BIG BAD WOLVES de Aharon Keshales et Navot Papushado
Critique – avant-première (thriller)

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big bad wolvesMondo-mètre
note 6
Carte d’identité :
Nom : Big Bad Wolves
Père(s) : Aharon Keshales et Navot Papushado
Livret de famille : Lior Ashkenazi (Miki), Rotem Keinan (Dror), Tzahi Grad (Gidi), Guy Adler (Eti), Dvir Benedek (Tsvika), Doval’e Glickman (Yoram)…
Date de naissance : 2014
Majorité : 2 juillet 2014 (en salles)
Nationalité : Israël
Taille : 1h50
Poids : Budget NC

 

Signes particuliers (+) : Un thriller coup de poing, intense, tortueux, ironique et brut de décoffrage. A la lisière du cinéma de genre et lorgnant vers le thriller sombre à la sud-coréenne, Big Bad Wolves est aussi élégamment ultra-stylisé qu’il n’est intelligent sur le fond, dans sa mise en exergue des maux de la société israélienne.

Signes particuliers (-) : Une gestion du rythme pas toujours des plus adroite et des contours abrupts mal peaufinés. 

 

UN AUTRE CINÉMA ISRAÉLIEN

LA CRITIQUE

Résumé : Une série de meurtres d’une rare violence bouleverse la vie de trois hommes : le père de la dernière victime qui rêve de vengeance ; un policier en quête de justice qui n’hésitera pas à outrepasser la loi ; et le principal suspect – un professeur de théologie arrêté et remis en liberté suite aux excès de la police. Forcément, ça ne peut pas donner une enquête classique…big bad wolves L’INTRO :

« Le meilleur film de l’année » dixit Quentin Tarantino ! Voilà un soutien de poids qui honore et attire les projecteurs sur ce deuxième film du tandem Navot Papushado et Aharon Keshales, auteurs en 2010 du film d’épouvante Rabies. Le duo de scénaristes-réalisateurs israéliens quitte le genre pour bifurquer pas bien loin, du côté du thriller glauque et passablement violent, avec l’histoire d’une enquête policière autour du meurtre particulièrement sordide d’une fillette sur fond de traque d’un serial killer pédophile. Souvent résumé (à tort ou à raison) au drame ou à la comédie dramatique, le cinéma israélien essaie de s’ouvrir depuis quelques temps à un cinéma de divertissement exportable à l’international, et Big Bad Wolves fait figure de fier représentant de cette nouvelle vague de jeunes cinéastes pétris par la culture et les références à un cinéma occidental, comme en témoignait par exemple, Les Voisins de Dieu l’an passé, qui se réclamait déjà d’une inspiration tarantinesque.176726.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx

L’AVIS :

Big Bad Wolves ou le Prisoners israélien ? La comparaison semble facile mais néanmoins inévitable tant l’effort de Papushado et Keshales entretient de nombreux points communs, notamment narratifs, avec le bijou de Denis Villeneuve. Toutefois, moins dramatique et moins orienté policier, Big Bad Wolves s’éloigne très vite de son glorieux voisin, s’apparentant davantage à un effort au « sérieux » moins solennel, plus à la lisière du cinéma de genre dans une sorte de croisement multidirectionnel entre le survival, le film de séquestration, le torture porn et le thriller sombre, limite horrifique, lorgnant du côté de la mouvance sud-coréenne à la mode depuis le milieu des années 2000. Une apparence plus « légère » de façade seulement car derrière son histoire à suspens et sa facture « cool » détonnant avec son sujet sérieusement grave et dramatique, B.B.W. révèle une double-lecture des plus intéressantes.185163.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx

Big Bad Wolves est un paradoxe, une sorte de « réussite bancale » alternant le meilleur et le moins bon entre virtuosité saisissante et maladresses structurelles, formelles ou narratives. Mais jamais l’un comme l’autre ne prend le dessus, l’abandonnant ainsi dans un entredeux, pris en étau entre ses inspirations fabuleuses l’auréolant d’un statut de petite pépite surprenante et ses expirations frustrantes trahissant un relâchement l’amenant à descendre du piédestal sur lequel on voudrait l’ériger dans la précipitation d’une entame extraordinaire de puissance et de beauté formelle. Haletant, ambitieux, troublant, tortueux, souvent fabuleusement esthétisé et relevé d’une pointe d’humour noir salvatrice pour désamorcer un peu sa lourdeur thématique, Big Bad Wolves est à bien des égards un film d’une intelligence admirable, tant dans son mélange des tons, que dans ce qu’il met en exergue de la société israélienne, les détails des ressorts de l’histoire fonctionnant comme autant de jalons vers une mise en abîme maligne de la situation du pays, la paranoïa et les préjugés qui le congestionnent dans ses conflits séculaires entretenus loin de la réalité d’une bonne majorité de ses habitants, la corruption gangrénante de ses institutions (les flics aussi pourris que les criminels), la perte des repères moraux, ou la dénonciation de l’inefficacité de la culture de l’expéditive Loi du Talion.009170.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx

Autant de bons points pourtant rongés par des quelques parasites, quelques longueurs trahissant une gestion du rythme pas toujours bien maîtrisée ou une intrigue aux coutures apparentes, ficelée avec habileté dans le maintien de son suspens entretenu avec savoir-faire, autant qu’elle ne peut-être parfois un peu téléphonée quand elle cherche à faire éclater ses rebondissements pas toujours adroitement amenés. C’est au final dans le lissage de ses contours trop abrupts et rugueux que pêche Big Bad Wolves. Si son script avait été aussi peaufiné que sa mise en scène, à coups sûr il aurait ébloui des mirettes hallucinées par ce thriller dramatique intense et splendide, imitant ses voisins policiers sud-coréens façon le fondateur Memories of Murder, le plus récent The Neighbors et consorts, caractérisés par une ambiance lourde, une attirance pour une intrigue glauque et une violence dérangeante explosant dans de petites réminiscences d’horreur couchées sur pellicule glacée. Mais quelques facilités rhétoriques et l’emprunt de chemins de traverses narratifs nuisent à la qualité de ce bon thriller dramatique à l’excellente facture soutenant un fond finement adossé à son intrigue confectionnée dans l’ironie, à l’image de son titre d’anti-conte.

Bande-annonce :

Par Nicolas Rieux

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