THE CONSPIRACY de Christopher MacBride
– critique – en salles – (docu-fiction/thriller)

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21024268_20130802173735315.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxMondo-mètre :
note 6.5
Carte d’identité :
Nom : The Conspiracy
Père : Christopher MacBride
Livret de famille : Aaron Poole (lui-même), James Gilbert (lui-même), Ian Anderson (Ian), Bruce Clayton (Mark), Laura DeCarteret (Nicole), Rob Faust (Mithras), Alan C. Peterson (Terrance)…
Date de naissance : 2012
Majorité au : 18 septembre 2013 (en salles)
Nationalité : Canada
Taille : 1h23
Poids : 1,2 million $ CAN

Signes particuliers (+) : Pour peu que l’on se soit déjà vaguement intéressé au sujet, The Conspiracy est un excellent documentaire déguisé en fiction, usant astucieusement de sa forme pour illustrer son propos. Une synthèse de faits bien réels qui font froid dans le dos et l’un des rares films à parler frontalement du groupe Bilderberg (ici appelé Taurus Club).

Signes particuliers (-) : Ses qualités sont aussi ses défauts. Parce qu’il est trop bien déguisé en fiction, The Conspiracy risque de réellement passer pour tel, gâchant de fait l’impact des faits avérés qu’il souligne en les faisant pour les éléments d’un thriller vrillant vers le fantastique. MacBride confond tellement bien le doute entre réalité et imaginaire que son exercice aura de grandes chances de paraître pour un simple thriller là où il ne fait qu’exposer des faits facilement vérifiables. A croire qu’il n’assume pas son existence au point d’en devenir parfois confus.

 

UNE FICTION QUI N’EN EST PAS UNE…

Résumé : deux journalistes s’intéressent à Terrance, un hurluberlu de la rue qui ne cesse porte-voix en main, d’essayer d’ouvrir les yeux de ses concitoyens sur la réalité du monde et ses sociétés secrètes de l’ombre qui régissent et dictent son évolution. Lorsqu’il disparait soudainement, leurs investigations les amènent très (trop) loin…

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L’INTRO :

Les théories conspirationnistes, les sociétés secrètes, le groupe Bilderberg, les Illuminatis, les francs-maçons, les sombres histoires de Nouvel Ordre mondial, l’influence fantomatique de la famille Rockffeller, les ententes entre puissants, les rumeurs de complots, le monde régi selon des tractations obscures, l’implication inexplicable de la CIA dans certaines affaires, des connexions troublantes relatives à certains évènements déterminant le cours de l’Histoire, des faits anodins qui emboîtés à d’autres interrogent… Cet immense et opaque univers du « on nous cache des choses », tissé en arrière-plan de l’évolution du monde comme une véritable toile d’araignée sans limite, était étrangement un sujet très absent au cinéma, rare ayant été les courageux prêts à s’y frotter en dehors des sentiers de la fiction totale, comme s’il était uniquement l’apanage des illuminés paranoïaques qui s’agitent isolément sur la toile. Du moins, c’était sans compter sur l’arrivée du canadien Christopher MacBride qui, après un court-métrage il y a cinq ans, se lance dans la réalisation de son premier long avec The Conspiracy, une sorte de « mokumentaire » à la démarche étrange, s’intéressant à ces fumeuses micro-histoires de complots et de sociétés secrètes qui, toutes rassemblées et mises bout-à-bout dans un ensemble questionnant, ont de quoi mettre la puce à l’oreille (ou pas) peut-être même des plus septiques mais ouverts d’esprit. Contaminé de son aveu par un ami passionné par la question, MacBride a vu dans ces incroyables vraies/fausses théories de machinations gigantesques, un formidable et passionnant sujet à raconter qui deviendra la base de son exercice tourné sur le mode du found footage, du docu-fiction et de la fiction tout court. Sauf qu’à l’inverse de bon nombre de ses confrères, ce que raconte son film a de quoi faire froid dans le dos pour peu que l’on s’y intéresse, même vaguement, car si le cinéaste joue la carte de la fiction en apparence, une majeure partie est en réalité bien vraie mais malheureusement généralement passée sous silence.

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Sur la base d’un récit s’attachant à deux journalistes fascinés par un prédicateur jugé fou, rencontré par hasard dans la rue, MacBride plongent les mains dans le cambouis et nous propose une incursion dans cet univers tour à tour invraisemblable et troublant, par l’entremise de ce personnage marginal qui s’acharne à essayer d’éveiller les consciences en tentant de dévoiler au grand jour pour convaincre ceux qui veulent bien l’entendre, les obscures agitations de quelques puissants regroupés en sociétés secrètes oeuvrant dans l’ombre du commun des mortels pour déployer des desseins dictant les chemins empruntés par le monde et nos civilisations. Sa disparition soudaine attisera d’autant plus la curiosité du tandem dont les investigations vont devenir un danger les amenant très loin et nous amenant, par la même occasion, à nous intéresser à ces affabulations supposées qui n’en ont en réalité que le nom (ou pas encore une fois). Par un processus de mise en abime évident, MacBride va à son tour nous permettre de nous questionner sur notre opinion quant à ces théories en illustrant ces dires et thèses exposés qui pullulent sur internet et qui sont volontairement ignorées par un grand nombre à grands renforts d’à-priori de « grand n’importe quoi ». Y croit-il lui-même ? Le cinéaste opte pour un duo d’enquêteurs de manière à pouvoir mettre dans la balance les deux avis, le crédule fonceur et concerné et le réfractaire irréductible mais prêtant néanmoins une oreille. Avec ses deux acteurs, Aaron Poole et James Guilbert, interprétant chacun leur propre rôle et sa forme naviguant dans les eaux troubles d’une certaine véracité bien fournie en exemples et démonstrations du propos, le cinéaste joue ouvertement et jusqu’au-bout la carte de la confusion entre fiction et documentaire. Et une chose est sûre, pour appréhender au mieux The Conspiracy, il est nécessaire dans un premier temps d’accepter de s’ouvrir ne serait-ce qu’un tout petit peu à l’idée du « et si c’était vrai… » ou plus clairement, d’accepter d’entendre son postulat extravagant de prime abord mais bien plus complexe et moins fantasmé qu’il n’y paraît quand on gratte le vernis de certaines apparences.

