40 ANS : MODE D’EMPLOI (critique)

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Mondo-mètre :

Carte d’identité :
Nom : This is 40
Père : Judd Apatow
Livret de famille : Paul Rudd (Pete), Leslie Mann (Debbie), John Lithgow (Oliver), Megan Fox (Desi), Jason Segel (Jason), Maude Apatow (Sadie), Iris Apatow (Charlotte), Albert Brooks (Larry), Chris O’Dowd (Ronnie)…
Date de naissance : 2013 / Nationalité : Etats-Unis
Taille/Poids : 2h14 – 35 millions $

Signes particuliers (+) : Une comédie réussie, souvent hilarante, souvent juste aussi, et portée par un couple de comédiens qui fonctionne à merveille.

Signes particuliers (-) : L’incapacité de Judd Apatow à savoir tailler dans le gras. Un peu trop long, ce qui se ressent quand le film digresse vers la succession de saynètes mal emboitées.

 

APATOW MOI SI TU PEUX !

Résumé : Pete est marié à Debbie. Ils ont deux filles, une belle maison, une voiture, la totale. Seule ombre au tableau, l’approche de la quarantaine pour le couple qui vient traîner son lot de questionnements et de problèmes, conjugaux, professionnels, de santé, existentiels…

Le gourou de la néo-comédie grand public américaine, c’est lui, Judd Apatow. Comme un chef spirituel, il a une structure (de production) et comme un gourou, il a des adeptes. Ces adeptes, c’est sa « bande », l’impressionnant bestiaire de comédiens qui gravitent dans son giron. Certains lui doivent leur notoriété, d’autres ont pris l’habitude de travailler avec lui à chacun de ses films ou dans chacune de ses productions. Car comme un gourou, Apatow a aussi des « lieutenants », de jeunes metteurs en scène qu’il a lancé et qui tournent des comédies produites par le guide. Et toute cette organisation a une logique comique, un humour clairement identifiable comme étant « l’humour à la Apatow », souvent graveleux mais avec une pointe de sens noyé dans le potache. Souvent, c’est sur le genre humain que se focalisent ses films et plus particulièrement sur des étapes de la vie de l’homme, avec tous les traits caricaturaux qui les caractérisent et qui lui permettent de gentiment brocarder ses congénères. Curieusement, Apatow a bien plus souvent été scénariste ou producteur que réalisateur. Alors qu’il est actif dans le métier de plus de 20 ans (il a commencé en 1991 aux côtés de deux jeunots, des certains Jim Carrey et Ben Stiller), il ne signe aujourd’hui avec 40 ans : Mode d’emploi, que son quatrième long-métrage. Alors qu’à l’opposé, il a écrit et produit des dizaines de films pour tout un tas de gens sortis de son écurie et gravitant dans son giron.

Après donc 40 ans, Toujours Puceau en 2005, En Cloque, Mode D’emploi en 2007 et Funny People en 2009, Apatow enchaîne avec 40 ans : Mode d’emploi. Il aime bien les « modes d’emploi » visiblement le quadragénaire super actif. En fait, il y a tout un tas de choses qu’Apatow aime bien. Il aime bien les films longs (ce dernier fait rien de moins que 2h15, ce qui est assez imposant pour un comédie), il aime bien l’humour touchant aux relations humaines, surtout hommes-femmes, il aime bien qu’une petite pointe dramatique parfume ses comédies souvent bien potaches, il aime bien s’entourer de ses amis et tourner avec eux, il aime bien le style télévisuel et le stand up (et ça se sent qu’il vient de ce milieu)…

On prend les mêmes et on recommence et cette fois, Apatow va essayer de nous faire marrer en nous plongeant dans la redoutée quarantaine. Cette étape de la vie crainte, que l’on ne veut pas voir venir et que l’on préfère occulter quand elle est là car elle fait mal, car elle rime avec « moitié de vie derrière ». Le cinéaste s’entoure donc de sa tribu, ses producteurs fétiches pour commencer puis, et surtout, ses comédiens adorés. Paul Rudd et Leslie Mann (respectivement 7 et 5 collaborations avec lui sur ses productions et tous les deux présents dans son premier film 40 ans, Toujours Puceau) formeront un joli couple à la tête d’une petite famille composée d’eux-mêmes et de leurs deux filles (interprétées par les filles du réalisateur, Maude et Iris, deux comédiennes nées soit dit en passant). Un couple pas tout à fait fictif en réalité puisque de l’aveu d’Apatow, il est le reflet de son propre couple à la ville avec sa comédienne Leslie Mann. Et oui, parce que 40 ans : Mode d’emploi est en fait un film de famille. Sa femme, ses filles et sa vie, Apatow a mis tout son vécu, lui qui a 45 ans aujourd’hui, et s’amuse à brocarder la vie de couple post-quarantaine, faites de compromis, de crises, d’accords et de désaccords. Il y a les choses qui font que l’on aime sa femme, compagne de longue route, et il y a tous ces petits trucs qui nous énervent chez elle depuis tant d’années. Il y a les enfants, qu’il faut gérer, surtout quand ils entrent dans l’adolescence, il y a les conflits, familiaux, professionnels, la routine, les habitudes, bonnes ou mauvaises, les parents, la solidarité époux-épouse et les divergences de points de vue. La quarantaine est un virage, Apatow nous le dépeint, bien évidemment, avec beaucoup de dérision et en forçant légèrement le trait en appuyant sur les petits détails qui font rire.

