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GLASS : Rencontre avec James McAvoy et M. Night Shyamalan

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A l’occasion de la sortie du film Glass, nous avons pu rencontrer le réalisateur M. Night Shyamalan et l’acteur James McAvoy de passage à Paris pour la promotion de cette suite à Incassable et Split.

Synopsis : Peu de temps après les événements relatés dans Split, David Dunn – l’homme incassable – poursuit sa traque de La Bête, surnom donné à Kevin Crumb depuis qu’on le sait capable d’endosser 23 personnalités différentes. De son côté, le mystérieux homme souffrant du syndrome des os de verre Elijah Price suscite à nouveau l’intérêt des forces de l’ordre en affirmant détenir des informations capitales sur les deux hommes…

LE 16 JANVIER AU CINÉMA

La célèbre apparition de Bruce Willis à la fin du générique de Split revenait-elle à dire que Glass était déjà planifié à l’époque, financé et prêt à être tourné ?

M. Night Shyamalan : Ça s’est passé étape par étape. Avec Split, on a voulu faire avant tout un thriller qui fonctionnait. Je voulais que ce soit un film qui fonctionnait tout seul, par et pour lui-même. Et puis j’ai demandé l’autorisation à Disney pour qu’ils me permettent d’utiliser ce personnage incarné par Bruce Willis à la fin du film (Split était un film produit par Universal mais pas Incassable dont les droits appartiennent à Disney – ndlr). J’ai été étonné qu’ils acceptent car c’était pour un film produit par Universal, un studio concurrent. Mais ils m’ont donné l’autorisation. Ce Ok de Disney m’a également permis d’envisager la suite. Cela dit, avant la sortie de Split, je n’avais rien écrit car je me disais que si Split ne marchait pas en salles, il n’y aurait pas de suite. Une fois que Split est sorti et qu’il a marché en salles, il a fallu demander l’autorisation aux deux studios, Universal et Disney car chacun sont propriétaires à 100% des deux films, Universal pour Split et Disney pour Incassable. J’ai donc demandé la permission aux deux en leur expliquant que je voulais le financer et le produire le film moi-même mais qu’ils pourraient le distribuer eux. Ils m’ont dit Ok à tout. C’est ça qui a tout déclenché.

James, que saviez-vous du projet de M. Night Shyamalan à ce moment-là ?

James McAvoy : Je ne savais que très peu de choses du projet quand on a commencé à préparer Glass. Quand on a fait Split, j’avais trouvé dans le scénario une petite référence à Incassable mais j’ai pensé que M. Night se faisait juste de l’auto-référence. Puis en faisant des répétitions pour Split, j’ai commencé à comprendre qu’il y avait vraiment des liens mais je ne comprenais pas tout. J’ai fait semblant de comprendre mais non en fait. Puis on en a parlé ensemble et M. Night m’a confirmé qu’il y avait effectivement la possibilité de tourner Glass. Après, en tant qu’acteur, il y a tellement de projet comme ça dont j’entends parler et qui ne se font pas donc j’écoute souvent que d’une oreille ce genre de choses. En tout cas, j’ai vu cette belle promesse devenir petit à petit, étape par étape, une réalité concrète. Et c’est merveilleux de voir que tout ce qui devait être surmontés pour que Glass existe, a été surmonté.

Sur les nombreux personnages que vous interprétez, quel est votre préféré ?

James McAvoy : Dans Split, la personnalité que j’ai préféré jouer était Patricia, mais dans Glass, je dirai plutôt Hedwig, le gamin de neuf ans. Mais sinon, j’ai un petit faible pour un micro-personnage, c’est celui du narrateur qui raconte toute sa vie à la troisième personne.

Il y a quelque chose qui est un peu teasé dans Glass, est-ce que vous pouvez nous en dire quelques mots ?

M. Night Shyamalan : Je crois que j’aime les films qui sont incomplets, les films qui laissent le public terminer l’histoire pour eux quand ils sortent de la salle et remplir les trous. Ce dont vous me parlez relève de ça. Mais en ce qui me concerne, je pense que j’en ai fini avec ces personnages. Il est temps que je passe à autre chose.

Parmi les séquences les plus fortes de Glass, il y a deux scènes qui viennent du film Incassable. D’abord, une scène entre Bruce Willis et son fils et la scène du train. Saviez-vous très en amont que vous alliez utiliser des images d’Incassable dans Glass ?