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On peut prendre toute cette affaire comme une vaste fumisterie jouant avec opportunisme d’un sujet sensationnaliste à la mode et matière à débats enflammés, de même que l’on peut n’y voir qu’un simple thriller lointainement d’épouvante alarmiste. Mais la réalité est que, quand on a déjà effleuré la question ou lorsque l’on s’est déjà amusé à regarder de plus près ces théories ici mises en boîte, force est de constater que les dires de ce The Conspiracy n’ont rien d’inventés dans de larges proportions. Ou du moins, les faits ne le sont pas, leur mise en corrélation relevant par contre de la libre interprétation et conviction de chacun. MacBride truque des noms, remplaçant le mystérieux (et réel) Groupe Bilderberg par le fictif Taurus Club, bipant ou modifiant les patronymes de quelques personnalités désignées (quelques petits clic sur google et ils seront facilement dénichables), mais dans sa globalité, ce malin et courageux exercice se contente seulement de mettre en images des points irréfutables pour peu que l’on se donne la peine de se pencher sur la chose. Exemple témoin de l’authenticité de l’exposé, ces quelques mots étonnants d’une interview concluant le film, qui ne sont que de réelles déclarations du banquier suspect David Rockffeller dont le nom a été ici changé en David Jensen, probablement l’un des éléments les plus forts et probants pour les croyants dans ces théories conspirationnistes. Mais du coup, d’un banal film mâtiné de docu-fiction aux allures irrationnelles, The Conspiracy deviendrait bel et bien un réel documentaire cachant sa nature, bien documenté, aux faits avérés dont seule la trame serait en fait fictionnalisée. L’effort de MacBride n’en devient alors que plus passionnant et le film, tourné à la manière d’un District 9 croisé avec un soupçon de Blair Witch et de Kill List convoqué, se mue non pas en conclusion définitive imposant un point de vue ou une argumentation, mais un simple récit qui n’a rien de « fantastique » en soi, se limitant à fournir des cartes que chacun sera libre d’appréhender comme il le souhaite. Le monde tourne mais sait t-on vraiment tout du comment ou ne nous donnerait-on de la poudre aux yeux pour nous détourner des réelles vérités ? Le doute persiste et The Conspiracy l’entretient sans vraiment feinter dans le fond mais seulement sur sa facture, d’où son intérêt, se permettant modestement d’aider à avoir à disposition quelques cartouches en main pour mieux juger. Un petit tour rapide sur internet permet de vérifier facilement pas mal des points dévoilés par le film et de se rendre compte que tout n’est pas si faux et inventé qu’il n’y paraît.

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Mais sur la forme, on regrettera seulement deux choses. Que sur sa très courte durée, The Conspiracy n’ait pas le temps d’approfondir davantage son trop vaste sujet interrogateur, imposant presque aux spectateurs d’avoir d’avance quelques acquis pour ne pas y voir qu’un simple exercice de style anecdotique et sans grand intérêt. MacBride brosse quantité d’idées, soulève quantité de points et d’arguments mais pour le néophyte, The Conspiracy file vite, n’a rien de réel et aura de grandes chances de passer pour un quelconque thriller banal là où en réalité, il propose un aperçu survolé et résumé de quelque-chose qui mérite clairement davantage de recherches et qui se nourrit d’éléments troublants véridiques. A chacun donc d’ignorer le propos et de ranger le film au rayon des inepties inutiles ou de poursuivre la dérangeante investigation effleurée pour se rendre compte que ce « film » n’en est en réalité pas totalement un, à coup sûr son second (et presque majeur) défaut, celui de ne pas assumer pleinement son statut de « documentaire » et de se nuancer lui-même par un vrillage total vers la fiction, bon nombre risquant de ne pas en saisir la nuance et la subtilité et de passer complètement à côté des réalités obscures ici exposées. Selon la perspective avec laquelle il sera abordé, selon le bagage des connaissances de chacun ou la volonté de croire, The Conspiracy sera un film très différent pour les uns et les autres, un documentaire passionnant astucieusement déguisé en fiction pour certains ou un simple film ovni fait de trucages d’archives pour les autres. Si les seconds ne verront pas grand intérêt à l’affaire, pour les premiers, l’effort de MacBride se montrera plutôt habile, malin et très bien exécuté, usant intelligemment de sa forme pour soutenir son postulat et mettant en exergue certains mystères alimentant les grandes théories conspirationnistes. A vos avis ? Fiction ou réalité. Mais attention, avant de se forger une opinion ferme et définitive, on ne vous conseillera que trop de vérifier. Vous serez peur-être bien surpris de voir la réalité qui soutient ce travail avançant masqué.

Bande-annonce :

Par Nicolas Rieux

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