REQUIEM POUR UN MASSACRE – critique (guerre)

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note 8
Carte d’identité :
Nom : Иди и смотри, Idi i smotri (Va et regarde)
Père : Elem Klimov
Livret de famille : Alexeï Kravtchenko (Fiora), Olga Mironova (Glasha), Luibomiras Lauciavichus (Kosach), Vladas Bagdonas (Roubej), Victor Lorenz (Walter Stein), Tatyana Chestakova (mère de Fiora)…
Date de naissance : 1985
Majorité au : 18 septembre 2007 (DVD)
Nationalité : URSS
Taille : 2h20
Poids : Budget NC

Signes particuliers (+) : Un chef d’oeuvre exceptionnel, fresque de guerre terrifiante sur les sombres années de l’invasion nazie en Biélorussie regardées sans concession mais également sans complaisance. Dur, poignant, déstabilisant, un classique injustement méconnu et magnifié par une mise en scène virtuose et un réalisme terrible. Un puissant récit initiatique porté par un jeune interprète fabuleux. Incontournable.

Signes particuliers (-) : Quelques séquences un brin surréaliste lui confèrent une étrangeté qui, ajoutées à son rythme particulier typique du cinéma russe, lui donne un caractère difficile d’accès pour le grand public.

 

VA ET REGARDE L’HORREUR DE LA GUERRE

Résumé : Biélorussie, 1943. Le pays est envahie par les troupes nazies qui se livrent à des exactions abjectes. La guerre est vue du point de vue de Fiora, un adolescent de 15 ans, qui s’engage aux côtés des partisans avant de découvrir l’inimaginable horreur de la guerre dépassant tout ce qu’il pouvait concevoir…

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L’INTRO :

Requiem pour un Massacre appartient à cette catégorie étrange des chefs d’œuvre de l’histoire du cinéma injustement méconnus, résonnant seulement dans l’esprit des plus ardus cinéphiles affectés à jamais par sa terrifiante découverte. Cet immense fresque dramatique soviétique revenant sur les plus sombres heures de l’Est de l’Europe, ravagé par la Seconde Guerre Mondiale, a été réalisée en 1984 par le cinéaste Elem Klimov dont ce sera le dernier long-métrage avant qu’il ne siège comme Premier Secrétaire de l’Union des Artistes du Cinéma dans l’ex-URSS. Requiem pour un Massacre (parfois connu sous la traduction de son titre en version originale, Va et Regarde) est une plongée horrifiante dans laquelle l’URSS revisite douloureusement son passé. Si le grand public est plus au fait du génocide juif de part sa médiatisation décennale, cet œuvre magistrale mais réservée à un public extrêmement averti, va lever le voile sur ce qu’il s’est également passé à l’autre extrémité de l’Europe, prenant place dans les contrées pauvres et paysannes d’une Biélorussie qui aura tout autant payé un très lourd tribu à l’histoire au cours de l’invasion allemande. Cinématographiquement et historiquement, son Requiem pour un Massacre sera alors une œuvre incontournable qui marquera à jamais au fer rouge les yeux de ceux qui la découvriront.

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Elem Klimov aura dû patienter sept ans avant d’obtenir le feu vert pour tourner son film. Il lui était arrivé la même expérience pour son précédent long-métrage. En cause, l’extrême violence frontale de ses images, peu habituelle du cinéma soviétique, dépeignant sans concession la pire des barbaries faite homme. A la démesure de ce qu’il y raconte, le tournage du film aura été d’une rigueur conférant au calvaire. Neuf mois de conditions épouvantables durant laquelle tout aura été mis en œuvre pour atteindre un réalisme démentiel. Véritables balles de mitraillettes employées, véritables obus militaire lâchés, véritables rescapés des massacres engagés par souci d’authenticité, psychologue en permanence à même le plateau pour prendre soin des comédiens, en particulier du jeune adolescent de 15 ans (incroyable Alexeï Kravtchenko) dont le film épouse le regard… Un jeune acteur qui manquera à plusieurs reprises de mourir lors du tournage de séquences à la dangerosité qui explose des quatre coins de l’écran (il fut couché dans un champ alors que des pluies de balles réelles fusaient au-dessus de sa tête tuant une vache à proximité, manqua de peu de se noyer lors d’une séquence dans un marécage). Oui, Requiem pour un Massacre pourrait paraître extrême voire ridicule si le résultat n’était pas celui qu’il est. Un film glaçant à la croisée d’Apocalypse Now de Coppola, de L’Enfance d’Ivan de Tarkovski ou du Tambour de Schlöndorff. Un classique qui ne se sera pas suffisamment fait entendre dans l’histoire du cinéma, malgré son prix au Festival du Film de Moscou en 1985.

