PERFECT MOTHERS (critique – drame)

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note 1.5
Carte d’identité :
Nom : Perfect Mothers
Père : Anne Fontaine
Livret de famille : Naomi Watts (Lil), Robin Wright (Roz), Xavier Samuel (Ian), James Frecheville (Tom), Ben Mendelsohn (Harold), Sophie Lowe (Mary), Jessica Tovey (Hannah)…
Date de naissance : 2013 / Nationalité : France, Australie
Taille/Poids : 1h51 – 16 millions $

Signes particuliers (+) : Deux comédiennes magnifiques. Un sujet qui ouvre sur des pistes très intéressantes. Sa splendide bande-annonce trompe l’oeil. Une belle musique.

Signes particuliers (-) : Une idiotie monstrueuse, mal abordée, mal développée, mal traitée, mal filmée. Fontaine rate à peu près tout, à se demander si elle ne le ferait pas exprès à ce point là !

 

FONTAINE, JE NE BOIRAI PLUS DE TON EAU

Résumé : Depuis toujours Lil et Roz vivent à côté. Ces deux amies/âmes soeurs fusionnelles, presque fraternelles, pourraient presque prétendre à être ensemble si elles n’étaient pas hétérosexuelles. Lorsque Roz couche avec le fils de Lil, Lil développe une relation avec le fils de Roz. Ce double couple presque incestueux va pourtant trouver une certaine harmonie dan un équilibre précaire…

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Après Augustin, Roi du Kung-Fu, Entre ses Mains, Nettoyage à Sec ou Coco avant Channel, la réalisatrice Anne Fontaine franchit un nouveau cap dans sa carrière et signe son premier film en langue anglaise, Perfect Mothers, une coproduction franco-australienne tournée en Australie et emmenée par un duo rivalisant d’élégance et de sensualité, deux belles blondes aux yeux bleus la quarantaine bien tassée mais toujours aussi séduisantes, à ma droite Robin Wright et à ma gauche, Noami Watts. Le film est l’adaptation du roman Les Grands-Mères paru en 2005 et signé du Prix Nobel de Littérature 2007 Doris Lessing. L’histoire est assez étrange voire même tordue puisqu’elle tourne autour de deux amies, si proches depuis l’enfance qu’elles pourraient presque prétendre à être un couple, vivant deux maisons voisines au bord de l’océan en Australie. Chacune a un enfant. Lil vit seule avec Ian depuis la mort de son mari et Roz vit avec Tom et son mari Harold auquel elle est attachée mais pas autant qu’à Lil inconsciemment. Un jour, l’improbable se produit. Roz couche avec Ian. Et Lil couche avec Tom. Deux mères couchant avec leur enfant respectif. Malsain ? Pervers ? Tordu ? Ce ne sont pas les axes choisis par Anne Fontaine.

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La cinéaste développe une romance dramatique tournant autour de ces deux couples improbables, à la fois quelque part condamnables et pourtant… Pourtant, Roz et Lil sont heureuses. Tom et Ian aussi. Alors à quoi bon s’indigner ? D’autant que les explications à cette situation sont toutes trouvées et forment ce qu’il y a de plus intéressant tant dans le roman d’origine que dans l’adaptation qu’en tire Anne Fontaine qui divergera sur un point du matériau originel, l’âge des protagonistes qu’elle rajeunit un peu pour que l’ensemble soit un peu moins abrupte et plus vendeur qu’une histoire glauque à la limite de la gérontophilie. Déjà que l’on nage en pleines eaux troubles avec ce récit s’appuyant sur deux relations semi-incestueuses sur fond de développement affectif quasi-homosexuel… Xavier Samuel (acteur britannique héros de la comédie My Best Men, vu également dans Shark 3D ou Anonymous) incarne Ian alors que James Frecheville (Animal Kingdom) est Tom.

