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REQUIEM POUR UN MASSACRE d’Elem Klimov : la critique du film [Blu-ray]

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Nom : Иди и смотри
Père : Elem Klimov
Date de naissance : 1985
Majorité : 17 septembre 2019
Type : Sortie Combo Blu-ray
Nationalité : URSS
Taille : 2h20 / Poids : Budget NC
Genre : Guerre

Livret de famille : Aleksei Kravchenko, Olga Mironova, Luibomiras Laucevitchuis…

Signes particuliers : Dur, poignant, déstabilisant, un chef-d’oeuvre marquant à redécouvrir en version restaurée.

 

VA ET REGARDE L’HORREUR DE LA GUERRE

NOTRE AVIS SUR REQUIEM POUR UN MASSACRE

Synopsis : En 1943, en Biélorussie, un jeune villageois, Fliora, déterre le fusil d’un soldat mort et s’engage chez les partisans contre l’envahisseur allemand. Avec l’énergie et l’idéalisme d’un enfant, il plonge dans l’horreur d’un monde qui dépasse les adultes eux-mêmes. Entre errance et combat, Fliora devient le témoin de toutes les horreurs de la guerre.

Requiem pour un Massacre appartient à cette étrange catégorie des chefs-d’œuvre de l’histoire du cinéma injustement méconnus, résonnant seulement dans l’esprit des cinéphiles ardus affectés à jamais par sa terrifiante découverte. Heureusement, au fil des années, il commence à s’imposer comme un indispensable mais le chemin fut long. Cette immense fresque dramatique soviétique revenant sur les plus sombres heures de l’Est de l’Europe ravagée par la Seconde Guerre Mondiale, a été réalisée en 1984 par le cinéaste Elem Klimov, dont ce sera le dernier long-métrage avant qu’il ne siège comme Premier Secrétaire de l’Union des Artistes du Cinéma dans l’ex-URSS. Requiem pour un Massacre (aussi connu sous la traduction de son titre original Va et Regarde) est une plongée horrifiante dans laquelle l’URSS revisite douloureusement son passé. Si le grand public est plus au fait du génocide juif de part sa médiatisation décennale, cette œuvre magistrale (toutefois réservée à un public extrêmement averti) lève le voile sur ce qu’il s’est également passé à l’autre extrémité de l’Europe, prenant place dans les contrées pauvres et paysannes d’une Biélorussie qui aura tout autant payé un très lourd tribu à l’histoire au cours de l’invasion allemande. Cinématographiquement et historiquement, Requiem pour un Massacre est une œuvre incontournable qui marquera à jamais au fer rouge les yeux de ceux qui la découvriront.

Elem Klimov aura dû patienter sept ans avant d’obtenir le feu vert pour tourner son film. Il lui était arrivé la même expérience pour son précédent long-métrage. En cause, l’extrême violence frontale de ses images, peu habituelle dans le cinéma soviétique, peignant sans concession la pire des barbaries humaines. A la démesure de ce qu’il y raconte, le tournage du film aura été d’une rigueur conférant au calvaire. Neuf mois dans des conditions épouvantables durant lesquelles tout aura été mis en œuvre pour atteindre un réalisme démentiel. Véritables balles de mitraillettes employées, véritables obus militaires lâchés, véritables rescapés des massacres engagés par souci d’authenticité, psychologue en permanence à même le plateau pour prendre soin des comédiens, en particulier du jeune adolescent de 15 ans (incroyable Alexeï Kravtchenko) dont le film épouse le regard… Un jeune acteur qui manquera à plusieurs reprises de mourir lors du tournage de séquences à la dangerosité irréelle (il fut couché dans un champ alors que des pluies de balles réelles fusaient au-dessus de sa tête, tuant une vache à proximité, il manqua de se noyer lors d’une séquence dans un marécage). Oui, Requiem pour un Massacre pourrait paraître ridicule et honteusement extrême… si le résultat n’était pas celui qu’il est. Un film glaçant à la croisée du Apocalypse Now de Coppola, de L’Enfance d’Ivan de Tarkovski ou du Tambour de Schlöndorff. Un classique qui ne se sera pas suffisamment fait entendre dans l’histoire du cinéma, malgré son prix au Festival du Film de Moscou en 1985, et qui commence enfin à avoir le statut qu’il méritait depuis si longtemps.L’URSS replonge donc dans ses pires heures, récitant les atrocités commises par l’armée nazie sur son sol, plus particulièrement dans une Biélorussie assujettie à l’horreur épouvantable. Si le film semble vanter les valeurs du patriotisme à la soviétique dans son entame, avec tout ce qu’il faut d’engagement, de dévotion, de fraternité, d’amour de la patrie et de force de résistance du peuple russe, Requiem pour un Massacre n’aura pourtant rien d’un film nationaliste ultra-engagé. Il ne cherche pas à exalter quoique ce soit, pas plus qu’il ne cherche à enjoliver ou cacher. Au contraire, Elem Klimov, un peu à la manière d’un Yilmaz Güney en Turquie, cherchait à faire du cinéma témoin, visant dans l’épure, la puissance et la force d’un discours, d’une situation, d’un évènement, de sentiments. Il met en lumière le calvaire indigne d’un peuple et la barbarie humaine déraisonnée à travers le regard d’un adolescent qui, plongé dans cette guerre, va découvrir bien pire qu’il n’imaginait. Le jeune Fiora voulait s’engager, voulait aller combattre sans vraiment savoir de quoi la réalité était réellement faite. A travers un récit initiatique d’une puissance hallucinante, ce pauvre garçon va croiser la route de la folie et de la cruauté incompréhensible et inexplicable. C’est dans la douleur qu’il va grandir, comprenant que la guerre n’est pas une question d’engagement motivé, de volonté d’aider et de se battre, mais seulement une page folle de l’histoire qui n’aurait jamais dû avoir lieu.

