AU-DELÀ DES COLLINES de Cristian Mungiu
DVD – critique (drame)

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20243444.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxMondo-mètre :
note 5
Carte d’identité :
Nom : Dupa Dealuri
Père : Cristian Mungiu
Livret de famille : Cosmina Stratan (Voichita), Cristina Flutur (Alina), Valeriu Andriuta (le père), Dana Tapalaga (la mère), Gina Tandura (Antonia), Vica Agache (Lustina), Nora Covali (Elisabeta), Ionut Ghinea (Ionut)…
Date de naissance : 2012
Majorité au : 21 novembre 2012 (salles) / 03 avril 2013 (DVD)
Nationalité : Roumanie
Taille : 2h32
Poids : Budget NC

Signes particuliers (+) : Cristian Mungiu poursuit son travail de miroir tendu à la société roumaine contemporaine en soulignant au scalpel par un drame lourd, le pouvoir dominateur de la religion obscurantiste dans les mentalités et une culture roumaine  d’aujourd’hui enchaînée. Le résultat est à l’image du sujet : suffocant et anxiogène, lumineux et pessimiste.

Signes particuliers (-) : Dommage que pour embrasser cette élégante réflexion politico-sociale, il ne faille traverser ce tunnel d’un ennui mortel, à la limite de la parodie de Palme d’or cannoise.

 

LE MIROIR TENDU À LA ROUMANIE ACTUELLE…

Résumé : Alina revient d’Allemagne pour y emmener Voichita, la seule personne qu’elle ait jamais aimée et qui l’ait jamais aimée. Mais Voichita a rencontré Dieu et en amour, il est bien difficile d’avoir Dieu comme rival.

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L’INTRO :

Après une invitation en compétition (Occident en 2001) puis une Palme d’or (4 Mois, 3 Semaines et 2 Jours en 2007), le cinéaste roumain Cristian Mungiu repasse par la case « croisette » avec son troisième long-métrage Au-Delà des Collines, un nouveau récit très dramatique tiré d’un tragique fait divers réel moldave où une jeune nonne était décédée des suites d’un exorcisme dans un couvent. Nouveau succès cannois puisque le film vaudra à ses deux comédiennes principales (extraordinaires Cosmina Stratan et Cristina Flutur) de recevoir en duo le prix d’interprétation féminine et de s’arroger le Prix du Scénario. Pour prévenir d’emblée, le cinéma de Mungiu n’a jamais été célébré pour sa joyeuserie. Une fois n’est pas coutume, sa dernière œuvre est un drame à la noirceur terrible qui en appose lourd sur l’ambiance.

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L’AVIS :

Il y a deux façons de présenter Au-Delà des Collines. La journalistico-cinéphilique et l’ironique. Première approche, y voir un puissant film d’auteur cannois, exprimant un discours et des convictions au détour d’un regard posé sur la société contemporaine de son auteur. La seconde, qui aura tout pour rebuter, préparez-vous à un drame roumain de 2h30 en forme de pensum lent et pesant sur une histoire plus ou moins empreinte d’homosexualité dans une communauté religieuse rigoriste du fin fond des Balkans… Dit comme ça, force est de reconnaître que l’on cherche déjà la porte de la sortie pour éviter de s’infliger un pénible cauchemar que même la folie de la seule dévotion à l’amour du cinéma ne saurait suffire à endurer.

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Avec Au-Delà des Collines, Cristian Mungiu poursuit son travail de cinéaste engagé appartement à une sorte de nouvelle vague roumaine encore discrète,  analysant et triturant au scalpel les failles de sa Roumanie natale contemporaine, en disséquant cette fois-ci les valeurs morales dogmatiques de son pays et son archaïsme en matière d’ouverture culturelle, par le prisme du pouvoir de la religion, frein à la modernité et à l’évolution des consciences. Il aborde notamment la question du conditionnement et de l’intégrisme religieux au détour d’un récit intimiste qui confère au dérangeant et au saisissant en prenant en tenaille dans une austérité palpable, ses deux héroïnes symboles d’un pays tout entier écartelé entre espoir et envie de modernité à l’occidentale et abandon à un obscurantisme étouffant, imposé par des traditions inébranlables fondatrices de la construction de la société et puissamment enracinées dans les mentalités. A la lisière du drame d’horreur naturaliste, Au-Delà des Collines est dans l’âme un film incisif et perturbant, caractérisé par une tension dessinée en toile de fond et un ton fascinant affirmant la personnalité d’un film d’auteur cruel et subtil, sobrement esthète, mué par ses images magnifiques, ses cadrages soignés et sa photographie étudiée lui permettant de trouver sa force dans son austérité terrifiante et sa froideur impressionnante. Après la délicate question de l’avortement dans son précédent exercice déjà lourdement asphyxiant, Mungiu pointe du doigt cette fois des mécanismes plus généraux qui grippent le progrès de son pays avec une finesse de second plan pas loin de subjuguer par le pouvoir des images qu’il déploie avec la maîtrise d’un peintre-chirugien contemplant avec recul des décennies de communisme et d’endoctrinement d’une société étouffante par une histoire entremêlant amour, abandon et déchirement.

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Pas loin de trouver l’éclat et la ténacité des plus grandes œuvres d’auteur socio-politiques lucides et audacieuses, Au-Delà des Colline est seulement handicapé par l’endurance nécessaire qu’elle convoque pour parcourir le chemin (de croix ?) qui mène vers cette analyse, et impliquant de s’agripper corps et âme pour surmonter ce très long voyage interminable jalonné de redondances et où l’intensité du discours fort est contrainte par toutes les caractéristiques du pastiche de film d’auteur made in Cannes. Plombant dans l’ambiance avec son pessimisme sans appel malgré une séquence de fin ambiguë, Au-Delà des Colline devient aussi plombant dans le rythme qu’il développe, accumulant toutes les tares d’un cinéma d’auteur passéiste, figé dans son académisme anesthésiant qui peine à se transcender dans la rage pour trouver un semblant de vitalité moderne, bien plus présente dans 4 Mois, 3 Semaines et 2 Jours que dans ce drame anxiogène, alourdi par sa longueur et son atmosphère frôlant la désagréable expérience du cinéphile hardi.

Bande-annonce :

Par Nicolas Rieux

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