LE TOUT NOUVEAU TESTAMENT de Jaco van Dormael : la critique du film [Sortie Ciné]

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le tout nouveau testamentMondo-mètre
note 7.5 -10
Carte d’identité :
Nom : Le tout nouveau testament
Père : Jaco van Dormael
Date de naissance : 2013
Majorité : 02 septembre 2015
Type : Sortie en salles
Nationalité : Belgique, France
Taille : 1h52 / Poids : 8,5 M$
Genre : Comédie, Fantastique

Livret de famille : Pili Groyne (EA), Benoît Poelvoorde (dieu), Catherine Deneuve (Martine), François Damiens (François), Laura Verlinden (Aurélie), Yolande Moreau (femme de dieu), Serge Larivière (Marc), Didier de Neck (Jean-Claude), Romain Gelin (Willy), Marco Lorenzini (Victor)…

Signes particuliers : L’une des sensations de la dernière Quinzaine des Réalisateurs à Cannes. Le brillant Jaco van Dormael est de retour !

RENCONTRE AVEC LE DIVIN… À BRUXELLES

LA CRITIQUE

Résumé : Dieu existe. Il habite à Bruxelles. Il est odieux avec sa femme et sa fille. On a beaucoup parlé de son fils, mais très peu de sa fille. Sa fille c’est moi. Je m’appelle Ea et j’ai dix ans. Pour me venger j’ai balancé par SMS les dates de décès de tout le monde…2.le_tout_nouveau_testament_7336__c__Climax_Films_Copier_L’INTRO :

Jaco van Dormael, c’est un peu notre Terrence Malick à nous, en Europe. Mais en pire. Non pas que le cinéaste tourne à intervalles espacés, il tourne à intervalles trèèèèès espacés. C’est bien simple, 4 films en quasiment 25 ans de carrière. Ce qui nous donne une moyenne d’un film tous les six ans et demi ! Dire qu’on attend chacun de ses longs-métrages avec impatience serait un euphémisme, surtout que le belge a pris pour habitude de surprendre à chaque fois qu’il refait surface, d’où une œuvre extrêmement hétéroclite où aucun film ne ressemble à un autre. Toto le Héros ne ressemble pas au Huitième Jour, Le Huitième Jour ne ressemble pas à Mr Nobody et aucun des trois ne ressemble au Tout Nouveau Testament, son dernier effort, présenté à la Quinzaine des Réalisateurs au dernier Festival de Cannes. Adulé par la jeune génération qui s’est pris d’un amour inconditionnel pour Mr Nobody, échec commercial devenu étonnamment un film culte par la suite, Jaco van Dormael est donc de retour avec une comédie fantastique au concept passablement délirant (et audacieux, autant dire qu’il va faire grincer des dents les institutions religieuses sans ouverture d’esprit). Dieu existe, il habite à Bruxelles, et c’est un sale type. C’est en ces termes qu’Edouard Waintrop, délégué général de la Quinzaine des réalisateurs, a résumé Le Tout Nouveau Testament, qui réunit un fort casting allant de Catherine Deneuve à François Damiens en passant par Yolande Moreau et Benoît Poelvoorde dans le rôle de Dieu, le belge remplaçant Daniel Auteuil initialement prévu (Dieu merci, si on ose dire).le_tout_nouveau_testament_45L’AVIS :

Si ses films ne se ressemblent pas forcément en apparence, l’œuvre de Jaco van Dormael n’en est pas moins forte d’une cohérence suprême dans les thématiques qui ont jalonné son travail depuis ses débuts. Le cinéaste a toujours aimé, humblement, philosopher sur l’existence et les évènements qui nous construisent. C’était déjà le cas avec Toto le Héros en 1991, c’était le cas, à sa manière, avec Le Huitième Jour, et c’était ouvertement le cœur de Mr Nobody. L’homogénéité de cette carrière passionnante n’est pas prête de s’effondrer puisque avec Le Tout Nouveau Testament, le metteur en scène livre une fois de plus, une fable existentielle et philosophe, à la fois riche, profonde, ambitieuse, drôle, tragique… En somme, la vie sous toutes ses facettes. Non sans une forme de loufoquerie fantastique et espiègle qui plairait sans doute à un Terry Gilliam ou à un Tim Burton, Le Tout Nouveau Testament nous entraîne dans un irréel à l’imaginaire fertile, repensant les concepts de Dieu, de la vie, du destin, de nos trajectoires personnelles, le tout au service d’une comédie dramatique teintée d’onirisme. En artiste de talent qu’il est, et fort d’une maturité extraordinaire dans sa façon de raconter les histoires, Jaco van Dormael couche des notes de poésie mélodieuses sur une partition tragicomique enchanteresse à l’insondable profondeur, Le Tout Nouveau Testament prenant des allures de réflexion universelle d’une subtile magie qui n’a d’égale que son admirable intelligence, dans une délicieuse naïveté philosophique revendiquée comme une déclaration d’amour à la beauté de l’existence.Le tout nouveau testamentLe Tout Nouveau Testament est un délirium burlesque en appelant au surréalisme, à travers lequel le cinéaste compose, et brillamment, affirmant son amour pour le mélange des genres, affirmant son amour pour le cinéma, affichant sa cinéphilie exaltante, injectant beaucoup d’humour soit par des gags efficaces ou des références plus discrètes (au cinéma, à la publicité, à la littérature, à la pop culture, citant autant Jean-Claude Van Damme que La Fureur du Dragon) qui viennent compenser une douceur mélancolique bouleversante. Le plus fabuleux, c’est que le réalisateur parvient à ce résultat sans jamais se montrer donneur de leçon, sans jamais prétendre à prêcher la bonne la parole, sans jamais se révéler ni hautain ni supérieur. Sa musique coule, abreuve nos oreilles, sa poésie enchante notre regard, son inconséquence amusée trouve du répondant dans sa gravité feutrée, sa liberté s’incarne dans un ludique joyeux qui ne déleste jamais d’un sens attaché… Et Le Tout Nouveau Testament d’être une sorte de farce facétieuse revisitant le monde et la spiritualité, avec une douce ironie et une bienveillance candide. De cette gamine (épatante Pili Groyne), fille de Dieu et sœur de JC à ces apôtres de fortune aux vies cabossées, d’une Catherine Deneuve qui tombe amoureuse d’un gorille à un tueur sympathique, d’un clochard attendrissant à cette beauté féminine amputée d’un bras, en passant par une Yolande Moreau qui régale en épouse du Suprême qui ne dit jamais rien, Le Tout Nouveau Testament est un vent de fraîcheur qui offre drôlerie divine et drame lyrique dans une gourmandise vertigineuse. La croisade de cette fillette en révolte contre son père, un Dieu qui aime à martyriser les hommes pour son pur plaisir sadique, est le théâtre d’une rêverie qui n’a de limites que celles qu’elle veut bien se fixer. Un pur régal doublé d’un très grand film, si l’on se donne la peine de creuser un peu derrière ses apparences, auquel Benoît Poelvoorde apporte tout son génie comique, réglé au diapason des sublimes prestations de l’ensemble d’une élégante distribution. On rit, on s’émeut, on divague, on se délecte.

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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