Requiem pour un Massacre est un film extrêmement dur, parfois insoutenable, une œuvre sensorielle bouleversante, dénuée de toute complaisance dans son extrême violence, une œuvre que l’on saisit comme étant le témoignage parfait d’une réalité qui avait un besoin tout aussi violent et compulsif d’être exorcisée. Klimov lève le voile sur les traumas qui marqueront à jamais le peuple biélorusse. Il propose plus qu’un film, une expérience à la fois envoûtante et éprouvante, caractérisée par un réalisme impressionnant, aidée dans sa tâche par une mise en scène virtuose qui entremêle la distanciation et l’implication totale. Distanciation par le travail rigoureux pour garder la lucidité du spectateur et implication par l’invitation lancée à, comme le dit le titre original, « venir et regarder » ce qui n’est pas forcément connu de tous. La maestria de la réalisation de Klimov va sublimer l’ensemble avec une diversité et une précision qui confèrent au génie. Entièrement tourné en SteadyCam, Requiem pour un Massacre n’hésite pas à faire parler ses comédiens directement face caméra, s’adressant au public, les impliquant totalement dans ce voyage horrifiant. Il n’hésite pas également à jouer avec toute la palette d’expression du cinéma, choisissant parfois le hors champ quand il juge que ce dernier renforce terriblement le message par le non-dit suggestif, alors qu’à d’autres instants, il va au contraire recourir à la confrontation épouvantable. Un jeu d’association qui renforce autant la force des images filmées selon le premier choix que celles recourant au second. Klimov parachèvera son œuvre par un travail incroyablement minutieux des cadrages, des mouvements, du son, ce dernier tenant une place prépondérante au cœur du film, animant ce qui entoure le simple cadre à l’image, participant ainsi à l’immersion recherchée par un film devenant déstabilisant, furieux, déroutant.

Tout aussi bouleversant et douloureux au regard soit-il, Requiem pour un Massacre est un témoignage à vif, un film incontournable et marquant pour une vie toute entière. Le regard subjectif de ce gamin paumé au milieu de la folie des hommes, nous entraîne nous aussi dans la contemplation de ce qui ne devrait pas exister. C’est toute la symbolique qui se dégage d’un final ravageur et lourd de sens, où un portrait d’Hitler dans une marre d’eau est mitraillé. Une séquence que Klimov résume comme étant la mise en image de l’idée de « tuer le Hitler qui sommeille en soi » pour que plus jamais de telles atrocités ne voient le jour sur cette planète. Un amoncellement d’archives (très dures) rembobinées viennent suggérer la volonté d’annulation de cet héritage ignoble de l’humanité, la volonté souhaitée de faire machine arrière. Une volonté tristement impossible (sauf chez Tarantino). Mais au final, le cinéaste apaise, ne suscite pas la haine, la colère, ne rouvre pas des plaies par simple volonté d’enrager ou de révolter, mais par unique souhait de commémoration du souvenir. Il le fait avec une subtilité preuve de son intelligence, la musique. Du Mozart. Un autre autrichien, l’opposée d’Hitler. L’un aura laissé un terrible tribu à l’histoire, l’autre un héritage magnifique. Même si le film est parsemé de quelques séquences étranges, parfois surréalistes ou abscons, qui pourront étonner ou troubler l’incompréhension, Requiem pour un Massacre est bel et bien un film à voir impérativement pour tout cinéphile désireux de traverser les classiques du cinéma, des plus célèbres aux plus injustement discrets.

LE BLU-RAY DE REQUIEM POUR UN MASSACRE

Potemkine avait déjà édité Requiem pour un Massacre en DVD en 2007. Le Combo Blu-ray qui sort aujourd’hui est basé sur la version restaurée que le distributeur avait sorti en salles il y a quelques mois. Et autant dire que cette nouvelle édition est probablement l’édition ultime à avoir pour les amoureux de ce chef-d’oeuvre du cinéma russe. Pour l’image déjà, exceptionnelle et d’une finesse rarissime, fruit d’une restauration fabuleuse qui redonne une nouvelle jeunesse au film en respectant son piqué et son grain. A noter que le format 1:33 est respecté. Là où Potemkine a mis la barre très haute, c’est côté Bonus. Dire que cette édition est riche serait un euphémisme. Un making of, des interviews de l’équipe du film (réalisateur, acteur principal et chef décorateur), un entretien avec Vladimir Kozlov (assistant de Elem Klimov), des entretiens avec plusieurs réalisateurs français évoquant la force du film  (Gaspar Noé ou Nicolas Boukhrief) ou encore des documents d’archives sur la seconde guerre mondiale en Biélorussie. Passionnant !

Bande-annonce :

Par Nicolas Rieux

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