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Le fond du récit troublant que nous retranscrit Anne Fontaine était construit sur d’excellentes idées notamment dans la psychologie des personnages et leurs motivations. Doris Lessing confesse qu’il s’agirait d’une histoire vraie qui lui a été raconté par un jeune australien lors d’un séjour. Peut-être, peut-être pas, l’homme était ivre. Toujours est-il que la mécanique de fond de cette double-relation (voire triple si on y ajoute celle entre Lil et Roz) est passionnante et aurait pu donner matière à un drame fort et puissant. Car finalement, ayant vécu presque toute leur vie dans ce cocon restreint paradisiaque, un peu à l’écart de la ville et de la vie, aimés et éduqués par ce « couple féminin », pour les deux jeunes hommes que sont Ian et Tom, en âge de prendre en main leur sexualité (sans mauvais jeu de mot), leur attirance respective pour ces deux belles femmes qui sont leurs mères (l’une biologique, l’autre une seconde mère spirituelle) est tout à fait logique. Dans un schéma très oedipien, sachant que l’homme a toujours cette tendance inconsciente à rechercher dans sa femme des éléments renvoyant à sa propre mère, pour ces deux jeunes hommes qui ont toujours vécu avec ces deux figures féminines qu’ils idéalisent pardessus tout, qui de mieux pour être à l’image de leur propre mère, que sa quasi- « sœur jumelle » ? Finalement tout est psychologiquement logique dans cette cellule familiale repliée sur elle-même. Ian trouve la représentation idéale à sa mère Lil, chez Roz, son âme sœur, son double mais aussi une figure féminine qu’il connaît depuis toujours, respecte, admire et finalement désire. Et il en va de même pour Tom avec Roz. Perfect Mothers pousse en fait à l’extrême le schéma psychologique dit oedipien. Romance, bord d’océan, cadre idyllique mais un drame, un écart d’âge qui forcément un jour, reviendra dans un effet boomerang qui risque d’être à la fois douloureux et délicat à gérer.

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Si l’on part du principe que l’immense océan représente le film d’Anne Fontaine et que la plage ensoleillée représente la pellicule sur laquelle il est couché, alors on peut dire que les vagues déferlantes sur le sable symbolisent les vagues de nullité successives qui viennent s’écraser sur la pellicule, se superposant les unes sur les autres inlassablement, continuellement, dans un flot répétitif et quantitatif. Perfect Mothers est un comme un mille-feuille de connerie aux innombrables couches entassées, une purge parmi les plus gros navets qui nous ait été donnés de voir cette année. Pathétique, tristement risible et pire, involontairement comique, cette romance dramatique n’a peur de rien et surtout pas du ridicule. Anne Fontaine est-elle la seule responsable de ce désastre ? Clairement pas. En amont, il est une auteure qui mériterait d’être brûlée sur un bûcher : Doris Lessing. On ne rentrera pas dans la polémique du malsain ou de la perversité du film ou dans tout autre jugement moral concernant l’histoire en elle-même, là n’est pas la question d’autant que par le passé, de nombreux films aux sujets plus que sensible eu égard à la morale ont donné des chefs d’œuvre. Et puis au diable la morale d’ailleurs ! Non, le problème est que l’histoire créée par Lessing est juste atterrante de bêtise dans la façon dont elle est romancée. Anne Fontaine partait donc déjà à la base avec un handicap colossal avec ce livre qui lui a été conseillé par l’agent Dominique Besnehard, instigateur du projet et d’ailleurs coproducteur du film. Mais attention, la réalisatrice française a également sa part de responsabilité dans le sens où une œuvre littéraire, ça peut se trahir si c’est pour le bien de l’histoire. Et là, en toute honnêteté, force est d’admettre que ça n’aurait pas été une mauvaise chose. Par ailleurs, Fontaine fait preuve d’une totale incapacité à traiter correctement les quelques bonnes idées soutenant la base de son histoire, pire, elle n’a de cesse d’esquiver à chaque fois les pistes intéressantes à approfondir, désamorçant à chaque fois la charge dramatique qu’aurait pu revêtir son œuvre pour se cantonner à une douceur d’une pudeur affligeante. L’âge des protagonistes, l’évolution amoureuse de ces jeunes adultes avec le dédain finalement affiché dans leurs futures relations, l’éclatement de cette cellule qui, à la longue et sans s’en rendre, a créé de futurs névropathes , le caractère homosexuel de la relation entre Lil et Roz qui en reste au niveau de la comédie amusante…

