BLUE RUIN de Jeremy Saulnier
Critique -avant-première (thriller dramatique)

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311213.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxMondo-mètre
note 6.5
Carte d’identité :
Nom : Blue Ruin
Père : Jeremy Saulnier
Livret de famille : Macon Blair (Dwight), Devin Ratray (Ben), Amy Hargreaves (Sam), Kevin Kolack (Teddy), Eve Plumb (Chris), David W. Thompson (William), Brent Wezner (Carl), Stacy Rock (Hope)…
Date de naissance : 2013
Majorité : 09 juillet 2014 (en salles)
Nationalité : USA
Taille : 1h32
Poids : Budget de 420 000 $

Signes particuliers : Quelque part entre le polar, le thriller, la comédie noire et le drame, un film de vengeance saisissant et empli d’une fraîcheur salvatrice. Blue Ruin est aussi tragique qu’il n’est violent et fort.

 

RÈGLEMENTS DE COMPTE EN VIRGINIE

LA CRITIQUE

Résumé : Un vagabond solitaire voit sa vie bouleversée lorsqu’il retourne à sa maison d’enfance pour accomplir une vieille vengeance. Se faisant assassin amateur, il est entraîné dans un conflit brutal pour protéger sa famille qui lui est étrangère.555916.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx L’INTRO :

Si déjà son premier long-métrage, la comédie horrifique Murder Party, s’était payé une bonne visibilité dans une brochette de festivals de genre, il ne restera qu’un strapontin avant la consécration. Blue Ruin marque clairement l’envol d’un talent en devenir : le jeune cinéaste américain Jeremy Saulnier. Produit avec un micro-budget complété via un appel à participation du public sur le site Kickstater, Blue Ruin est un thriller dramatique et violent, ne pouvant trahir son appartenance à un cinéma indépendant séduisant pour les jury de festivals. Remarqué de Toronto à Sundance en passant par Locarno, puis de Deauville à Cannes (dont il repartira avec le prix Fipresci), Blue Ruin tourne à l’économie, préférant en tout point, la qualité à la quantité. Court sur pattes pour le registre (1h32), ce récit de vengeance est avant tout un drame intense mûri dans la réflexion née d’un regard sur la sauvagerie de l’Amérique moderne.560291.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx

L’AVIS :

Ambiance lourde et mélancolique, parfum de chaos nihiliste d’à propos, évolution rugueuse et racée, un comédien (extraordinaire Maicon Blair) magnifiquement habité par son personnage de vagabond solitaire embarqué dans un conflit vengeur brutal, une mise en scène extrêmement maîtrisée et formellement somptueuse et des codes détournés qui se refusent au manichéisme, Blue Ruin n’est pas forcément un film des plus faciles d’accès mais cachant en son sein, une forme de fascination envoutante. Un chemin de traverse pour dire soporifique, diront certains, mais reste que voilà un film singulier dans sa forme et son fond, même s’il ne renouvelle pas fondamentalement les figures du genre. En tout cas, une œuvre qui n’est pas sans nous rappeler un certain Sang pour Sang, classique de 1984 signé des Frères Coen.545915.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx Jeremy Saulnier prend à bras le corps une histoire ancrée dans les ravages tragiquement fous de l’abandon à la spirale infernale de la loi du Talion. Commençant comme un drame familial mystérieux teinté de notes d’humour salvatrices pour alléger sa noirceur dominante, Blue Ruin vire au revenge movie peu classique, s’embarquant dans une échappée anti-linéaire sans cesse surprenante où les figures iconiques s’inversent, tour à tour victimes ou bourreaux, empathiques ou coupables, bonnes ou mauvaises. La violence de l’affrontement familial narré, transforme ce qui aurait pu être une tragédie grecque ou shakespearienne, en un western urbain sauvage et aride comme le désert. Et le fin fond de la Virginie y devient par extension, le reflet d’une Amérique au portrait peu glorieux, les armes ayant remplacé le dialogue, le jeu de massacre ayant balayé la raison d’une résolution civilisée des conflits. La parabole est aussi terrible que ne peut l’être ce thriller qui prend son temps pour s’avérer efficace, après nous avoir enjoint dans une direction qui se complexifie au fur et à mesure que les tenants et les aboutissants de cette horrifiante histoire se dessinent.552166.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx

Si Blue Ruin peut briller par son génie en faisant une semi-claque magistrale de radicalité frontale, l’effort de Jeremy Saulnier n’est pas exempt de défauts, associés pour la plupart à un manque de moyens évidents. Son manque d’épaisseur et de consistance narrative conduit finalement Blue Ruin à aller droit vers son but un tantinet moralisateur, sans étoffer son cheminement. Des imperfections qui lui barrent la route du chef d’œuvre mais qui ne viennent pas non plus effacer la modeste grandeur d’un film tout en nuance, corrosif et rugueux, taillé dans l’os avec de brusques coups de couteau imprévisibles.

Bande-annonce :

Par Nicolas Rieux

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