Comédie, mode d’emploi. S’il y a bien une chose que l’on ne peut pas enlever à Judd Apatow, c’est son talent pour l’écriture. Une fois de plus, le cinéaste comique arrive à nous faire rire au détour de scènes tantôt loufoques, tantôt justes, tantôt décalées ou caricaturales de détails de vie. 40 ans : Mode d’emploi est régulièrement ponctué de passages hilarants qui font mouche et force est de remarquer que c’est souvent quand l’humour ne passe pas par les envolées potaches et graveleuses. A méditer. Le cinéaste livre un film finalement plutôt juste et sincère dans sa peinture de la quarantaine, fourmillant de détails qui ne sont que des exagérations (et encore, pas toujours) de la réalité des choses et de la vie. Drôle, le premier but du film est atteint et c’est déjà pas mal. Dommage alors qu’Apatow ne parvienne toujours pas à améliorer son travail.

Dans le cinéma, il y a l’idée qui amène au pitch, l’écriture du scénario, la recherche de financement, le casting et le choix des acteurs, les repérages, l’étape cruciale du tournage puis, avant la post-production et la sortie, il y a cette sympathique petite étape essentielle nommée « le montage ». Et Apatow semble pas l’aimer cette étape, y’a rien à faire. L’une des marques de fabrique de son cinéma, est la longueur de ses comédies qui ont toujours dépassé les 2h00. C’était valable pour ses 3 précédents long-métrages (avec mention à Funny People qui atteignait, en version non censurée, un hallucinant 2h33 !?) et c’est une nouvelle fois le cas avec 40 ans : Mode d’emploi. Long de 2h15, son dernier bébé a donc le même problème inhérent à son cinéma, sa longueur excessive. En grand gamin qu’il est, Apatow n’arrive pas à faire des choix, n’arrive pas à lâcher prise et à se délester de certaines séquences. Là où le montage sert à tailler dans le gras, à ne retenir que l’essentiel, l’utile, pour donner du corps, de la solidité et du rythme au film, Apatow lui garde tout ce qu’il a tourné, incapable de faire des choix, incapable de faire des coupes et de ne pas montrer tout au public. Et comme pour ses précédents films, 40 ans : Mode d’emploi ne déroge pas à la règle du film sympathique mais englué dans trop de gras qui aurait pu/dû être coupé. En résulte un trop grand nombre de scènes qui n’ont pas vraiment d’intérêt narratif et qui tombent dans le récit comme une juxtaposition de saynètes comiques faisant certes potentiellement rire, mais ralentissant le rythme, parasitant l’histoire et amenant le film à se perdre au lieu de suivre sa ligne directrice. Plus que jamais, ce défaut est accentué sur 40 ans : Mode d’emploi, comme si au lieu de se bonifier, Apatow devenait de pire en pire avec l’âge. On se croirait, à de trop fréquents moments, au milieu d’une enfilade de sketches avec pour thématiques « la quarantaine ». Et voilà pourquoi le film est si long, dépassant de beaucoup la durée standard d’un film du genre. Dommage car 40 ans : Mode d’emploi est plutôt agréable à regarder, bien plus drôle que le dramatique (et un peu prétentieux) Funny People et que la majorité de ses productions, en bonne partie aussi grâce au talent de son duo de comédiens en pleine forme. Leslie Mann est un concentré de peps incarné, joli brin de femme pleine de vie et de folie communicative. Paul Rudd démontre une fois son aisance dans le registre et l’étendu de son talent comique alors que les seconds rôles qui gravitent autour d’eux, sont souvent eux-aussi, particulièrement bons. On pense notamment à la nymphette starlette Megan Fox, qui révèle un potentiel humoristique non soupçonné (bien que son passage dans The Dictator de Sasha Baron Cohen soit resté gravé) ou encore à sa collègue de boulot, Charlyne Yi, très drôle. Idem pour les « parents » du tandem marital, John Lithgow et Albert Brooks et surtout, pour les enfants, Maude et Iris Apatow, éblouissant de drôlerie dans leur façon de jouer (qui sent le naturel et le vécu) l’ado pré-pubère et la petite sœur « attachiante ».

40 ans : Mode d’emploi n’est une nouvelle fois pas un grand film d’un cinéaste quand même très surcoté. Cet autoportrait de la vie de famille établie, sorte de chronique familiale débridée, juxtapose justesse de ton, justesse comique et humour trash aléatoirement efficace (c’est con mais c’est fou comme un pet peut encore faire rire au cinéma). Voilà en tout cas de quoi peut-être réconcilier certains réfractaires avec le cinéma d’Apatow et le concernant, quand il aura réglé ce problème « d’inutile » présent dans de trop grandes proportions dans ses films, il devrait commencer à être presque un « bon » auteur. 40 ans : Mode d’emploi est une comédie pertinente pas trop inconstante mais en revanche trop longue, comme une ballade chronométrée où l’on se perd régulièrement dans des impasses jolies à voir mais qui font perdre du temps et qui nous font oublier notre destination d’arrivée que l’on aimerait regagner avant que la nuit ne tombe.

Bande-annonce :

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