PUSHER 2 : DU SANG SUR LES MAINS (critique)

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Mondo-mètre :

Carte d’identité :
Nom : Pusher II
Parents : Nicolas Winding Refn
Livret de famille : Mads Mikkelsen, Zlatko Buric, Leif Silvester Pedersen, Anne Sorensen…
Date de naissance : 2004
Nationalité : Danemark
Taille/Poids : 1h36 – Budget N.C.

Signes particuliers (+) : Intense et magistral. La parfaite équation entre polar et drame. Un acteur énorme. Un personnage magnifiquement écrit.

Signes particuliers (-) : x
 
 

PEUCHÈRE 2 : DRAME FILIAL

Résumé : Tonny sort de prison et retourne vers son père, un truand surnommé « le duc » masquant ses combines derrière un garage automobile. Tonny aimerait se faire accepter de celui-ci qui le considère depuis toujours comme un moins que rien. Son seul souhait : qu’il lui donne sa chance…

Ruiné après les échecs commerciaux de ses deux derniers films, le danois Nicolas Winding Refn se retrouve contraint de monter un projet en catastrophe, peu onéreux et potentiellement rentable pour se renflouer. C’est à contrecoeur au départ qu’il se fait souffrance et décide de rouvrir le dossier de son premier succès, Pusher, pour mettre en scène une suite. Ayant peur de ne pas savoir se renouveler, de se manquer artistiquement, le perfectionniste nordique cherche un moyen de ne pas reproduire le même film, de ne pas s’auto-plagier. Il décide alors que sa séquelle n’en sera pas vraiment une et suivra un autre personnage tout en établissant quelques passerelles avec le précédent volet, cherchant ainsi une certaine cohérence dans l’œuvre et surtout un moyen d’aborder d’autres thématiques, de prendre un autre angle de vue sur le monde de la criminalité. Délaissant le personnage principal du premier, Frank, absent ici, Refn se penche cette fois-ci sur son remarqué et remarquable acolyte, Tonny, l’un des personnages finalement les plus intéressants du premier opus, fort de la prestation énorme du jeune Mads Mikkelsen mais aussi l’un des plus frustrants tant on aurait aimé le voir plus, davantage mis en avant. Mais il n’était pas le sujet. En revanche, il est celui de Pusher II qui lui est entièrement consacré…


Pusher II nous propose donc de retrouver ce fantasque et déjanté Tonny sortant de quelques années de prison et ayant perdu la mémoire sur les évènements troubles qui lui sont arrivés précédemment (voir Pusher I du coup). C’est un Tonny différent, plus mature à sa manière, plus adulte, tout en restant d’une certaine façon, un grand gamin peu responsable. Refn reprend partiellement seulement la recette qui avait la force du premier Pusher mais cherche surtout et avant tout à se renouveler thématiquement. Et plutôt que de dépeindre des gangsters évoluant dans le milieu du crime, le cinéaste relègue la criminalité au second plan pour s’attacher cette fois-ci à la psyché de son personnage, à son caractère torturé, à ses démons intérieurs et ses cicatrices morales, à ses troubles émotionnels et ses besoins humains d’affection, de reconnaissance, d’une certaine forme de tendresse. Refn ne va donc pas traiter du crime mais des gens qui le compose et ce, de façon intimiste. Evoluant dans un environnement quotidien tragiquement glauque et difficile, looser et maladroit, Tonny est surtout animé d’une volonté aussi pathétique qu’attendrissante de vouloir plaire à un père lui affichant un profond mépris et irrespect depuis toujours. Sans arrêt à le rabaisser, à lui dénier le moindre amour paternel, « Le Duc » est un homme dur auquel Tonny se confronte avec un complexe d’infériorité terrible et oedipien. C’est sur cette relation filiale que Pusher II va se construire, poser ses fondations, s’attardant sur les déchirements intérieurs d’un petit criminel dans son quotidien banal, sans dramatisation excessive ou effets scénaristiques grandiloquents. Refn va ainsi donner une force émotionnelle à ce second film de gangster dépassant de loin le tour de force que fut déjà le premier volet. Plus intimiste, plus proche du drame que du polar, Refn parvient avec Pusher II à se renouveler de façon étonnante tout en gardant la maîtrise sur son œuvre entamée et une cohérence qui trouvera sa parfaite finalité dans le troisième volet.


Techniquement, le cinéaste s’est aussi aguerri, a mûri. Visuellement toujours sobre et épuré, il fait preuve d’une maestria dans sa mise en scène qui force le respect par la splendeur dramatique millimétrée de ses plans, par un parfait dosage en tout point et l’on sent poindre le futur metteur en scène du flamboyant Drive, quelques années plus tard. Classieux malgré sa réalisation caméra à l’épaule, toujours juste dans le ton, dans les choix stylistiques, Pusher II franchit un palier pour atteindre le summum qualitatif du petit film autoproduit et impose Refn comme un artiste majeur ayant tout compris au cinéma. La réussite de ce second volet n’est cependant pas détachable de l’incroyable prestation de Mikkelsen qui donne force et corps à ce Tonny benêt, perdu entre ses sentiments et sa volonté, perdu entre sa carapace de pseudo dur au mot respect » tatoué sur son crâne rasé. Personnage écorché vif, Tonny est un protagoniste passionnant de vulnérabilité masquée. Et profondément humain, Pusher II de se révéler être un superbe drame où le milieu criminel n’est qu’une toile de fond à la peinture de relations dures et tranchantes. Le meilleur de la saga.

Bande-annonce :


Pusher 2 – du Sang sur les Mains ( bande… par guiderapide

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