12 YEARS A SLAVE de Steve McQueen
avant-première – critique (drame historique)

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21041568_2013091910085449.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxMondo-mètre :
note 8.5
Carte d’identité :
Nom : 12 Years a slave
Père : Steve McQueen
Livret de famille : Chiwetel Ejiofor (Solomon), Michael Fassbender (Mr Epps), Benedict Cumberbatch (Ford), Brad Pitt (Bass), Garret Dillahunt (Armsby), Paul Dano (Tibeats), Paul Giamatti (Freeman), Scoot McNairy (Brown), Sarah Paulson (Mme Epps), Lupita Nyong’o (Patsey)…
Date de naissance : 2013
Majorité au : 22 janvier 2014 (en salles)
Nationalité : USA
Taille : 2h13
Poids : 20 millions $

Signes particuliers (+) : De film en film, Steve McQueen confirme qu’il n’était pas qu’un feu de paille et que son génie n’est pas usurpé. Troisième long-métrage, troisième oeuvre virtuose peignant la condition d’esclave comme jamais auparavant. 12 Years a Slave est immense, déchirant, réaliste, sans détour, et déploie un souffle puissant qui n’a d’égale que l’humilité de son approche refusant le sensationnalisme facile pour laisser s’exprimer son sujet suffisamment intense en soi pour bouleverser. La virtuosité discrète de la mise en scène, la finesse de son écriture et le talent de ses comédiens font le reste.

Signes particuliers (-) : x

 

UN TERRIBLE PORTRAIT DE L’ESCLAVAGISME

Résumé : Les États-Unis, quelques années avant la guerre de Sécession. Solomon Northup, jeune homme noir originaire de l’État de New York, est enlevé et vendu comme esclave. Face à la cruauté d’un propriétaire de plantation de coton, Solomon se bat pour rester en vie et garder sa dignité. Douze ans plus tard, il va croiser un abolitionniste canadien et cette rencontre va changer sa vie……

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L’INTRO :

En seulement deux films, le réalisateur Steve McQueen s’est fait un nom sur la planète cinéma (et bonjour le nom prédestiné en plus). Porté aux nues par les uns, copieusement détesté par les autres, souvent comme la plupart des génies de leurs temps, le cinéaste fait déjà couler beaucoup d’encre malgré sa jeune carrière commencée en 2008 avec le puissant drame sur l’IRA, Hunger. Trois ans plus tard, le résonnant Shame et son héros en proie à une invivable addiction au sexe, affirmera la stature d’un metteur dont la maîtrise narrative et plastique tenaille des œuvres fortes, troublantes et fascinantes.

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Comme animé d’une véritable boulimie d’explorer les recoins de cet art encore nouveau pour lui, Steve McQueen enchaîne déjà avec son troisième long-métrage en à peine cinq ans. Le plus ambitieux de tous, puisqu’il prend la direction de la Louisiane de 1841, encore marquée du joug de l’esclavage de la population afro-américaine. Le metteur en scène, qui souhaitait depuis longtemps aborder la douloureuse question de l’esclavage au cinéma, s’empare des célèbres mémoires de Solomon Northup, violoncelliste noir et homme libre, enlevé lors d’une soirée mondaine pour être vendu comme esclave dans les champs de coton du sud des Etats-Unis où il vivra un calvaire de douze ans. L’histoire de Solomon Northup résonne encore aujourd’hui comme l’un des symboles emblématiques de ce passé encore honteux de la jeune Amérique, cicatrice pas encore cautérisée et trauma en quête d’exorcisation, ce dont semble attester le récent succès d’un film comme Le Majordome. Steve McQueen s’associe au romancier John Ridley (U Turn) pour adapter cette fresque dramatique bouleversante, portée par le talentueux Chewitel Ejiofor qui ne cesse de s’affirmer dans le cinéma américain. Pour l’épauler, un casting exceptionnel composé de Brad Pitt (également producteur), Benedict Cumberbatch, Michael Fassbender, fidèle présent jusque-là dans tous ses films, mais aussi Sarah Paulson, Paul Dano ou Paul Giamatti.

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Par le sujet de son biopic dramatique à l’histoire vraie bouleversante, plusieurs dangers guettaient Twelve Years a Slave, qui prenait le risque de verser dans l’œuvre communautaire larmoyante navigant vers les Oscars sur une chaloupe solidement bâtie pour tenir la distance. C’était sans compter sur le talent de son auteur que l’on reçoit désormais 3/3, comme autant de chefs d’œuvre signés en autant de films dirigés. Adaptation fiévreuse de mémoires écrites dans le sang et les larmes, Twelve Years a Slave est une cruelle charge d’émotions frissonnantes façonnée au réalisme historique, à l’exigence viscérale et au talent virtuose qui jaillit à l’écran comme une évidence. Steve McQueen s’attache à montrer ce qui pour l’instant était passé sous silence au cinéma. Plus qu’une œuvre épique sentimentaliste, le metteur en scène en quête de vérité déploie l’horreur de l’esclavage, de la douleur physique à la torture psychologique, de l’asservissement vil à la barbarie outrageante en passant par la cruauté, la déshumanisation et la destruction du soi, du souvenir, de la personnalité et de la volonté dans un esprit de « dressage » dépersonnalisant et dégradant. Sans jamais revêtir un habit d’accusateur auto-proclamé et avec une immense habileté de discours, il va loin dans la représentation de cette grande période dramatique de l’histoire de l’homme, ne se contentant pas d’enfoncer des portes ouvertes sur du déjà-vu mais prenant son sujet à bras le corps pour en souligner toute la complexité, côté victime comme côté bourreau, en confrontant le spectateur avec des limites franchies sans compromis tout en ne tombant jamais dans l’outrance lâchant son irréprochable discernement.

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Entre âme révoltée, recul documentaire et esprit testamentaire, Steve McQueen accouche d’une œuvre nourrie d’un paradoxe étonnant. Ou comment nouer l’estomac et faire tomber les barrières émotionnelles du spectateur devant un film qui pourtant refuse le sentimentalisme facile. Entre la partition frissonnante d’un grand Hans Zimmer, l’implication renversante d’une distribution incroyable (Ejiofor est étourdissant, Fassbender habité) et une mise en scène alternant souplesse et caractère, pudeur et impudeur selon la nécessité des situations et le besoin de montrer frontalement pour faire saisir l’insaisissable, Twelve Years a Slave est une œuvre majeure à l’humilité imparable, traversée d’un certain nombre de séquences irrémédiablement mémorables comme autant de trésors cinématographiques aux empreintes indélébiles (inoubliable scène de la pendaison les pieds flirtant avec la boue). C’est aussi et surtout une déclaration prodigieuse à l’encontre du déni de la dignité humaine, une illustration forte d’un passé que l’Histoire doit à jamais retenir pour ne le plus le reproduire. Exceptionnel.

Bande-annonce :

Par Nicolas Rieux

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