M. Night Shyamalan : Alors oui, je le savais dès l’écriture. Il y en avait même une troisième que je voulais utiliser quand j’ai écrit le scénario, une troisième scène qui avait été coupée du montage d’Incassable où Bruce parle avec un prêtre. Il questionne le prêtre sur ce qu’il s’est passé. le prêtre lui dit qu’il a peut-être juste eu de la chance et Bruce Willis ne comprend pas. Il est le seul survivant donc ça a forcément une signification. Et le prêtre lui répond qu’il a un neveu qui était dans le train et qui est mort la nuque brisée. Le prêtre lui lance donc « Vous voudriez me dire que VOUS êtes l’élu ? » avant de fondre en larmes. Cette scène que je voulais inclure était magnifique mais très dramatique et au dernier moment, j’ai décidé de la retirer du montage de Glass car dans un thriller, il faut avancer selon les lois du thriller. C’était impossible de la garder car elle ne marchait pas dans le rythme du thriller.

Avez-vous déjà eu l’angoisse de la page blanche ou avez-vous toujours plusieurs scénarios d’avance ?

M. Night Shyamalan : L’angoisse de la page blanche est quelque chose qui me stimule énormément. Quand je vais rentrer de cette tournée promotionnelle, que le film soit un succès ou un échec, je vais réagir et me mettre au travail. Je sais toujours ce que j’ai envie d’écriture, je sais que ce sera un sujet proche de moi mais je n’ai pas tous les aspects de ce que je vais faire. Rien ne m’oblige à écrire un scénario quand je commence à le faire mais oui, j’ai un peu peur de ne pas y arriver et j’essaie de me forcer, je force les idées à venir. Donc dans quelques jours, clairement, cette angoisse de la page blanche va être là. Mais j’ai une théorie à propos de ça. Je me dis toujours que quand je suis face à elle, si je n’arrive pas à en sortir, je cherche des idées sans liens communs, pas forcément une histoire. Je pense par exemple à une femme qui fait ceci ou cela, je pense à un arbre, à une ombre près de l’arbre. Hier par exemple, j’étais dans ma chambre d’hôtel et j’ai commencé à écrire que j’aimerai tourner un film avec des mouvements de caméra extrêmement précis, comme dans Rashomon de Kurosawa. Et tant que j’aurai pas réussi à mettre de l’ordre dans ces éléments, je ne serai pas en paix. Vous savez, je pense à un parallèle avec les femmes. Une femme très accessible où il n’y a rien à faire, on laisse souvent tomber car c’est acquis trop facilement. Par contre, une femme qui vous résiste, ça passionne, on a envie de la séduire, d’essayer. C’est pareil pour les films. Une idée qui vient tout de suite et qui fonctionne, je laisse souvent tomber. Ca m’intéresse moins qu’une idée qui n’est pas évidente à faire fonctionner ?

James, est-ce plus difficile de jouer la Bête qui est une représentation de l’hyper-virilité ou de jouer une femme ?

James McAvoy : Je dois dire que c’est la Bête qui a été le plus difficile à interpréter. Patricia, c’est venu assez naturellement dès le film précédent. Elle est un peu comme une bonne sœur qui bouillonne de sensualité à l’intérieur. Même si on la voit peu dans Glass, elle est là avec ses frustrations comiques mais elle était déjà là dans Split donc je savais quoi faire. La Bête en revanche, ça a été plus compliqué à trouver. Il fallait arriver à faire en sorte que ce personnage ait un côté extraterrestre et en même temps, normal, plausible. Le danger avec ce genre de personnage est de surjouer et de mal jouer. Il a fallu le construire avec sincérité.

M. Night, vous êtes un grand fan de sport, comment pourriez-vous comparer des super-héros de Comics à des super-champions de haut-niveau dans le sport ?

M. Night Shyamalan : C’est intéressant car je parle souvent avec des joueurs de basket ou de football américain, parfois même des entraîneurs m’ont demandé de venir parler à leurs joueurs. Je leur dis souvent que quand il agite leur maillot après avoir marqué, ils agissent un peu comme des super-héros alors qu’en fait, ils ne font qu’accomplir ce pour quoi ils se sont entraînés. Je leur dis souvent de ne jamais penser qu’ils sont géniaux car ils ont marqué 30 points en basket ou autre. Parce qu’ils n’ont fait qu’accomplir ce pour quoi ils se sont entraînés, c’est tout. Le super-héros est plus dans le « je suis ». C’est ça dans la différence. Cela dit, on peut tous avoir le sentiment d’être un super-héros dans notre mentalité, en ayant accompli quelque chose d’extraordinaire.

Votre film est-il plus un thriller ou un film de super-héros et auquel cas, est-ce une critique de notre société où tout le monde se voit un peu comme un super-héros ?

M. Night Shyamalan : Ce que j’aime, c’est raconter des histoires par le suspens. C’est mon truc, la narration et la mettre en scène en jouant la carte du suspens. Donc pour répondre à votre question, je dirai que c’est davantage un thriller.

Propos recueillis et traduits par Nicolas Rieux

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