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L’AVIS :

L’URSS replonge donc à ses pires heures, récitant les atrocités commises par l’armée nazie sur son sol, plus particulièrement la Biélorussie assujetti à l’horreur épouvantable. Si le film semble vanter les valeurs du patriotisme à la soviétique dans son entame, engagement, dévotion, fraternité, amour de la patrie, force de résistance du peuple russe, Requiem pour un Massacre n’aura pourtant rien d’un film nationaliste ultra-engagé. Il ne cherche pas à exalter quoique ce soit, pas plus qu’il ne cherche à enjoliver ou cacher. Au contraire, Elem Klimov, un peu à la manière d’un Yilmaz Güney en Turquie, chercher à faire du cinéma témoin, recherchant dans l’épure, la puissance et la force d’un discours, d’une situation, d’un évènement, de sentiments. Il met en lumière le calvaire indigne d’un peuple et la barbarie humaine déraisonnée à travers le regard d’un jeune adolescent qui plongé dans cette guerre, va découvrir bien pire qu’il n’imaginait. Le jeune Fiora voulait s’engager, voulait aller combattre sans vraiment savoir de quoi la réalité était faite. Par un récit initiatique d’une puissance hallucinante, ce pauvre garçon va croiser la route de la folie et de la cruauté incompréhensible et inexplicable. C’est dans la douleur qu’il va grandir, comprenant que la guerre n’est pas une question d’engagement motivé, de volonté d’aider et de se battre, mais seulement une page folle de l’histoire qui n’aurait jamais dû avoir lieu.

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Requiem pour un Massacre est un film extrêmement dur, parfois insoutenable, une œuvre sensorielle bouleversante dénuée de toute complaisance dans son extrême violence, que l’on sent parfaitement être le témoignage d’une réalité qui avait un besoin tout aussi violent et compulsif d’être exorcisée. Par le film, Klimov lève le voile sur les traumas qui marqueront à jamais le peuple biélorusse. Il propose plus qu’un film, une expérience à la fois envoûtante et éprouvante, caractérisée par un réalisme impressionnant, aidé dans sa tâche par une mise en scène virtuose qui entremêle la distanciation et l’implication totale. Distanciation par le travail rigoureux pour garder la lucidité du spectateur et implication par l’invitation lancée à, comme le dit le titre, venir et regarder ce qui n’est pas forcément toujours connu de tous. La maestria de la réalisation de Klimov va faire le reste avec une diversité et une précision qui confèrent totalement au génie. Entièrement tourné en Steady Cam, Requiem pour un Massacre n’hésite pas à faire s’adresser ses comédiens directement face caméra, parlant au public, les impliquant dans ce voyage horrifiant. Il n’hésite pas également à jouer avec toute la palette d’expression du cinéma, choisissant parfois le hors champ quand il juge que ce dernier renforce terriblement le message par le non-dit suggestif, alors qu’à d’autres moments, il va au contraire recourir à la confrontation épouvantable, ce jeu d’association renforçant autant la force des images filmées avec le premier choix que celles employant le second. Klimov qui parachèvera son œuvre par un travail incroyablement minutieux des cadrages, des mouvements, du son, qui tient une place très importante dans ce qu’il anime l’entourage du simple cadrage à l’image, participant ainsi à l’immersion recherchée par un film devenant déstabilisant, furieux, déroutant.

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Tout aussi bouleversant et douloureux au regard soit-il, Requiem pour un Massacre est un témoignage à vif, un film incontournable et marquant pour une vie toute entière. Le regard subjectif de ce gamin paumé au milieu de la folie des hommes, nous entraîne nous aussi dans la contemplation de ce qui ne devrait pas exister. C’est toute la symbolique qui se dégage d’un final ravageur et lourd de sens, où un portrait d’Hitler dans une marre d’eau et mitraillé. Une séquence que Klimov résume comme étant la mise en image de l’idée de « tuer le Hitler qui sommeille en soi » pour que plus jamais de telles atrocités ne voient le jour sur cette planète. Un amoncellement d’archives (très dures) en rembobinées à l’envers, viennent suggérer la volonté d’annulation de cet héritage ignoble de l’humanité, la volonté souhaitée de faire machine arrière. Une volonté impossible que le laisse cependant sous-entendre les quelques secondes qui suivent et c’est bien dommage. Le cinéaste apaise, ne suscite pas la haine, la colère, ne rouvre pas des plaies par volonté d’enrager et de révolter mais par seule envie de commémoration du souvenir. Il le fait avec une subtilité preuve de son intelligence, la musique. Du Mozart. Un autre autrichien, l’opposée d’Hitler. L’un aura laissé un terrible tribu à l’histoire, l’autre un héritage magnifique. Même si le film est parsemé de quelques séquences étranges, parfois surréalistes ou abscons, qui pourront étonner ou troubler d’incompréhension, Requiem pour un Massacre est bel et bien un film à voir impérativement pour tout cinéphile désireux de traverser les classiques du cinéma, des plus en lumière aux plus injustement discrets.

Bande-annonce :

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