LES RÉVOLTÉS DE L’ÎLE DU DIABLE de Marius Holst
Critique DVD – (drame)

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19836984.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxMondo-mètre :
note 7.5
Carte d’identité :
Nom : Kongen av Bastøy
Père : Marius Holst
Livret de famille : Stellan Skarsgård (le directeur), Kristoffer Joner (le surveillant), Benjamin Helstad (Erling N°19), Trond Nilssen (Olav N°5), Morten Løvstad (Øystein), Daniel Berg (Johan), Odin Gineson Brøderud (Axel), Magnar Botten (Lillegutt)…
Date de naissance : 2010
Majorité au : 23 novembre 2011 (en salles)
Nationalité : Pologne, Suède, France, Norvège
Taille : 1h55
Poids : 9,5 millions $

Signes particuliers (+) : Un drame historique puissant et maîtrisé, révoltant et émouvant. Les jeunes acteurs non professionnels, l’atmosphère pesante renforcée par un cadre et des décors glacials et oppressants, la force tragique… Un grand film discret mais inoubliable.

Signes particuliers (-) : x

 

CECI N’EST PAS UN FILM D’HORREUR

LA CRITIQUE

Résumé : Hiver norvégien, début du 20ème siècle. Dans la maison de redressement de Bastoy, un nouveau détenu pousse les autres à se révolter contre une direction autoritaire et brutale. Une violente émeute commence alors mais jusqu’où sont-ils prêts à aller ?

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L’INTRO :

Avec son titre de film de genre laissant croire au choix à une œuvre fantastique à ambiance ou à un vieux nanar italien des années 80, Les révoltés de l’île du Diable est en réalité un drame historique norvégien inspiré de faits réels et réalisé par Marius Host, cinéaste nordique expérimenté connu pour son Croix de Bois, Croix de Fer tourné en 1994. Production luxueuse nantie de l’un des plus gros budgets alloués à un long-métrage norvégien (9,5 millions d’euros), Les révoltés de l’île du Diable nous rouvre les portes de l’institution Bastoy, une célèbre maison de correction fondée à la toute fin du XIXème siècle et située sur la petite île éponyme de Bastoy au sud d’Oslo. Ses résultats indéniables nourriront sa renommée au point d’en faire un établissement considéré comme un modèle dans son travail de réinsertion sociale de jeunes en difficulté. Avant que des débordements en tout genre finissent par la conduire à la fermeture définitive en 1970. Marius Host et ses équipes n’ont pu tourner à Bastoy même, l’île ayant été depuis reconvertie en prison de Haute Sécurité pour adultes. C’est donc en Estonie que le cinéaste a trouvé de quoi recréer l’ambiance de ce cadre lourd et pesant qu’était la petite île de Bastoy.

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Sur les bases d’écrits, de documents d’archives et des récits de quelques pensionnaires encore en vie ayant séjourné à Bastoy, Marius Host s’applique à restituer toute la lourdeur du climat qui pesait sur cette île austère comme détachée du monde et abandonnée dans une autre temporalité. Les Révoltés de l’île du Diable est une chronique dure mais non sans une forme de tendresse au-delà de son âpreté et de la rudesse de son récit poignant, abordé avec une maîtrise de chaque instant absolument impressionnante. Film sur les responsabilités de l’autorité, sur la justice et l’injustice, sur les dérives du pouvoir, sur la morale personnelle soumise à épreuve ou encore sur le précepte que l’on récolte ce que l’on sème, Les Révoltés de l’île du Diable fonctionne quelque part comme une sorte de parcours initiatique pour une poignée de jeunes qui vont grandir et devenir des hommes en apprenant l’importance de rester fidèle à ses convictions même dans l’adversité de ce Bastoy terrifiant aux règles strictes et à la vie difficile. On pourrait croire à un énième drame en maison de correction mais Host insuffle suffisamment de personnalité à son long-métrage pour le rendre à la fois unique et inoubliable.

19824842.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxAvec une brochette de jeunes comédiens non-professionnels (les seuls acteurs confirmés étant l’incontournable Stellan Skarsgard alias le directeur des lieux et Kristoffer Joner incarnant le surveillant tyrannique) et des décors naturels enneigés absolument fascinants, presque à la lisière d’un univers fantastique, Les Révoltés de l’île du Diable fonctionne comme une étrangeté rétro captivante et hypnotique dont la mécanique nous embrasse totalement pour ne jamais relâcher son étreinte alors qu’elle monte crescendo vers un tragique déchirant et intensément fort qui n’a d’opératique que l’impression de puissance remarquable qu’il inflige par sa maestria assourdissante. La chaleur des relations fraternelles qui se tissent lentement entre ses jeunes personnages reliés par un esprit de solidarité nécessaire, se confronte à la froideur du décor où elles prennent place. La vapeur poétique qui se dégage de cet entrechoquement des sensations, sublime ce drame magnifique et l’ancre dans une réalité troublante et dramatique.20026326.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx Les Révoltés de l’île du Diable est un bijou de brutalité émotionnelle et de froideur implacable de l’ambiance, transcendé par un travail plastique absolument remarquable tant sur l’image que sur le son ou la musique. Marius Host confronte dans son œuvre à l’humilité palpable, grâce et souplesse des mouvements insufflant une véritable forme d’épique et rudesse d’un ton sec et rigoureux amenant étrangement cette histoire presque irréelle portée par son atmosphère inquiétante, quelque part entre le lointainement merveilleux et le cauchemar effrayant qui le rattrape. Un récit à vif puissant et sourdement tétanisant.

Bande-annonce :

Par Nicolas Rieux

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