LEATHERFACE de Julien Maury & Alexandre Bustillo : la critique du film
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Carte d’identité :
Nom : Leatherface
Père : L. Maury, A. Bustillo
Date de naissance : 2016
Majorité : 02 janvier 2017
Type : Sortie Blu-ray/DVD
Nationalité : USA
Taille : 1h25 / Poids : NC
Genre
: Horreur

Livret de famille : Stephen Dorff, Lili Taylor, Sam Strik, Vanessa Grasse, Finn Jones…

Signes particuliers : Une nouvelle insulte au mythe Leatherface.

ET SI ON LAISSAIT LEATHERFACE TRANQUILLE ?

LA CRITIQUE DE LEATHERFACE

Résumé : Découvrez les origines du tueur de « Massacre à la tronçonneuse », Leatherface. Soupçonné d’avoir assassiné la fille du shérif Hartman, le cadet de la terrifiante famille Sawyer est enlevé à sa famille et placé en hôpital psychiatrique. Des années plus tard, l’enfant devenu adulte profite d’une mutinerie pour s’échapper de l’asile avec trois autres psychopathes qui prennent en otage une jolie infirmière. La petite bande s’engage alors dans une balade sauvage, semant la terreur et la mort partout où ils passent. Le Shérif Hartman, assoiffé de vengeance, se lance à leur poursuite. De cette chasse à l’homme sanglante émergera le tueur à la tronçonneuse et au masque de cuir. 

On a beau entendre continuellement les mêmes reproches à l’encontre du cinéma de genre français, force est de constater qu’il n’est pas si moribond qu’on veut bien le prétendre. De manière certes sporadique, des cinéastes passionnés arrivent à y naître, à le faire vivre et à proposer des œuvres tout à fait décentes qui, si elles n’étaient pas estampillées « films français« , auraient sans doute droit à davantage de considération. Derrière les Aja, les Valette et autre Benjamin Rocher, il y a un tandem chouchou dont personne ne pourra questionner l’amour du genre, ni la légitimité pour y œuvrer : Julien Maury et Alexandre Bustillo. Mais comme bien des cinéastes français se frottant à l’horreur en souffrant des difficultés de production et de reconnaissance rencontrées dans l’Hexagone, le tentation de traverser l’Atlantique était trop forte. Après l’excellent A l’intérieur, le semi-raté Livide puis le mésestimé Aux Yeux de Tous, Maury & Bustillo tentent donc leur première expérience américaine en s’attaquant à un monument du genre : Leatherface. Le duo a toujours clamé qu’il ne ferait le voyage aux Etats-Unis qu’à la condition d’avoir un bon projet à mettre en scène. Si ce Leatherface 2017 avait su trouver grâce à leurs yeux, alors l’excitation pouvait être de mise !

On va éviter tout procès d’intention car on connaît bien le talent des deux gaillards dont l’amour du genre dépasse une simple page internet. Avec eux, au moins Leatherface tombait sous la coupe de vrais passionnés qui le respectent. Toutefois, cela n’empêchait pas de se questionner plus en amont, sur l’intérêt de venir déflorer encore une fois, le mythe de l’homme à la tronçonneuse. Tant de mal a déjà été fait, surtout récemment avec un Texas Chainsaw 3D de sinistre mémoire, véritable furoncle cinématographique qui s’était gaiement amusé à violer le personnage et la saga jadis créée par Kim Henkel et Tobe Hooper. Première mission de la team Bustillo/Maury, faire oublier cet affront encore moins aimable qu’une colique néphrétique. Deuxième mission, essayer de pondre un opus honnête, si possible quelque chose de nature à redorer le blason du légendaire boogeyman. Malheureusement, la marche semblait trop haute. Ou plutôt, disons que le projet semblait doublement foireux. D’abord, parce que le duo de frenchies est tombé dans un bourbier, avec des producteurs peu scrupuleux qui ont massacré leur film en l’amputant de près de 30 minutes. Ensuite, car ce sobrement baptisé Leatherface, qui tente de s’intéresser à la jeunesse de la figure culte de l’horreur, se révèle être non seulement un coup d’épée dans l’eau, mais pire, une nouvelle insulte suprême faite à l’un des plus grands « visages » du genre. Non pas la faute à ses deux réalisateurs, mais plutôt à un script qui tente une direction dans laquelle il va sombrer, et pas qu’un peu.

En nous sortant des cartons une espèce de cavale en mode Tueurs Nés ou The Devil’s Reject avec des tarés psychopathes échappés d’un asile pourchassés par un shérif pas loin d’être aussi sadique que les fous-furieux qu’il traque, ce nouvel opus de la saga Massacre à la Tronçonneuse s’applique à vouloir désacraliser le monstre mutique pour aller chercher l’être humain derrière le masque en peau de chair, en visitant son histoire. L’idée se rapproche ainsi de ce qu’avait tenté de faire Rob Zombie avec sa relecture d’Halloween. Sauf que le scénario pondu par le mécréant Seth Sherwood (un mec qui avait officieusement contribué au bordel qu’était La Chute de Londres) n’a rien de franchement glorieux. Et encore, on est dans l’euphémisme. Ce qu’il ose faire à Leatherface est au mieux, une arnaque, au pire, une marque de mépris impardonnable. Car Leatherface frôle l’usurpation identitaire tant il semble délaisser la figure qu’il est censé mettre en avant. Le film repose entièrement sur un script qui tente de nous raconter quelque chose dont on se contrefout éperdument, avec pour seule idée réelle, un twist de fin censé épater la galerie là où, en réalité, il se vautre dans un sale mélange de ridicule, d’inutile, et de gros doigt d’honneur irrespectueux envers la figure iconique aux millions de fans. Un twist dont on se remet pas tant il est le symbole de l’escroquerie qu’est ce pseudo-thriller multipliant les envolées gores-cradingues purement gratuites, seulement destinées à légitimer l’association à la saga, une fois de plus insultée dans son âme. Foutrement mal construit, enchaînant ses séquences sans aucune cohérence d’écriture et dénué autant de finesse que d’originalité, Leatherface est bel et bien un massacre à la tronçonneuse d’un mythe dont nous n’avons cesse d’être orphelin depuis 1973.

Derrière, Maury et Bustillo tentent de limiter les dégâts en privilégiant l’efficacité au détriment de l’atmosphère, histoire de sauver les meubles. L’approche n’en aurait pas fait pas un mauvais film en soi, plutôt une redite dans la mesure où la plupart des derniers opus avaient déjà pris cette direction. Sauf qu’en dehors de quelques clins d’œil à l’original via des plans miroirs, qui amuseront les plus fins connaisseurs et témoignent de la cinéphilie des deux auteurs, l’effort manque cruellement d’inspiration et le tout est beaucoup trop fonctionnel, bancal et banal, pour séduire. On se demande encore ce qui a pu séduire le duo de frenchies dans cette catastrophe qui n’a de « Leatherface », que le nom d’emprunt.

BANDE ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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