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LA FAMILIA de Gustavo Rondón Córdova : la critique du film

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La Mondo-Note :

Carte d’identité :
Nom : La Familia
Père : Gustavo Rondon Cordova
Date de naissance : 2018
Majorité : 10 avril 2019
Type : Sortie en salles
Nationalité : Venezuela
Taille : 1h22 / Poids : NC
Genre : Drame

Livret de famille : Giovanny García, Reggie Reyes, Kirvin Barrios…

Signes particuliers : Un premier long-métrage prometteur.

UNE CAVALE PÈRE-FILS

LA CRITIQUE DE LA FAMILIA

Synopsis : Pedro, 12 ans, erre avec ses amis dans les rues violentes d’une banlieue ouvrière de Caracas. Quand il blesse gravement un garçon du quartier lors d’un jeu de confrontation, son père, Andrés, le force à prendre la fuite avec lui pour se cacher. Andrés découvre son incapacité à contrôler son fils adolescent mais cette nouvelle situation rapprochera père et fils comme jamais auparavant.

Applaudi à la Semaine de la Critique il y a deux ans, La Familia a mis du temps à sortir chez nous en raison de la faillite du distributeur qui devait s’en charger. Grâce à un nouveau partenaire de distribution, le film pointe le bout de son nez en décalé, mais on ne va pas se plaindre de pouvoir découvrir ce premier long-métrage du vénézuélien Gustavo Rondón Córdova, nouveau venu sur la scène cinématographique sud-américaine dont on sera probablement amené à reparler. Car si La Familia n’est pas exempt de tout reproche, Córdova prouve qu’il est un auteur à suivre, qu’il a des choses et qu’il sait les dire avec la manière.

On parle souvent de la violence qui règne dans les quartiers déshérités du Brésil ou du Mexique et qui gangrène les enfances de tout un tas de gamin errant dans les rues en absorbant ce langage comme un style de vie. Le cinéma s’en est souvent fait l’écho, ne serait-ce qu’avec le culte La Cité de Dieu et tous ses rejetons. Córdova met en lumière cette même problématique mais dans son Venezuela natal, plus particulièrement dans les bas-fonds de Caracas qui jouxtent les favelas. Dans La Familia, c’est justement l’embrouille entre deux gosses qui va être le déclencheur du drame social que nous propose le cinéaste. Lors d’une petite bagarre et parce qu’on voulait lui voler son téléphone portable, Pedro tue accidentellement un gamin descendu des favélas. Craignant les représailles, son père ne réfléchit pas. Il prend son fils et fuit. Pour le gamin, inconscient et frondeur, son père est un faible qui a peur. Pour ce père désespéré, l’honneur n’a aucune importance, seule la vie de son fils compte. L’atmosphère de confrontation va progressivement laisser place à autre chose. A travers le récit d’une fuite pour échapper à un funeste destin, La Familia explore surtout une histoire d’amour filial, une histoire de reconnexion entre un père et son fils, une histoire d’amour. On y admire la sobriété dont fait preuve Córdova, qui s’exprime dans une épure laissant le cœur du film à vif, jamais recouvert par de grosses ficelles mélodramatiques ou par les artifices habituels du genre. Ici, seule compte la pureté du propos de fond abordé avec un regard réaliste et intimiste, sans recours au spectaculaire ou au mélo. Córdova se concentre sur son enchevêtrement de thèmes, une radiographie du Venezuela, la dangerosité du pays, la crise économique, la violence infantile, le déterminisme social, l’amour filial, l’éducation par le travail… En somme, il reste incessamment focalisé sur son point de rencontre entre une histoire personnelle mais emblématique, qui s’agite devant une toile de fond générale peignant un portrait sans concession du Venezuela d’aujourd’hui. Autant de thèmes qui se croisent sans jamais se parasiter et qui s’épousent les uns les autres avec grâce dans un film simple sur la forme mais riche dans le fond. Tout est fluide, les idées s’emboîtent, rien ne paraît forcé, preuve d’une écriture aussi subtile qu’intelligente et délicate. Dommage que le film tourne parfois un peu en rond et n’a pas toujours les idées pour se réinventer en cours de route, mais La Familia reste une œuvre coup de poing, portée par de fabuleux comédiens.

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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