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THE FRONT RUNNER de Jason Reitman : la critique du film

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La Mondo-Note :

Carte d’identité :
Nom : The Front Runner
Père : Jason Reitman
Date de naissance : 2018
Majorité : 16 janvier 2019
Type : Sortie en salles
Nationalité : USA
Taille : 1h54 / Poids : NC
Genre : Drame, Biopic

Livret de famille : Hugh Jackman, Vera Farmiga, J.K. Simmons…

Signes particuliers : Un film dont l’histoire souffre du poids de tout ce qu’il s’est passé depuis cette époque révolue.

AUTRE TEMPS, AUTRES MŒURS…

LA CRITIQUE DE THE FRONT RUNNER

Synopsis : L’histoire vraie de Gary Hart, un jeune sénateur promis au plus bel avenir, idole des votants américains et favori pour l’investiture Démocrate de l’élection présidentielle de 1988. Une ascension fulgurante qui fut brutalement stoppée par la révélation d’une liaison scandaleuse avec Donna Rice. Pour la première fois de l’histoire, le journalisme politique et la presse à scandale se rejoignaient, et ont provoqué la chute d’un homme politique. Ces événements ont profondément et durablement marqué la scène politique américaine et internationale.

1988, Gary Hart est un jeune sénateur talentueux promis à être le prochain président des États-Unis. Lancé dans la course à l’investiture démocrate, il domine très largement les débats et fait la course en tête (le « front runner » en anglais). Jusqu’à ce que tout explose en trois petites semaines lorsque des journalistes du Miami Herald découvrent une liaison supposée avec un mannequin. The Front Runner, nouveau long-métrage de Jason Reitman moins d’un an après Tully, porte à l’écran cette « petite » histoire qui a eu de « grandes » répercussions sur la politique américaine puisque l’un de ses éléments les plus prometteurs a vu sa course stoppée net. Gary Hart aurait-il changé l’histoire des Etats-Unis avec ses idées novatrices et sa volonté de changement ? On ne le saura jamais mais la question n’est pas là…

Emmené par un Hugh Jackman plus que convaincant, The Front Runner prend le contrepied d’un genre dont le cinéma américain a toujours été très friand : le thriller journalistique. Des Hommes du Président à Pentagon Papers en passant par Good Night and Good Luck ou Truth, Hollywood a toujours été très client de ces films d’investigation suivant une enquête visant à mettre au grand jour un scandale de la politique américaine. Mais là où Reitman innove, c’est qu’il ne se positionne pas du côté des journalistes enquêteurs mais du côté du politique inquiété. The Front Runner dresse le portrait d’un homme qui va tout perdre pour une erreur, et observe à travers lui une époque changeante où désormais, le journalisme politique perdait de son intégrité pour entrer dans l’ère du gossip médiocre. Mais la plus grande originalité et ambivalence du film, c’est que The Front Runner est à la fois très intéressant et un brin ennuyeux pour exactement les mêmes raisons : ce que raconte son histoire.

Tout au long du film, on se dit que quelque chose de « plus gros » va arriver pour justifier pareille histoire, quelque chose de plus grave qu’une simple « liaison extraconjugale » pour justifier la cabale journalistique qui a irrémédiablement détruit la carrière de Gary Hart, et surtout pour justifier le fait d’en faire un long-métrage. Mais non. The Front Runner va passer deux heures sur un homme pour qui tout s’est effondré en raison d’une simple aventure sentimentale. Sur la forme, on finit par ressentir une certaine déception tant la banalité de la chose ne correspond pas à la folie qu’elle a provoqué. Et le film de paraître bien pâle et un peu vieillot pour notre époque avec son histoire d’un autre temps manquant de « sensationnalisme » pour que l’on arrive à s’en passionner. Rappelons que huit ans après l’affaire Gary Hart, Bill Clinton se faisait tailler des pipes dans le bureau ovale de la Maison Blanche par Monica Lewinsky et aujourd’hui, Donald Trump a payé pour acheter le silence d’une star du porno avec qui il a couché. En France, on a eu un Président en exercice qui s’est fait choper alors qu’il rejoingnait sa maîtresse en scooter au milieu de la nuit, et en Italie, Berlusconi a empilé les casseroles dont une relation sexuelle avec une mineure lors d’une soirée copieusement arrosée. Au regard de ce que l’on a connu depuis, l’intérêt de l’histoire de The Front Runner fond comme un glaçon dans un verre de Suze car autant dire que la « pauvre » aventure extraconjugale de Gary Hart manque cruellement de piquant vu de notre époque, et le film en pâtît…

Sauf que dans le même temps, c’est ironiquement cette étonnante banalité du récit narré qui donne au film toute la pertinence de son propos. En filigrane de cette histoire vraie, le film de Jason Reitman en appelle à mesurer et analyser à quel point les temps ont changé en seulement quelques années. A quel le journalisme poubelle a tellement explosé que le seuil de tolérance de l’opinion publique face aux scandales a été sacrément relevé. En 1988, une simple relation extraconjugale supposée a pu détruire une carrière politique. Impensable de nos jours. Et non pas parce que le journalisme politique a retrouvé un peu de sa respectabilité (bien au contraire puisqu’il n’a jamais été plus « poubelle ») mais parce qu’il en faut beaucoup plus pour choquer, genre un viol dans une chambre de Novotel façon DSK. Sous cet éclairage, The Front Runner est intéressant dans sa remise en perspective et pour le commentaire qu’il dessine tant sur l’évolution du journalisme que sur l’évolution des mœurs.


BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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