APPRENTICE de Boo Junfeng : la critique du film
Sortie cinéma / festival de Cannes

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apprenticeMondo-mètre
note 2.5 -5
Carte d’identité :
Nom : Apprentice
Père : Boo Junfeng
Date de naissance : 2016
Majorité : 1er juin 2016
Type : Sortie en salles
Nationalité : Singapour
Taille : 1h36 / Poids : NC
Genre : Drame

Livret de famille : Fir Rahman, Wan Hanafi Su, Ahmad Mastura…

Signes particuliers : Un autre regard sur le débat sur la peine de mort.

CES HOMMES DERRIÈRE LA CORDE

LA CRITIQUE

Résumé : Aiman officie dans une prison de haute sécurité. Rahim, le bourreau en chef, y accompagne les derniers jours des condamnés. Rapidement, il prend le jeune gardien sous son aile et lui apprend les ficelles du métier. Aiman s’avère être un exécutant très appliqué, mais sa conscience et ses véritables motivations le rattrapent peu à peu…apprentice_2L’INTRO :

Les films approchant la thématique de la peine de mort n’ont jamais manqué au cinéma. En revanche, plus rares sont ceux qui abordent le sujet non pas du point de vue d’un condamné à la potence mais à travers le regard d’un bourreau exécutant l’acte fatidique. C’est le choix périlleux mais fondé sur de nobles intentions, adopté par le réalisateur singapourien Boo Junfeng avec Apprentice, son second long-métrage, présenté dans la section « Un Certain Regard » au festival de Cannes 2016. En suivant le parcours d’Aiman, jeune gardien de prison passant sous silence un lourd secret et éprouvant une étrange fascination pour la peine de mort, l’acte, sa mise en place et la psychologie de ceux qui la conduisent, Boo Junfeng souhaitait questionner cette pratique encore très largement répandue dans son pays, où il n’en faut guère pour se retrouver au bout d’une corde raide.apprentice_3L’AVIS :

On aurait pu craindre un énième pamphlet dénonçant lourdement la peine de mort à travers un drame intimiste ne sachant pas quoi ajouter qui n’ait pas déjà été dit sur la question. Mais Boo Junfeng s’écarte de la facilité pour tenter de livrer une œuvre plus nuancée et surtout, aussi neutre que possible, privilégiant une réflexion autour de la morale personnelle au lieu d’affirmer ou d’infirmer une quelconque idée dirigiste. Si l’on devine aisément entre les lignes, la position de son auteur sur le sujet, Apprentice tente du mieux possible, de laisser le choix au spectateur, de lui proposer des pistes tout en lui laissant la liberté de façonner son propre raisonnement. Ainsi, Apprentice n’entend ni cautionner ni critiquer, pas plus qu’il ne cherche à imposer un point de vue prédéfini. Un parti pris très ambitieux, que Boo Junfeng embrasse courageusement, mais malheureusement sans réussite.apprentice_4Boo Junfeng souhaitait que le spectateur se pose « les bonnes questions » après la découverte de son film. L’ennui, c’est que le cinéaste n’en soulève pas beaucoup avec son œuvre qui, à force de refuser dogmatiquement tout parti pris, finit par glisser sur le spectateur sans jamais que ce dernier puisse avoir une quelconque emprise sur elle. Esquivant sans cesse la confrontation à toute forme de polémique, conformément à ses intentions de départ, Apprentice finit par tourner en rond autour de son sujet, trouvant une amorce pour le pénétrer mais sans trop savoir quoi en faire après. Semblable à un moyen-métrage narrativement étiré pour tenter de revêtir poussivement le costume (trop grand) d’un long, Apprentice peine à captiver malgré le bon terreau dans lequel il pousse. Boo Junfeng étoffe le cœur de sa tentative avec des digressions inutiles, des tours de passe-passe pas toujours habiles, et alors que des longueurs apparaissent très vite (malgré une durée resserrée sur 1h30), la forme finit par prendre le dessus sur un fond qui se voit plus intelligent qu’il n’est réellement. Cette forme, c’est celle d’un film d’auteur s’empêtrant dans ses atermoiements psychologiques desquels naît un ennui poli et une certaine vacuité du discours, au point que l’on en viendrait presque à s’interroger sur ce que le film tente de réellement raconter. Fort dommage. Et finalement, de se demander si ce refus intentionnel d’être partisan (car les exécuteurs ne doivent pas l’être), est une forme de facilité ou, à l’inverse, une trop grande prise de risque. Une chose est sûre, Apprentice manque autant de caractère que d’émotion.

BANDE-ANNONCE :

Par Nicolas Rieux

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