L’AFFAIRE JESSICA FULLER de Michael Winterbottom : la critique du film
Sortie Blu-ray/DVD

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l'affaire jessica fuller dvdnote 1 -5
Nom : Face of an Angel
Père : Michael Winterbottom
Date de naissance : 2014
Majorité : 22 février 2016
Type : Sortie vidéo
Nationalité : Angleterre, Italie…
Taille : 1h40 / Poids : NC
Genre : Drame, Thriller

 

Livret de famille : Daniel Brühl, Kate Beckinsale, Cara Delevingne, Valerio Mastandrea…

Signes particuliers : Michael Winterbottom nous avait habitué à mieux et signe un thriller dramatique naviguant à vue.

DANIEL SE BRÜHL LES AILES

LA CRITIQUE

Résumé : Thomas, un cinéaste en mal d’inspiration, se rend en Italie dans l’espoir de réaliser un documentaire sur un fait divers qui défraye la chronique : l’assassinat d’Elizabeth Pryce, une jeune étudiante. C’est sa colocataire, Jessica Fuller, qui est suspectée du meurtre. Pris dans la frénésie médiatique qui entoure cette affaire, Thomas est assisté de Simone Ford, une journaliste qui a tiré un livre de ses investigations sur le jugement controversé de la jeune étudiante…L_Affaire_Jessica_FullerL’INTRO :

Ce n’est peut-être pas le cinéaste le plus glamour d’Angleterre et pourtant, c’est l’un des fins artisans de sa cinématographie et ce depuis un bon paquet d’années maintenant. De Jude au magnifique 9 Songs, du primé The Road to Guantanamo à l’acclamé The Killer Inside Me, en passant par Welcome to Sarajevo, Un Eté Italien ou A Very Englishman, Michael Winterbottom a presque toujours réussi à séduire. Et si son œuvre pourra paraître inégale, on en retiendra surtout la marque d’un réalisateur touche à tout, qui s’est toujours efforcé de proposer quelque-chose tout au long de sa carrière. Winterbottom est de retour aujourd’hui avec The Face of an Angel, rebaptisé L’Affaire Jessica Fuller pour sa sortie DTV chez nous. Une sorte de drame à mi-chemin du thriller, réunissant Daniel Brühl, Kate Beckinsale ou la très en vogue Cara Delevingne, pour narrer le parcours chaotique d’un réalisateur envoyé en Italie pour y faire les recherches nécessaires à l’écriture d’un scénario de fiction sur une récente affaire criminelle très médiatisée où une jeune femme a été poignardée visiblement par sa colocataire et le compagnon de celle-ci.202734.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxL’AVIS :

L’Affaire Jessica Fuller serait-il le plus mauvais film de Michael Winterbottom à ce jour ? On est en droit de se poser la question tant le cinéaste passe complètement à côté de son sujet, comme s’il ne savait pas vraiment lui-même, comment accorder le fond et la forme de sa sombre plongée psychologique à cheval entre le réalisme et l’onirisme. « A Cheval », c’est en tout cas ce qui caractérisera ce nouvel effort perpétuellement bancal et maladroitement équilibré entre ses intentions et la manière de les concrétiser. D’abord lancé sur les routes d’une sorte de thriller tournant autour d’une enquête sur un crime jugé alors que de nombreuses questions restent en suspens, L’Affaire Jessica Fuller vire ensuite au pari audacieux, celui de reléguer soudainement en arrière-plan son intrigue de départ pour embrasser une autre direction s’essayant au drame méta réfléchissant sur la manière de raconter une histoire via la propre histoire qu’il raconte lui-même. C’est ainsi que Michael Winterbottom délaisse son approche plutôt classique en trompe-l’œil, pour bifurquer vers un exercice plus intimiste, mettant alors en avant un personnage soudainement effrayé non pas par ses découvertes mais par une interrogation profonde sur son travail, qui au passage, réveille en lui de profonds démons artistiques et personnels. Et L’Affaire Jessica Fuller se désormais lorgner vers le drame psychologique sur fond de remise en question torturée et de descente aux enfers dans une Toscane étrange.152746Dans l’absolu, l’idée de cette intrigue à tiroirs aurait pu se révéler intéressante, de sorte à conduire le film vers un résultat davantage de l’ordre du sensoriel teinté d’énigmatique. D’autant que Winterbottom s’applique à clairement indiquer qu’il n’est jamais de vérité dogmatiquement définie dans une histoire, et que tout est une question d’angle d’approche. Mais en appuyant trop fort sur cette volonté éminemment risquée, le metteur en scène finit par basculer du côté d’une œuvre aussi erratique que confuse et insaisissable, perdant sans cesse de vue son et ses histoire(s) à force d’emprunter des chemins bien trop sinueux pour pouvoir être arpentés avec aussi peu de maîtrise générale. A commencer par un scénario profondément nébuleux, jouant en permanence la carte du mystère et des non-dits, au risque de se perdre lui-même, à l’image de son héros complètement aspiré par sa quête cannibalisante. Inutilement sur-écrit et complexifié à l’extrême, L’Affaire Jessica Fuller semble vouloir raconter beaucoup de choses et ne raconte finalement rien de consistant, traversant les genres et ses idées, sans jamais parvenir à s’accrocher à quoique ce soit. C’est là tout le problème pour le spectateur d’ailleurs, qui à son tour, est condamné à voguer dans cette virée biscornue sans aucune forme de balises pour en encadrer le parcours, avant de lâcher prise et de désintéresser de tout.19FACE-master675-v2Globalement ennuyeux, pour ne pas dire soporifique, L’Affaire Jessica Fuller est l’histoire d’un projet sans vision, ou à contrario, peut-être armé d’une vision trop déroutante et dénuée de toute assise ludique pour y déployer son obscur déroulé manquant d’exigence à la hauteur des ambitions en présence. Winterbottom ouvre pourtant des portes intéressantes, mais sa tentative échoue dans les grandes largeurs en s’écrasant sur une falaise infranchissable érigée par son triste manque de clairvoyance et de cohérence, autant que par une écriture et une mise en scène aux abois. Et au final, se dresse sous nos yeux, un espèce d’amas informe cherchant à se glisser dans des interstices mais s’égarant en route. Adapté du roman de Barbie Latza Nadeau sur l’affaire Amanda Knox, L’Affaire Jessica Fuller sombre dans la piètre série B incompréhensible à vouloir faire se tenir plusieurs films en un, le tout sans la moindre homogénéité narrative et artistique. Un étonnant ratage de la part d’un grand cinéaste, dans lequel tout le monde semble perdre pied.

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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