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Au lieu de tirer le meilleur de son histoire de base déjà limite de bêtise sur certains aspects, Anne Fontaine en reproduit tous les clichés les plus idiots, mis en scène en prime avec tous les trucs les plus éculés du monde. Dès l’ouverture du film et les premières secondes, l’image blanchâtre sur-éclairée, la petite musique au piano, le ralenti sur deux fillettes courant au soleil… on sent presque instantanément que ça ne va pas aller. Et cette impression de rapidement se confirmer dans un film d’une nullité abyssale, mauvaise plaisanterie à laquelle on a du mal à croire. Tout est kitsch, facile, cliché, ni fait ni à faire dans un film qui se transforme progressivement en une comédie involontaire provoquant le rire à ses dépends par sa naïveté, sa bêtise tartignole et le ridicule de sa situation, de son développement, de son évolution et du traitement de chaque étape de l’histoire. Pour quelques beaux plans (celui de Naomi Watts devant son miroir, extraordinaire de force, où tout est dit en un regard), Anne Fontaine multiplie les fautes de goûts, les passages surréalistes de débilité… On passera sur les nombreuses maladresses techniques, inutile d’enfoncer davantage le clou (effets de montage vulgaires dans leur découpage comme dans les innombrables transitions « stylisées » genre par un drap recouvrant l’image ou un mouvement de caméra derrière une tête etc., effets de mise en scène grossiers comme le plan jouant sur les valeurs de focale lors d’une conversation en bout de lit entre Robin Wright et Naomi Watts si mal finalisé que l’on y aperçoit des zones floues, cascadeurs pour les grosses scènes de surf absolument pas ressemblant aux comédiens dans la longueur et la couleur des cheveux, le visage et la corpulence du corps…). Perfect Mothers est ahurissant de maladresse. Cette romance étonnante et perturbante enchaîne les idées stupides surtout dans son déroulement et la technique bancale de la cinéaste n’est qu’un surplus. A aucun moment le duo de femmes mûres n’est gêné par l’âge de leur progéniture, par ce qu’elles sont en train de faire, par la morale… Tout est normal et elles vivent leurs histoires d’amour le plus simplement du monde, détachée, heureuse… Mais de qui se moque t-on ? Cet exemple n’en est qu’un parmi tant d’autres soulignant l’improbabilité systématique de toutes les réactions des personnages, de tous les ressorts dramatiques d’un film en prime, extrêmement prévisible. Alors que l’on voit tout venir à des kilomètres, on pourrait presque s’amuser à parier entre amis sur les différents rebondissements attendus. Enfin plutôt sur quand ils se produiront puisque de toute façon, ils se produiront.

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Idiot, mal fagoté, presque nanardesque, Perfect Mothers est un comble inimaginable de nullité qui pourrait presque se prendre comme une comédie s’il n’était pas aussi sérieux. Car Anne Fontaine déploie une énergie considérable pour nous faire croire qu’elle maîtrise à fond son film à grand renfort de plans plein de symbolique caché. Par exemple, la conversation entre les deux héroïnes filmées selon deux valeurs de plans différentes a pour but de nous induire l’idée d’éloignement progressif, de fossé qui se creuse pour la première fois, entre ces deux âmes sœurs depuis toujours. Quelle lourdeur !

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Inépuisable dans sa bêtise, insondable dans la profondeur de sa stupidité et de sa médiocrité, Perfect Mothers, s’il était un peu plus commercial et populaire, pourrait être en pole position des prochains Razzie Awards ou des Gérard du cinéma par sa propension à déclencher des éclats de rire… involontairement. Anne Fontaine décroche la palme du risible par un film qui pourrait presque aisément passer pour une parodie peu sérieuse. Mais non, c’est au contraire d’un sérieux terrifiant. Fontaine rate tout, ne confère aucune crédibilité à sans histoire par trop d’erreurs de jugement (ou par manque de talent) et préfère ironiquement foncer à chaque fois dans l’idiotie facile au lieu d’emprunter les pistes intéressantes à développer. Vertigineusement nul, ce beau sujet un peu scabreux et choquant est traité comme un roman de plage et toute l’intelligence en est évacué au profit de belles images paradisiaques lassante de répétitivité. Ok, ils vivent heureux dans un paradis, très bien, laissons les entre eux, on repassera quand Anne Fontaine se sera décidée à dire quelque chose.

Bande-annonce :

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