CELUI PAR QUI LE SCANDALE ARRIVE (critique – drame)

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Celui-par-qui-le-scandale-arrive-20110314121701Mondo-mètre :
note 8
Carte d’identité :
Nom : Home from the Hill
Père : Vincente Minnelli
Livret de famille : Robert Mitchum (Wade), George Hamilton (Theron), George Peppard (Rafe), Laura Pattern (Libby), Eleanor Parker (Hannah), Everett Sloane (Albert)…
Date de naissance : 1960 (sortie mai 1961)
Nationalité : Etats-Unis
Taille/Poids : 2h20 – Budget NC

Signes particuliers (+) : Une fresque familiale dramatique que Minnelli transforme en un intense opéra tragique où les sentiments violents se mêlent à une tension croissante laissant présager le pire dans une atmosphère soumise à prochaine implosion. Un drame très sombre pour l’époque, déconstruisant les canons traditionnels de la cellule familiale type américaine, avec un furieux parfum de complexe oedipien.

Signes particuliers (-) : x

 

TRAGÉDIE SUFFOCANTE AU TEXAS

Résumé : Dans une petite ville du Texas, le drame sommeille dans la famille du Capitaine Wade Hunnicutt, puissant propriétaire terrien local égoïste et coureur de jupons invétéré, qui tyrannise sa famille entre une femme qui ne partage plus son lit, écoeurée par ses tromperies répétées, un fils chétif auquel il ne s’est jamais vraiment intéressé et un autre, enfant bâtard qu’il n’a jamais reconnu et qui pourtant ne demande que son amour…

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L’INTRO :

En 1960, le cinéaste italo-américain Vincente Minnelli s’empare du roman de William Humphrey, L’Adieu au Chasseur, pour en tirer un grand mélodrame emprunt de tragédie, déconstruisant et égratignant la cellule familiale traditionnelle et le modèle américain. Le cinéaste qui compte déjà pas mal de chefs d’œuvre à son actif, est un habitué du drame dur et torturé, en marge des belles histoires hollywoodiennes de l’époque. Pour un léger Brigadoon, un sombre Les Ensorcelés, pour un dansant Tous en Scène ou Un Américain à Paris, un noir Comme un Torrent. Surtout, Minnelli aime les histoires conflictuelles, les drames amoureux perturbés, les tragédies complexes, les triangles mettant aux prises des personnages piégés dans des situations inextricables. Non, il n’était pas seulement ce cinéaste aux comédies musicales pimpantes et colorées. Pour ce nouveau film aux furieux accents de grande littérature américaine, peut-être son plus violent moralement, Minnelli fera face à un terrible échec. Le film sera très mal accueilli, aussi bien aux Etats-Unis qu’ailleurs y compris en France. Certains lui reprocheront son ennui profond là où d’autres tiqueront sur la trahison au roman d’origine. En effet, avec ses scénaristes, le cinéaste prendra de considérables libertés par rapport à l’écrit de William Humphrey, allant jusqu’à rajouter un personnage fondamental dans son intrigue, qui n’existait pas à la base. Mais c’est parfois dans la transgression que l’on magnifie les choses.

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Côté casting, le cinéaste en appelle à l’éternel désabusé Robert Mitchum, imposante figure charismatique du cinéma américain et choix presque idéal pour personnifier le rôle de Wade Hunnicutt, propriétaire terrien respecté et dur et coureur de jupons invétéré. Un anti-héros troublant, à la fois glaçant et pourtant auquel on parvient à s’attacher. Face à lui, la plus méconnue Eleanor Parker (qui a quand même tourné pour les plus grands, de Capra à Preminger en passant par Walsh, Sturges ou Wyler) incarnera sa femme, sorte de martyr et figure maternelle majeure dans ce drame théâtral comptant finalement peu de protagonistes. Puis viennent les deux fils, deux jeunes acteurs aux balbutiements de leurs carrières. Rafe (le rajout du scénario) est le fils viril, digne, mais aussi un bâtard, le produit d’une énième infidélité et jamais reconnu par son « père ». Le rôle est confié à George Peppard, pur produit de l’actor’s studio (et sorte d’ersatz d’un James Dean version Géant) et dont c’est le troisième film, le premier où il tient un rôle aussi important. Theron est lui davantage le fils à sa mère, couvé, chétif, maladroit. Il est joué par George Hamilton qui joue lui aussi, dans son troisième long-métrage, le premier de cette importance. Autour de cette cellule familiale atypique et à plus forte raison dans le cinéma de l’époque, gravitent quelques seconds rôles dont la jeune Luana Pattern, ex-enfant star de chez Disney, vue dans La Mélodie du Sud et qui prendra d’ailleurs sa « retraite » une poignée d’années plus tard. Elle incarne Libby, belle jeune femme douce et pure mais qui sera pris dans un engrenage amoureux qui laissera des traces.

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L’AVIS :

Pour son époque, Celui par qui le Scandale arrive est étonnant. Cette fresque familiale comme seul Hollywood savait les produire, marque par la noirceur de son récit désespéré, véritable tragédie oedipienne dont aucun des personnages ne ressortira indemne. C’est essentiellement une histoire de conflits, de rancoeurs, de mensonges et de secrets qui, explosant au visage de ses acteurs, déclenchera des torrents dramatiques incontrôlés, alors que la basse mesquinerie et le pitoyable colportage viendront renforcer la pression déjà existante aux sources mêmes du récit avant qu’il n’explose dans un cruel dernier acte. On peut-être d’emblée surpris par le contrepied que prend Minnelli par rapport aux canons de l’époque, aux codes et conventions classiques, que ce soit dans la construction des personnages, de la cellule familiale type, ou dans les thématiques abordées par le récit. eleanor-parker-home-from-the-hill-1960-pic-1Infidélité notoire, enfant bâtard, rivalité, vengeance, égoïsme, guerre insidieuse entre un homme et sa femme, conflit prenant les enfants en otage, héros tourmentés… Plus la narration avance, plus les mailles du drame se nouent inextricablement et leur resserrement étouffe les protagonistes de cette tragédie en les prenant à la gorge. Minnelli arrive à distiller une telle tension palpable et croissante que l’on pressent d’avance qu’une issue en happy end est impossible. Et son simple drame dans une petite ville texane du sud de l’Amérique de se transformer progressivement en un puissant opéra lyrico-dramatique, magnifié par les envolées tragiques qui le traversent et l’éventrent. Il se dégage de tout cela une impression de puissance, de perfection de l’art de la narration et de la mise en scène au service d’une œuvre magistrale. Minnelli accouche d’un chef d’œuvre incompris, que certains ont eu qualifié de mauvais cinéma mais qui était au contraire une page de l’histoire du septième art qui s’écrivait. La flamboyante opératique, le récit ou plutôt les récits initiatiques qui s’entrechoquent dans leurs trajectoires, la violence avec laquelle les bonnes mœurs sont égratignées et les sentiments décuplés, le respect des personnages montrés sans détour sous leur jour le plus sincère et dans le temps sans jamais de pointe de jugement amer, la place importante accordée à la chasse (qui donne lieu à des séquences étourdissantes de grandeur) comme métaphore de la violence de ce qui se prépare, oui, Celui par qui le Scandale arrive est un film immense, d’une grande profondeur et richesse glorifiant ce cinéma d’antan qui n’a rien de comparable avec une imposante majorité de ce qui se fait aujourd’hui.

Bande-annonce :

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