-vous ce lien qui se noue entre ces deux personnages ?

A.F : Ils sont pour moi deux âmes perdus qui ont tous les deux besoin l’un de l’autre. Le personnage joué par Denzel est un personnage qui vit entre deux mondes, celui de la journée, son travail au Walmart, et celui de la nuit, au Diner (restaurant) où il retrouve le personnage de Chloe Moretz. Ils s’observent au départ, ils ne sont pas proches, jusqu’au jour où elle vient le trouver à sa table. Et soudainement, ce restaurant devient un refuge pour eux. Ils cherchent une forme de paix, ils ont besoin l’un de l’autre. Elle, plus que lui évidemment. Mais tous les deux entament un dialogue qui va leur permettre de se reconstruire.IMG_0374

Dans votre cinéma, il y a toujours eu quelque-chose de fascinant. Vous avez toujours mêlé extrême violence et une certaine forme de poésie. Il y a le chaos de l’action et la musique de Tchaïkovski et puis celle d’Eminem soudainement… Tout ça est du grand Antoine Fuqua. Vous êtes-vous inspiré des grands classiques du thriller des années 80, époque à laquelle appartient la série télévisée ?

A.F. : Pour moi, tout est une question de rythme, de mouvement, de musique. C’est une chose que j’ai apprise de mon passage dans l’univers des vidéo clips. Le mouvement, l’image et le son ne font qu’un. Et j’aime traduire le son en image. Par exemple, quand je tourne, parfois je vais écouter des grands morceaux de musique classique, parfois du rap ou une bande originale de film. J’essaie de trouver ce qui va me sembler juste. Sachez que quand je tourne un film, déjà dans ma tête, je monte les séquences. Je vois le mouvement, je suis comme un peintre, comme un Delacroix qui tracerait sur sa toile une traînée de sang. J’aime l’idée d’être à la fois chef d’orchestre, peintre et j’aime l’idée d’un mouvement perpétuel dans les scènes.IMG_0387

Puisque nous parlons de rythme, comment vous, Denzel, vous vous adaptez au rythme ?

D.W. : C’est simple, c’est comme si je jouais dans un groupe ! Je sens que je fais partie de cette musique. Ça ne va pas dire que j’écoute la musique qui est dans la tête d’Antoine mais je crois que par mon jeu, j’affecte la musique qui est dans le film et qu’il écoute.

A.F. : De toute façon, Denzel EST le rythme du film.

Comment avez-vous chorégraphié cette scène ?

D.W. : Oui, j’ai beaucoup répété cette scène, pendant des mois avec le chorégraphe du film.

Du coup, tout à l’heure, vous ne nous avez pas dit mais est-ce que vous vous êtes replongés dans le cinéma des années 80 ? Parfois, le film fait penser à du Sidney Lumet…

A.F. : Non. Mon inspiration vient plutôt des westerns de Sergio Leone. On reconnaît d’ailleurs l’amour des échanges de regards, des longues poses… Mais c’est vrai que Sidney Lumet, avec qui Denzel Washington a travaillé, faisait partie de ces réalisateurs qui prenaient le temps de poser leurs personnages…IMG_0407

Sans trop en dévoiler, quel a été le challenge, la ou les scènes qui auront été les plus difficiles à tourner ?

D.W : Il n’y en a pas vraiment eu. J’aime jouer, j’aime faire ce que je fais. Peut-être les scènes de combats, pour la difficulté physique.

A.F. : Le premier jour, c’est toujours le plus difficile pour moi.

Denzel, pourquoi avoir choisi ce film, pour l’action ou pour la partie dramatique ?

D.W : Parce que j’aime les scènes d’action, celle que vous venez de découvrir est une scène incroyable. Mais ce que j’aime dans le cinéma d’Antoine Fuqua, c’est qu’il y a toujours une dimension dramatique extraordinaire. Antoine prend toujours le temps de bien développer ses personnages. Et c’est ça qui m’a plu.

Le film a l’air très violent. Ressentez-vous une certaine pression du politiquement correct, à plus forte raison dans le cinéma américain d’aujourd’hui, dans celui post-11 septembre par exemple ?

D.W : Non. Il n’y aucune pression. On est respectueux de ces évènements tragiques mais ils ne me mettent aucune pression du tout.

A.F. : Moi, je viens de faire sauter la Maison Blanche avec La Chute de la Maison Blanche alors…IMG_0366

Antoine Fuqua, à la fin de votre film, Les Larmes du Soleil, il y a une citation d’un philosophe du XVIIIeme siècle qui dit « la seule chose nécessaire au triomphe du Mal, c’est l’inaction des gens de Bien ».

D.W. : Je crois que de nos jours, on a vraiment besoin de toutes les bonnes volonté. Si chacun d’entre nous s’occupait ne serait-ce que d’une personne, il y aurait moins de problèmes. C’est un film, donc on a envie de s’évader pendant 2 heures mais c’est bien qu’il rappelle que chacun doit prendre conscience de ses propres responsabilités.

A.F. : C’est aussi le message de ce film. Être un justicier ne veut pas forcément utiliser la violence. Ça peut être aussi une aide émotionnelle, une aide financière, aider quelqu’un à traverser la rue tout simplement. Ce sont des gestes simples mais qui peuvent changer le monde.

BANDE-ANNONCE DE THE EQUALIZER (sortie le 1er octobre) :

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