GUILTY OF ROMANCE (critique)

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Carte d’identité :
Nom : Guilty of Romance
Parents : Sono Sion
Livret de famille : Miki Mizuno, Makoto Togashi, Megumi Kagurazaka, Kazuya Kojima, Satoshi Nikaido, Ryûju Kobayashi…
Date de naissance : 2011
Nationalité : Japon
Taille/Poids : 1h53 (version internationale ou 2h24 (version japonaise) – Budget non connu

Signes particuliers (+) : Envoutant, magistral, dérangeant, excessif, troublant, radical, stylisé, une brillante vision de la dualité de la société japonaise.

Signes particuliers (-) : Un univers particulier qui pourrait en rebuter certains.

ATTENDS SION, GRAND FILM !

Résumé : Izumi est mariée à un célèbre écrivain avec lequel elle entretient un mariage chaste et pur jusqu’à l’excès. Pour contourner l’ennui de ses longues journées, elle décide de trouver un travail pour s’occuper. Se faisant embobinée par une femme lui proposant un boulot de modèle, elle se retrouve naïvement dans l’industrie de la photo et du film érotique. Mais Izumi va y prendre plaisir et va progressivement glisser dans la dépravation totale, faisant l’amour avec le premier venu, les faisant même payer, tout en gardant son image d’épouse idéale, pure et soumise à la maison. Dans le même temps, la police enquête sur deux cadavres atrocement mutilés et découverts dans des endroits sordides…

Cinéaste marginal et underground dans le paysage artistique japonais, Sono Sion, l’auteur des excellents Suicide Club ou Strange Circus est de retour avec une nouvelle œuvre fantasque, dénotant complètement avec un cinéma dont il fait parti des trublions, à sa manière. Trublion controversé car Sion est un cinéaste iconoclaste, osant, montrant, dévoilant le refoulé avec crudité, traitant de sujets comme la perversité, la déchéance, la folie, tout ça avec un style bien à lui. Différent dans l’originalité d’un Takashi Miike, autre garnement du paysage cinématographique japonais, Sono Sion se voudrait plus une sorte de Kim Ki-Duk trash et moins conventionnel, abordant des questions douloureuses, délicates, glauques et dures, dans un mélange de sérieux solennel et de décalage stylistique.

Guilty of Romance, dernière œuvre du cinéaste, s’attache à longue déchéance d’une femme coincée entre deux vies, entre deux représentations d’elle-même, entre un côté sérieux, chaste et pur, et la découverte d’un monde sombre, torturé, noir. Le choc de ces vies ne va forcément pas rester sans conséquence. D’une part, Azumi est une épouse parfaite, vivant une relation étrange avec son mari, à la limite du platonique. Une relation de soumission totale telle une parfaite petite épouse préparant les chaussons de son mari devant la porte d’entrée, restant près de lui à genoux afin de recevoir les compliments sur la perfection de son thé ou de son repas. Mais cette vie, sorte de caricature critique du traditionalisme à la japonaise, ne la satisfait pas. Se sentant inutile, voyant les journées formatées, semblables les unes aux autres, passer et s’enchaîner avec une mécanique récurrente, Azumi va tenter de s’extraire et de chercher davantage, plus loin, au-delà, dans les méandres du chaos soulevant le voile sur la dichotomie qui caractérise toute la société japonaise, à cheval entre modernité trash-dépravée et traditionalisme imprégné. Son respect extrême pour son mari va la mener à entamer une double vie qui n’aura rien de déviante. Démonstratrice dans un magasin, elle redevient l’épouse parfaite dans un certain idéal, le soir venu. Mais sa facette trouble enfouie ne ressort pas, la satisfaction n’est pas au rendez-vous. Dès lors, la proposition de devenir modèle lui semble être une meilleure solution. C’est sous cette impulsion qu’elle fonce naïvement dans ce « traquenard » où, de modèle, elle va se retrouver dans l’industrie du « charme », de l’érotisme. Gênée, elle qui incarne la pureté la plus religieusement extrême qui soit, Azumi va découvrir un autre monde possible, celui du sexe, du plaisir, de la transgression, de l’explosion du carcan de l’image idyllique, des pulsions. Et c’est dans cette nouvelle vie libérée et fantasmée qu’Azumi va se plonger avec une ivresse malsaine jusqu’à s’acharner à briser de tous les tabous possibles dans un mélange de pudeur exprimée et de découverte jouissive de nouveaux horizons.

Brillamment construit mettant en parallèle une enquête policière et cette sordide histoire sans chercher le suspens tant on comprend finalement assez vite où tout cela nous mène, Sono Sion déroule cette déchéance tout en en indiquant quasiment la finalité pour mieux explorer la trajectoire de son personnage plutôt que le jeu de devinette de où tout cela va la mener. Hommage à la femme, film féministe extrême, le parcours douloureux évoqué mêle récit d’une libération décomplexée et observation affreuse d’une chute dans les abîmes de la dépravation sans jamais juger ou émettre une quelconque critique de son personnage, au contraire… Dérangeant au possible, ne refusant jamais le recours au gore ou à la nudité totale, Sion hypnotise le spectateur par une œuvre à la fois philosophique, poétique, littéraire et pourtant très cinématographique et esthétique. Dénonçant le conformiste, l’immobilisme, les conventions sociales et l’archaïsme de la société en matière de libéralisation, de vision de l’homme, de la femme et de leurs rapports, Sono Sion livre une fois n’est pas coutume, une œuvre puissante, marquante et traumatisante, le tout dans un style résolument baroque et chargé tant visuellement qu’émotionnellement ou psychologiquement.

Excessif et troublant, Guilty of Romance est une puissante parabole de la société japonaise aux deux visages et pourra rebuter comme happer. Tout dépendra. Mais c’est clairement l’exemple typique d’un autre cinéma, différent et radical. A l’instar de cinéastes tous très différents les uns des autres comme Jodorowsky, Miike, Ken Russel, Grandrieux, Carax et bien d’autres, Sono Sion fait partie de ces metteurs en scène aux univers très particuliers mais face auxquels on peut prendre un plaisir hallucinogène à condition d’y entrer…

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